25 Les AE d’assurance

Un cas particulier de AE qui aura une grande importance, sera celui qui permettra à des groupes de se former pour s’offrir entre eux, en forme de mutuelle, un premier palier de services d’assurance.

Le premier principe de l’assurance est de partager le risque. Il est clair que plus on est nombreux à se partager le risque, moins on perd quand un malheur arrive; il est donc normal, à première vue, de constituer des groupes énormes d’assurés. Ce que font les compagnies d’assurance. Les statistiques veulent qu’on soit plus sûr du résultat quand on a de plus grands groupes.

Mais il y a un os. Le facteur qui influe plus que tout autre sur le coût des primes d’assurance est la prudence dont font preuve les assurés pour éviter les accidents et les sinistres. Or, malheureusement, dans un groupe si grand que personne ne connaît personne – et surtout si la couverture est si complète que la victime n’a finalement plus rien à perdre – chacun se fiche pas mal de ce qu’il en coûte aux autres pour le dédommager. L’imprudence et la négligence augmentent… et on triche tant qu’on peut.

On a cherché à responsabiliser les assurés en rendant un petit montant « déductible » de la réclamation, mais c’est trop peu… ou au contraire cette part déductible devient une perte significative, et on vide l’assurance de son sens. Va pour le déductible, mais une Nouvelle Société doit aussi montrer qu’on n’est jamais si bien assuré que par soi-même.

Un assureur anonyme est un mouton à tondre. Mais si, c’est un ami qui payait la note de la négligence, on peut être sûr que l’assuré serait plus prudent… et plus honnête dans ses réclamations. Pour que l’assuré soit prudent, il faut le faire assurer par ses amis. Ainsi, par exemple, supposons que 30 amis ou connaissances décident de verser dans un fonds commun, un montant équivalent à leurs primes annuelles d’assurance feu & vol, et de garantir solidairement l’emprunt éventuel qui servirait à dédommager ceux d’entre eux qui seraient victime d’un vol ou d’un sinistre. Un gain pour deux raisons.

D’abord, parce que ce fonds n’a aucun frais d’administration: les co-assurés se réunissent une fois par année, pour régler les problèmes du fonds com-mun autour d’une bonne bouteille. Ensuite, parce qu’on aura moins de réclamations fausses ou exagérées. Dupont, qui demande 10 000 $ à une compagnie d’assurance pour le vol de deux pneus dans son garage, en alléguant la disparition de valeurs imaginaires, n’osera pas présenter cette réclamation à ses amis.

Ceux-ci savent que Dupont n’avait pas, dans son garage, 10 000 $ de vieilles choses héritées de ses ancêtres et que la réclamation est de la foutaise. Ils ne payeront pas. Dans la majorité des cas, Dupont ne présentera même pas de réclamations farfelues à un tel groupe; peu de gens vont détruire, pour quelques dollars, ce travail de toute une vie qui consiste à se créer un milieu social et à se bâtir une réputation en se faisant des amis.

Supposons 30 ménages, qui ont des biens de valeur sensiblement égale à protéger, et s’assurent mutuellement. Chaque ménage accepte de payer – en garantie supplémentaire de sa prudence – le premier 1 000 $ plus 5% du reliquat de toute perte qu’il subirait, le groupe se portant donc assureur de 95% de la valeur en jeu. Si la maison de 150 000 $ de Dupont brûle, c’est un malheur; mais ce n’est que 8 450 $ pour Dupont et 4 950 $ pour chaque participant, ce qui est bien en-deça des marges de crédit de gens qui possèdent des maisons de 150 000 $.

Un mauvais moment à passer. Mais à long terme, le groupe ne peut être que gagnant: si ceci n’était pas vrai, il y a longtemps que tous nos assureurs auraient fait faillite! Avec des services d’actuaires qui leur faciliteraient le calcul des primes et des garanties pour se donner ensemble cette couverture qu’ils désirent, il est hautement improbable, sur le plan statistique, que ce groupe ait des difficultés financières.

Au contraire, il constituera rapidement un capital et pourra même devenir une société de placement… comme un vrai assureur. Mais pour enlever toute inquiétude aux membres, le groupe peut aussi réassurer une part du risque couru. Il pourrait, par exemple, décider de faire porter par un assureur traditionnel le risque que les réclamations excédent 300 000 $ en une seule année ou encore 1 000 000 $ en cinq ans. Assurer ce risque d’excédent serait une dépense négligeable, à coté des primes que payent aujourd’hui les membres du groupe pour obtenir une couverture équivalente.

On peut penser à des compagnies de réassurances qui assument cette part du risque jugée exorbitante. Mais pourquoi pas des regroupements des groupes eux-mêmes?  30 de ces groupes de 30 amis – (le chiffre 30 marque simplement le seuil approximatif à partir duquel on peut se fier aux statistiques) – formeraient un « groupe de groupes » qui étalerait ainsi le risque sur 2 000 à 3 000 personnes. Avec un revenu moyen annuel de ses membres dépassant normalement 40 millions de dollars, ce « groupe de groupes » disposerait de la taille suffisante pour pouvoir faire face à toute éventualité… sauf dans les cas de catastrophes, où un autre principe dont nous parlerons ailleurs s’appliquera.

La diffusion de ce type de AE aura un impact énorme sur la formation de l’épargne et sur le marché financier, puisque personne, les banques et l’État mis à part, ne contrôle plus d’argent que les compagnies d’assurances. Gérer cet argent près de la base et en faire bénéficier le monde ordinaire est une manoeuvre extrêmement subversive pour le Système.

Pierre JC Allard

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