23 Le contenu didactique

Au niveau primaire, les acquis de l’enfant au-delà du curriculum obligatoire ne sont pris en compte que de façon allusive et informelle, dans le rapport annuel du mentor. Au niveau secondaire, au contraire, ils font l’objet de tests réguliers par le Ministère – (précédés d’un pré-test, comme nous le verrons plus loin) – qui donnent lieu à l’obtention d’une attestation pour chaque module réussi. Les modules n’ont pas tous le même format, mais le temps normal d’apprentissage qu’ils exigent est indiqué en “heures”, de sorte qu’on peut suivre le cheminement de l’élève.

On peut s’attendre à ce que l’élève moyen obtienne au CG II des attestations pour des modules représentant 5 000 heures de formation. C’est la somme de ces attestations – chacune identifiant à quelle version du module elle fait référence, car il y aura des changements périodiques aux modules – qui constitue le profil de l’étudiant, le volet “éducation” de son futur curriculum vitae. 



Certaines de ces connaissances formeront une séquence cohérente sans solution de continuité et définiront la compétence professionnelle de l’éduqué, pour laquelle il pourra obtenir éventuellement, à la fin de la phase de formation initiale du Cycle spécifique que nous voyons ci-après, un certificat établissant son statut pour les fins du travail et de son revenu garanti. D’autres connaissances n’auront été acquises que par goût, sans prétendre en faire une profession, et constitueront le volet culturel de son éducation. Sans préjudice, toutefois, à ce que l’éduqué, à son heure, puisse les compléter et les transformer en une compétence professionnelle.

Comme au CG I, le programme académique obligatoire n’est qu’un aspect du projet éducatif du CG II et il n’en est pas le plus accaparant. Ici comme là, le contenu obligatoire de l’éducation doit être réduit à ce qui est essentiel au rôle social ou à l’activité professionnelle de tous ou d’une vaste majorité des futurs adultes. Cette composante obligatoire – plus légère qu’aujourd’hui mais VRAIMENT universelle – équivaudra à environ 1 000 heures de formation.

Qu’y perdrons-nous? La plus grande partie de ce qui est aujourd’hui traité comme matière obligatoire au secondaire n’a pas de valeur intrinsèque ni formative particulière qui justifie qu’on l’impose à tous. Nos choix actuels de ce qui est obligatoire et de ce qui est facultatif, au secondaire, ne font que refléter nos préjugés et nos habitudes.

Ils reflètent surtout, le nombre d’enseignants qui ont choisi de se spécialiser dans une matière plutôt qu’une autre et dont on veut amortir le coût de formation. Notre système va comme ces gens qui s’empiffrent au-delà de leur appétit pour ne pas gaspiller… et qui refont du café dont ils ne voulaient pas pour avaler le dernier biscuit dont ils n’ont pas vraiment envie.

Prenons un exemple. Il n’y a pas de raison valable pour que le calcul intégral soit aujourd’hui une matière obligatoire au programme, considérant que pas une personne sur 10 000 n’utilisera plus tard cette connaissance de façon professionnelle et que pas une sur 100 n’en gardera même la moindre notion 5 ans après l’avoir apprise.

Le calcul intégral, comme matière obligatoire, n’a d’autre utilité qu’éliminatoire. 

On lui fait jouer le rôle d’un test discriminant pour NE PAS donner un diplôme à ceux qu’on juge inaptes à l’éducation supérieure, ce qui est une mesure discriminatoire et absolument néfaste.

Une mesure élitiste gratuite, alors qu’on recule ailleurs devant l’élitisme nécessaire qui permettrait à chacun d’aller jusqu’au bout de son potentiel. Il est plus utile, dans la vie courante, de connaître une langue étrangère de plus – ou même de pouvoir deviser élégamment des Impressionnistes – que de s’être frotté au calcul intégral.

En réduisant le contenu obligatoire du CG II, on dispose de plus de temps pour des activités ludiques, sportives, socioculturelles… et surtout pour l’apprentissage d’éléments librement choisis par l’élève à la liste des cours disponibles. Ce sont ces choix qui détermineront son profil unique dans un système de production qui, désormais, ne sait plus trop que faire des copies conformes. Ce sont ces cours, dits discrétionnaires, qui façonneront l’originalité des profils des apprenants et qui constitueront l’essentiel de leur éducation, reflétant la diversité de notre monde.

