23. La revision annuelle

C’est une Régie autonome qui planifie et gère la santé. Pourquoi ? Parce que la santé, étant la priorité d’une société d’abondance, les décisions qui y ont trait ont un impact déterminant sur la satisfaction de la population, satisfaction qui dépend de facteurs sur lesquels un gouvernement n’a qu’un contrôle bien imparfait. En renvoyant au consensus populaire le plus grand nombre possible de décisions stratégiques, un gouvernement se met en partie à l’abri du mécontentement chronique d’une population qui n’en aura jamais assez.

En créant et en mettant en évidence une organisation autonome pour gérer les péripéties quotidiennes de la santé, le gouvernement se protège des critiques découlant des inévitables frustrations que la gestion de la santé ne peut qu’apporter. En laissant à cette Régie son propre budget, le gouvernement circonvient aussi la décision bien polémique de l’affectation sectorielle des fonds de l’État et s’évite l’accusation de privilégier ou de défavoriser la santé, face à l’éducation , la défense et la sécurité, la culture, etc.

La Régie de la santé reçoit de l’État le budget exact que le verdict populaire a fixé et le gère selon ses critère et ses normes propres, en vue des objectifs que la population a choisis. Elle participe aussi à tous les dossiers où la santé a un rôle à jouer où dont elle subit les effets. Elle intervient ainsi, à titre consultatif à toutes les activités normatives et financières de l’État qui ont une impact les systemes qui l’alimentent de leurs intrants

La Régie administre le présent, mais doit aussi prévoir l’avenir et, au tout premier chef, diriger l’évolution harmonieuse du noyau de la santé gratuite et universelle. Parce que la science permet toujours plus et que la part de ses ressources que l’individu veut consacrer à sa santé augmente, à mesure que ses autres besoins sont satisfaits, il est normal, dans une société qui s’enrichit, qu’on élargisse constamment l’espace d’universalité. Le noyau d’universalité et les services gratuits en voie d’universalisation constituent donc un ensemble en expansion.

Il ne faut pas, cependant, céder aux pressions de lobbies divers et éparpiller inconsidérément, sur une vaste panoplie de services, la richesse supplémentaire dont une société peut venir à disposer. Ce saupoudrage créerait inévitablement une rareté de certains services, qu’on prétendrait toujours essentiels, mais auxquels l’accès utile cesserait d’être universel. Des groupes professionnels s’empresseraient alors de vendre aux plus offrant ces services devenus rares et c’en serait fait de la gratuité.

Quand la richesse augmente, il faut d’abord augmenter la quantité des services jugés essentiels pour s’assurer qu’ils sont surabondants, puis la qualité de ces services. Autrement, la population n’aura qu’une parcelle de ce qu’on lui a promis et se sentira trahie. Ce n’est que lorsque les services qu’on a déjà jugés essentiels et qu’on a mis dans l’espace d’universalité sont devenus surabondants et performants, qu’on doit viser à agrandir cet espace et à accroître la diversité des services en en rendant de nouveaux surabondants.

Lorsqu’on l’agrandit, il faut que ce soit en respectant la volonté populaire, selon le même processus de sélection utilisé pour constituer le noyau initial. A mesure que le progrès et les moyens le permettent, on doit donc proposer périodiquement à la population des ajouts au noyau d’universalité. On doit le faire en s’inspirant des priorités que suggèrent les progrès scientifiques, mais conscient que la proposition de multiples scénarios fera que, finalement, ce sera la volonté populaire qui prévaudra. La volonté populaire peut se tromper souvent, mais, avec le temps, elle rectifie ses choix et c’est elle qui paye pour ses erreurs.

La Régie de la santé propose donc annuellement à la population de nouveaux scénarios qui ajoutent aux services déjà offerts. En évidence parmi ces services, ceux déjà gratuits, mais qui étaient sujets à délais d’attente et dont on annonce que la surabondance a été atteinte et que ces délais sont chose du passé. C’est la priorité, car l’État qui a accordé la gratuité en réponse au verdict populaire, en effet, ne revient pas en arrière ; ce serait un déni de droits acquis que l’on interrompe une gratuité qu’on a consentie. La Régie poursuit ses efforts jusqu’à ce que la surabondance ait été atteinte.

La Régie, toutefois ne s’en tient pas là. Elle va proposer plus. Pour le faire correctement, elle maintient d’abord une démarche permanente de consultation populaire, via le système global de consultation sur Internet et de sondage sur Interac qui est une composante fondamentale de la politique d’information de l’État. Durant les premiers mois du cycle annuel, elle accueille les idées que la population lui soumet. Elle les étudient au su des rapports qu’elle reçoit des intervenants en santé dans les volets de recherche et de formation et des praticiens à tous les niveaux des diverses disciplines concernées. Au su, aussi, des messages que lui transmettent ses antennes auprès des autres secteurs de l’État et des directives du Gouvernement lui-même.

Chaque année, à date fixe, la Régie, après en avoir discuté des implications avec les autres services de l’État, propose ses scénarios et invite la population à se prononcer. Celle-ci a un mois pour le faire. Ensuite, la Régie prend acte du verdict populaire, apporte les modifications requises à ses politiques et procédés et en informe tous les acteurs, à tous les niveaux, lesquels ont deux mois pour s’y adapter. Pendant ces deux mois, une campagne d’information intense prépare la population à ces ajustements, après quoi le nouveau « menu » entre en vigueur.

Chaque année, on a un nouveau menu enrichi de services universels et gratuits. Tous les 4 ans, le gouvernement est ou non reconduit. La Direction de la Régie peut changer, mais sa politique reste commise aux engagements pris envers la population.

Pierre JC Allard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *