25. Autour de l’essentiel

Où va-t-on en santé quand la gratuité s’arrête ? On entre dans un maquis où les règles sont bien différentes. Jusque là, disposer d’ une ressource médicale ou infirmière n’exigeait qu’un coup de téléphone pour prendre rendez-vous, au pire un délai de quelques jours, jamais une autre formalité administrative que la présentation d’une carte citoyenne. Un route bien balisée conduisait chacun de celui qui l’avait aidé, vers le prochain qui le prendrait en charge. De même pour l’admission à un lieu de santé, urgence, polyclinique, hôpital, institutions diverses. Suivez la voie

Quand le citoyen-patient sort du noyau d’universalité, Il entre dans un autre univers où non seulement la comptabilité redevient une fonction-clef mais où, surtout, on a toute liberté d’errer et de se perdre dans les broussailles. Il constate que le système de santé n’est pas uniquement ce noyau de services qu’on juge essentiels, mais le lieu de toutes les interactions entre tous les éléments mis en place dans une société pour y favoriser le mieux-être physique et mental des individus.

Il y trouve tout ce que l’on accepte aujourd’hui de la médecine, bien sûr, mais aussi, ces disciplines connexes qu’on en avait exclues, mais que, dans une approche holistique, il semble de nouveau opportun d’y rattacher. S’y ajoutent également toutes les approches et techniques nouvelles, médicales, paramédicales ou pseudo médicales, dès que la science en reconnaît la valeur, ou même parfois sans cet adoubement si la population, elle, à tort ou à raison, les juge dignes d’intérêt.

Ceci n’implique pas que l’État cautionne la valeur des service rendus par quiconque se prétend thérapeute, ni de toute concoction mise en marché, soi-disant pour guérir, mais seulement qu’une Nouvelle Société veut que ce soit la population, en dernier ressort, qui décide des soins qu’elle veut. L’État ne met pas en tutelle ses citoyens majeurs et sains d’esprit s’ils ont commis une faute ou une erreur.

À l’intérieur du système de santé, il y a donc place pour d’autres services et d’autres travailleurs que ceux dont l’État prend en charge le coût des interventions. Tous les intervenants n’ont la même crédibilité, ni ne reçoivent les mêmes avantages, mais il n’y a que les fieffés escrocs qu’on met brutalement à la porte. Le citoyen y trouve donc, au-delà, en deçà et tout autour du noyau d’universalité, tous les services qu’on n’a pas choisi de dire essentiels et de rendre gratuits.

Au-delà de l’universalité de la médecine courante, il trouve la médecine expérimentale. On a ici le fournisseur de services qui va plus loin et offre plus. On lui a reconnu la compétence d’offrir des services jugés essentiels, mais il a choisi de renoncer à le faire et à en réclamer le paiement de la Régie. Seul ou avec d’autres, dans un établissement ou même un réseau d’établissements, il offre à ses clients des services de pointe. C’est à cet hyperspécialiste que le spécialiste du système de santé public réfère son patient, quand il a fait tout ce qu’il pouvait et n’a plus d’autre recours à offrir.

Combien de patients s’adresseront à l’hyperspécialiste ? Ils seront très peu. Plus nombreux si le financement de leurs services est facile, mais jamais très nombreux, car si la demande est grande pour leurs services ou le devient, ces services basculent dans le noyau de l’universalité à la prochaine consultation populaire. Le propre des hyperspécialistes est qu’ils sont rares et coûteux. Leur destinée est que les progrès de la science les transforment, cohorte par cohorte, en simples spécialistes et qu’ils cessent alors d’être rares et si coûteux.

En deçà du noyau d’universalité, on trouve des techniques pertinentes à la santé qui peuvent avoir une valeur scientifique reconnue, comme d’autres où des doutes persistent quant à leur efficacité. Ce qui les distingue de celles dont le coût est assumé par l’État n’est pas leur valeur intrinsèque ; le consensus populaire a simplement jugé que leur rapport investissement/bien-être, au vu des ressources de l’État, ne justifiait pas que la collectivité en absorbe le coût et qu’on en universalise l’usage.

L’État peut avoir un préjugé favorable envers les services de cette nature, mais il ne se laisse pas guider par ce jugement. Si le consensus n’a pas choisi que ces services soient gratuits, ils ne le sont pas. La responsabilité de l’État est ici que ces services soient disponibles pour ceux qui souhaitent en profiter à leurs frais, comme il a la responsabilité d’ajuster l’offre à la demande dans tous les secteurs de la production de biens et service. Il suffit que ceux qui veulent offrir ce type de services soient d’accord sur le corpus qui définit objectivement leur discipline.

Quand la demande est là pour un service à rendre, qu’un corpus objectif de connaissances et d’habilités est défini dont on peut prétendre qu’il qualifie pour rendre ce service et qu’on peut en contrôler l’apprentissage efficace, l’État doit former puis « certifier » des travailleurs possédant les critères objectifs pour y répondre. Il certifie le nombre de praticiens de cette discipline qui correspond à la demande et en fait ainsi des professionnels.

La certification ne prétend pas juger de la valeur objective du travail qu’accomplit le professionnel. Elle ne ne traite pas un psychanalyste autrement qu’un praticien du hatha-yoga. C’est un concours, qui choisit objectivement ceux qui possèdent le mieux les connaissances et les habiletés dont ceux qui se réclament d’une discipline sont d’accord pour affirmer qu’elles confèrent la compétence pour l’exercer. Rien de plus, rien de moins.

L’État ne prend pas en charge le coût de leurs interventions : leurs services ne sont pas jugés essentiels. Si la société s’enrichit, la demande populaire insistera peut-etre pour qu’ils le soient. C’est ainsi que les chiropraticiens ont préparé leur insertion au noyau de gratuite. Ainsi s’élargit le champ de la médecine universelle. Cette évolution doit se faire selon l’évolution de la science, la richesse de la société. et le consensus social.

Pierre JC Allard

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