Les modules discrétionnaires pourront être choisis non seulement parmi ceux disponibles dans une école donnée – à ce qu’on appelle maintenant la maquette institutionnelle – mais, grâce à l’ubiquité que permet l’ordinateur, parmi la liste complète de tous les modules d’enseignement qu’on aura ré-formulés pour les rendre directement accessibles à l’apprenant.

Tous les modules d’enseignement du système deviendront accessibles à tous, à quelqu’école que l’éduqué soit inscrit, dès qu’on aura satisfait a deux conditions préalables qui doivent devenir deux objectifs prioritaires d’une réforme:

– corriger le vice impardonnable qui consiste à avoir écrit les programmes pour les maîtres plutôt que pour les élèves;

– initier l’adolescent aux méthodes autodidactiques qui lui permettront d’assumer progressivement la responsabilité de gérer lui-même sa propre démarche d’apprentissage.

Dès que l’élève manifeste ainsi sa maturité et une autonomie dont l’une des facettes est justement sa maîtrise du matériel autodidactique, l’éducateur peut substituer de plus en plus aux cours magistraux des instructions personnalisées et des périodes d’étude. Ceci permet d’éclater le curriculum aujourd’hui imposé à tous en autant de cheminements personnels qu’il y a d’élèves et d’accorder à chacun l’attention personnelle requise.

 C’est a voie de l’enseignement personnalisé, la voie royale vers une véritable éducation qui satisfasse aux besoins de l’individu comme à ceux de la société.



Pour beaucoup d’élèves, la nature de leurs intérêts et leurs aptitudes suggéreront une orientation rapide vers un métier manuel ou une éducation mettant l’accent sur des travaux pratiques. Comme nous le verrons dans les textes ci-après consacrée au Cycle spécifique, cette éducation est plus efficace si elle a lieu dans l’entreprise même plutôt que dans une école.

Pour cette raison, dès l’âge de quinze ans, le profil de certains élèves incitera leur précepteur à les diriger vers une formation en entreprise à la hauteur de 15 heures par semaine, la formation pratique qu’ils en retireront étant considérée comme un module d’éducation au même titre que les autres modules et menant aussi à une attestation.



L’affectation à ce type de formation en entreprise ne modifiera en rien l’appartenance de l’élève au Foyer. Comme nous l’avons dit, l’appartenance de l’adolescent à son foyer ne dépend pas de ses succès académiques. Le CG II correspond à une étape de son développement intellectuel et, quelles que soient les attestations qu’il obtienne ou n’obtienne pas, son éducation de niveau secondaire durera 5 ans.

Cette affectation ne modifiera pas non plus son statut à l’intérieur du groupe de ses pairs. D’abord parce que cette orientation ne modifiera en rien le volet culturel de l’éducation de l’élève, tel que lui-même et son précepteur en auront convenu et que ce n’est pas leurs apprentissages professionnels, sauf dans la mesure où ils les partagent, mais ce volet culturel qui peut servir de base à un échange. Ensuite, parce que les adolescents se jugent de toute façon selon des critères différents – et parfois plus sains – que ceux des adultes, souvent obnubilés par les diktats de la hiérarchie socioprofessionnelle qu’ils ont seule appris à respecter.

Contenu professionnel, toutefois, ne veut pas dire uniquement une bifurcation hâtive vers un apprentissage manuel. Ça peut être aussi une concentration en sciences pures qui annonce le futur chercheur, le médecin, etc. S’il est plus doué – et que son précepteur est habile à créer chez lui la motivation de l’excellence – l’élève n’atteindra pas plus vite la fin du CG II, mais il en retirera bien plus.

Certains élèves termineront ces années de CG II avec beaucoup plus de connaissances que d’autres et des modules “valant” 8 000, qui sait 10 000 heures de formation et des attestations pour en faire état. C’est au moment de leur insertion dans le Cycle spécifique que joueront les différences et qu’ils retireront le fruit de leurs efforts.

Pierre JC Allard

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