27 Financer la culture

Quel serait le résultat d’une approche aussi totalement novatrice au financement de la formation professionnelle ? Globalement, comme société,nous n’en serions vraisemblablement ni moins instruits ni moins formés et nous ne diminuerions en rien non plus – au contraire! – l’égalité des chances d’accès à l’éducation supérieure.

Il est clair, toutefois, que les jeunes étudiants tendraient sans doute à choisir avec plus de discernement les formations qui peuvent leur offrir un véritable gagne-pain. Il y aurait donc, au départ, un déplacement des inscriptions à objectifs professionnels vers certaines professions et certains métiers réputés générateurs d’emplois.

Au départ. Mais les files d’attentes pour obtenir la certification professionnelle porteuse d’un revenu s’allongeant, l’équilibre correspondant aux véritables besoins ne tarderait pas à se rétablir. Surtout si, comme il est indispensable de s’en assurer, les projections des délais d’attente sont totalement transparentes.

Quand cet équilibre aura été rétabli, peut-être le sera-t-il, toutefois, au détriment permanent de certaines professions. Mais y perdrions-nous vraiment, si une proportion plus grande de nos diplômés allait vers des activités pour lesquelles il existe une véritable demande effective? Tout dépend des efforts que l’on veut mettre concomitamment sur la formation culturelle, celle qui s’annonce clairement sans finalité professionnelle.

En ce qui a trait à l’éducation culturelle, chaque individu recevra annuellement, dès l’âge de 17 ans – quand il termine son Cycle général II – et jusqu’à son décès, une subvention annuelle uniforme pour tous, applicable au paiement des frais de scolarité de cours de son choix auprès de toute institution d’enseignement reconnue.

Le principe important qu’il convient de poser est que ce montant sera le même pour tous, qu’il ne sera ni transférable ni négociable et que l’utilisation de la subvention allouée ne pourra être reportée plus d’un an.

Cette formation culturelle doit être entièrement discrétionnaire: le citoyen se dote de la culture qu’il veut. Il peut béneficier des avis d’un conseiller en orientation, l’un des professionnels payés par capitation dont l’État, dans une Nouvelle Société, garantit les services gratuits à tout citoyen, mais c’est celui qui apprend qui prend la décision.

Le citoyen est libre de ses choix culturels, mais il est prévu qu’il déploie une certaine diligence minimale à maîtriser ce qu’il a voulu apprendre. Tout enseignement, culturel comme professionnel, fait donc l’objet d’une évaluation.

Si le citoyen qui s’est prévalu de la subvention culturelle ne passe pas avec succès le test et n’obtient donc pas l’attestation correspondant au module auquel il s’est inscrit, l’État ne lui consentira pas de subvention pour le financement de son éducation culturelle au cours des deux années qui suivront, à moins que l’étudiant ne reprenne avec succès l’examen raté. S’il y parvient, il recevra la subvention pour l’avenir, mais ne la touchera pas rétroactivement pour la période pendant laquelle elle aura été ainsi suspendue pour cause d’échec.


À combien s’élèvera cette subvention annuelle pour une formation culturelle discrétionnaire de l’individu ? Cette contribution de l’État variera selon les ressources dont disposera la société et selon la priorité qu’elle accordera à la culture et au développement personnel de ses citoyens. Ce sont les citoyens eux-mêmes, dûment consultés qui en fixeront périodiquement le montant.

Soulignons aussi une conséquence, cruciale pour notre avenir, de cette nouvelle approche au financement de l’éducation: en traitant l’éducation/formation comme un véritable investissement et en en laissant assumer le coût par les investisseurs – ceux qui s’éduquent – nous allégeons le budget des dépenses courantes de l’État des sommes allouées à l’éducation post-secondaire et, même en supposant un crédit important au titre de l’éducation dite culturelle, nous pouvons dégager des milliards, permettant d’affecter ailleurs, en santé par exemple, des somme largement accrues.

Pierre JC Allard

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