22.Les profs en cols bleus (2)

Cette proposition #22 a eu un bon début de carrière, puisque l’année qui a suivi la publication du livre a été celle de la création de la Société québécoise de développement de la main-d’oeuvre, création qui a été précédée d’une Commission parlementaire à laquelle j’ai eu l’occasion de présenter un mémoire dont l’essentiel reprenait tous les thèmes de cette proposition.

En les développant, bien sûr, et en modifiant le ton et le vocabulaire, puisque chaque événement a son style et que celui d’une présentation en Commission parlementaire n’est pas celui d’une vulgarisation en 2 000 mots. Mais il s’agissait indubitablement des mêmes concepts menant aux mêmes conclusions.

Or, comment cette proposition a-t-elle été reçue en Commission parlementaire? Par des félicitations dépassant de loin la simple politesse – voir la Gazette officielle – venant aussi bien du Ministre Bourbeau que de Louise Harel représentant alors l’opposition. Ensuite? Ensuite, des échanges avec la SQDM, des rapports détaillés… puis, doucement, les choses ont repris leur cours normal. Le mur de l’inertie que dressent les fonctionnaires est infranchissable.

Au moment des élections fédérales de 1993, une lettre ouverte à La Presse soulève, entre autres problèmes reliés à la main-d’oeuvre, celui de la formation professionnelle en entreprise. Cette lettre est reprise dans Le Devoir. On en redemande. Dans la foulée de cette série de publications, je reçois des douzaines d’appuis et des politiciens connus veulent plus de détails. Ensuite… des échanges avec la SQDM, puis, doucement, les choses reprennent leur cours normal et le public oublie. Le mur de l’apathie de la population est infranchissable.

Au moment des élections provinciales de 1994, je suis invité a présenter une série d’articles qui sont publiés en page éditoriale de La Presse. Il est encore question de formation professionnelle en des termes qui reflètent ceux de la proposition #22: formation en entreprise, formation en alternance, valorisation du volet culturel de la formation des travailleurs… Encore une fois tout le monde est bien d’accord. Encore une fois, des échanges avec la SQDM, puis, doucement…. Dois-je continuer?

J’ai eu l’occasion de parler de cette question dans les mêmes termes à des douzaines d’occasion au Québec et à l’étranger. J’en ai parlé à la radio, à la télévision, au cours d’un colloque à l’UQAM. Mes idées sur le partage du travail et le revenu garanti soulèvent parfois un débat sans complaisance, mais je n’ai JAMAIS rencontré quelqu’un qui ne soit pas d’accord avec le concept fondamental de la proposition #22.

Au contraire, j’ai rencontré souvent des auditeurs assez enthousiastes pour faire un suivi et même pour répandre eux-mêmes la bonne parole. Pourtant, je ne vois pas depuis 6 ans une transformation significative de notre système de formation professionnelle. La SQDM est venue, elle est partie… les structures qui administrent la réalité de la formation se transforment comme s’effilochent les nuages dans un ciel d’été… mais personne ne prend la décision d’un changement. Nous sommes sans capitaine et sans timonier, le Québec, dans ce dossier comme dans d’autres, est un bateau à la dérive.

Pierre JC Allard

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