24.Droit de parole (2)

C’est un signe des temps et de la rapidité avec laquelle tout évolue que cette proposition, accueillie comme révolutionnaire il y a à peine 6 ans – et saluée comme telle par des spécialistes des communications – soit devenue aujourd’hui complètement dépassée, dans sa forme sinon dans son concept. Quand la proposition #24 fait allusion à Alex et aux lignes 976, on a un peu l’impression de feuilleter un journal jaunie de l’entre-deux guerres.

En 1990, peu de gens avaient entendu parler du Web et de l’Internet et le fax était encore une nouveauté. Aujourd’hui, en 1998, quiconque a accès à l’Internet peut dire n’importe quoi au monde entier: la transparence que j’appelais de mes voeux est devenue une réalité. Mais l’est-elle vraiment? L’innovation qu’offrait la proposition #24 n’en est plus une, bien sûr, et il est vrai qu’il existe maintenant, avec l’Internet, un lieu de franchise et de défoulement pour ceux qui y ont accès; mais deux écueils majeurs limitent encore la transparence au niveau de la réalité quotidienne.

D’abord, tous ne sont pas encore reliés à l’Internet, et même si le nombre de ceux qui le sont augmente rapidement, il faudra bien encore cinq ans, peut-être dix, pour qu’on puisse considérer que le Web est un lieu de rencontre universel. Ensuite, l’information disponible sur Internet l’est présentement à divers sites et n’est pas structurée comme un tout cohérent. Or, on a vu comment, à la télévision, la profusion de l’information peu cacher la vérité mieux que la censure. C’est maintenant, en pire, la situation qui prévaut sur Internet

Il reste ces deux graves problèmes à résoudre. Aussi longtemps qu’il n’existe pas encore une Banque des Nouvelles, cohérente, structurée, tout ce que nous avons dit du contrôle et de la censure de l’information par les médias reste vrai. Le problème qu’il s’agissait de régler demeure entier.

Faut-il attendre qu’un promoteur privé qui y voit son profit prenne l’initiative de lancer la Banque des Nouvelles sur l’Internet – au risque, d’ailleurs, qu’il y introduise discrètement sa propre censure en fonction de ses intérêts? C’est en partie ce qui arrive, jour après jour, quand les médias et les engins de recherche mettent en place des sites dont c’est la mission d’informer et de recueillir des commentaires. Jusqu’à présent une vraie Banque des Nouvelles n’existe pas encore. Peut-être demain…

Le seul problème technique réel qui reste à résoudre est d’obtenir des utilisateurs le paiement de sommes mensuelles relativement modestes pour l’accès aux commentaires. C’est ce paiement qui motivera les auteurs et fera que les sites de commentaires vaudront d’être fréquentés. Aujourd’hui, les intermédiaires qui pourraient organiser la collecte de ces montants par cartes de crédit coûtent trop chers pour que l’opération soit rentable, mais c’est un problème qui disparaît si le promoteur est une compagnie qui doit faire parvenir au client une facture mensuelle pour d’autres raisons. Une compagnie de téléphonie ou de câblodistribution, par exemple… Demain, peut-être.

Ne vaudrait-il pas mieux qu’une entreprise de service publique subventionnée à cette fin par l’État mais conservant son indépendance – et dotée d’un conseil d’administration qui soit garant de sa crédibilité – mette en place cette Banque des Nouvelles qui deviendra l’un des plus solides piliers de la démocratie?

Pierre JC Allard

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