26 Financement de l’éducation

L’éducation est la clef d’un avenir qui passe nécessairement par l’affectation des travailleurs à des fonctions qui demanderont une formation de plus en plus poussée. Hélas, la rentabilité de cette formation sera de plus en plus précaire, puisque, hormis les principes généraux de la logique, de la problématique et de l’organisation des tâches, ce que l’on enseigne n’est que contenu spécifique et donc vulnérable à la désuétude.

Les connaissances évoluant de plus en plus rapidement, l’éducation va nous coûter de plus en plus cher puisqu’il ne s’agira pas seulement d’apprendre mais continuellement de réapprendre. 

Déjà, par exemple, un Québécois sur trois suit des cours et nous allons vers une situation où c’est bientôt 20% du temps de production qui sera affecté à l’éducation, peut-être plus dans une génération. Pouvons-nous nous le permettre? Avons-nous les moyens de nos besoins et de nos ambitions d’éducation? Qui va payer pour toute cette éducation et cette formation?

Il va falloir abattre quelques vaches sacrées. L’espoir, par exemple, que toute éducation soit gratuite. Aussi longtemps qu’on reste au palier du Cycle général, dont on souhaite qu’il offre à chacun des services identiques même si des efforts particuliers seront consentis au départ au profit de ceux que leur milieu familial défavorise, l’éducation peut et doit être gratuite. Mais après? Quand la voie se divise et re-divise, amenant plus loin ceux qui sont plus doués – et souvent ceux qui ont aussi bénéficié au départ d’avantages économique et sociaux – est-ce à la société d’assumer le coût de cette éducation/formation supérieure?

On dit et on répète tous les jours que l’éducation et la formation sont des investissements. Avons-nous le courage de tirer les conséquences de cette réalité? Le premier bénéficiaire de cet investissement en éducation, c’est celui qui apprend. Son éducation supérieure va lui façonner une matière grise sertie de connaissances précieuses dont c’est lui qui tirera profit; son éducation va le rendre seul propriétaire d’un “or gris” inaliénable, devenu dans notre société le meilleur et le plus sûr des placements. 

Celui qui apprend s’enrichit. Mais est-ce à la collectivité de s’endetter et d’appauvrir tout le monde pour doter les privilégiés d’un investissement qui les enrichira?

Au siècle dernier, on a cru de bonne foi – et un ministre de Louis-Philippe pouvait dire sans vergogne – qu’il “appartenait à l’État de se réserver les risques de ruine pour en protéger les industries”, ce qui aujourd’hui serait un scandale. Il sera un jour scandaleux qu’on ait pu aujourd’hui accepter que des sommes énormes soient payées par tous pour être affectées à l’éducation de quelques professionnels qui, demain, utiliseront cet investissement pour retirer de la collectivité 2, 3, 5 ou 10 fois le salaire moyen de ceux qui leur auront payé leurs études. 



Dès qu’on atteint le seuil au-delà duquel n’iront pas tous les citoyens aptes à assumer pleinement leurs responsabilités de citoyen, c’est chaque individu qui devrait assumer le coût complet réel (à l’exclusion de toute subvention) de l’éducation de son choix. C’est lui qui en tirera profit; il faut que ce soit SON investissement.

En revanche, il est inacceptable que les circonstances financières propres à un individu puissent poser obstacle à son développement professionnel. L’État doit prêter à quiconque est accepté à un programme d’éducation professionnelle les fonds nécessaires pour défrayer les coûts inhérents à ce programme, ainsi qu’un montant égal au salaire minimum pour assurer sa subsistance sans soutien parental et sans qu’il ait besoin d’un travail d’appoint.

Qui consentira ce prêt ? Un Fonds Éducation qui émettra ses propres obligations garanties par l’État et indexées, ce qui en fera un refuge contre l’inflation. Les prêts seront remboursables en 30 ans, couverts par une assurance-vie et spécifiquement exclus de toute faillite; ils porteront intérêt au taux des obligations émises, majoré d’un facteur pour la couverture du risque et les frais d’administration. Le Fonds Éducation ne refusera un prêt à personne… qui n’a pas subi deux (2) échecs. Le cas de celui qui a subi deux échecs pourra être reconsidéré, mais pas avant cinq (5) ans du dernier échec.

Avec l’aide du Fonds Éducation, l’élève-client devient solvable. L’éducation professionnelle de tronc commun étant réintroduite au (CG II) où se trouve sa véritable place, aucune institution post-secondaire (CG II) n’a donc plus à recevoir de subventions, chacune ayant dorénavant la responsabilité de se financer à partir de ses frais de scolarité ou des dons qui lui sont consentis. On reporte ainsi sur le Fonds Éducation, garanti par les engagements de ses utilisateurs, le poids du financement de ce qui constitue aujourd’hui la formation professionnelle et les études universitaires.

Le recours au Fonds Éducation, d’ailleurs, peut n’être que la première option de financement d’une formation professionnelle. Considérant l’exceptionnel retour sur investissement que procure une formation dans certaines disciplines universitaire – médecine, MBA, actuariat, etc – l’hypothèse peut être sérieusement envisagée qu’un groupe d’étudiants puissent obtenir d’un investisseur le financement de leurs frais de scolarité et un revenu raisonnable durant leurs études, en échange d’une participation au revenu qu’ils retireront subséquemment de leur travail.

Quel que soit le mode de financement auquel il aura recours, l’individu, s’il agit rationnellement, ne consentira cet investissement dans son éducation professionnelle que si lui est offert pour le faire un emploi ferme et rémunérateur, ou s’il prévoit en retirer par la suite une augmentation significative de son revenu de travailleur autonome. N’est-ce pas ainsi que les choses devraient être ?

Pierre JC Allard

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