29 Normaliser l’exceptionnel

Dans une société libertaire, l’exceptionnel est partout et est accepté. Son acceptation devient la norme et la règle devient l’ensemble des exceptions. Comment, pratiquement, fonctionne une Nouvelle Société dont l’espace démocratique commun se réduit ainsi peu à peu au profit de l’espace libertaire? Le gouvernement de l’État, dans une telle société se posera toujours au moins deux (2) questions avant de réglementer ou d’investir et ne cédera plus sans réflexion à la « tyrannie de la majorité ».

La première question sera: « Peut-on offrir une solution de rechange qui respecte la volonté de ceux qui ne sont pas d’accord avec la contrainte que l’on veut ici imposer ? » Posons cette question, et on verra que, plus souvent qu’autrement, il existe une solution de rechange, que cette solution consiste à imposer à l’individu une obligation de résultat plutôt que de moyens et que l’inconvénient le plus sérieux qui découle de la discrétion ainsi consentie au citoyen est d’obliger à réfléchir et d’occasionner quelques frais supplémentaires. 

Ce qui mène à le deuxième question…

Quand il y a une solution de rechange, elle est rarement gratuite. Évidemment, prévoir des solutions de rechange et mettre en place un alternative à la seule solution majoritaire a son prix: c’est le prix de la liberté. Qui en assumera le coût? Il faut s’interroger quant au partage équitable, entre la collectivité et ceux qui en profitent directement, des coûts liés à une telle réglementation « à géométrie variable.

Le principe de base devrait être que ceux qui veulent des services sur mesure – distincts de ceux que souhaitent la majorité – devraient en assumer les coûts supplémentaires, mais avoir le droit de ne plus contribuer aux frais du programme commun pour la part qu’en remplace les sactivités et services de leur propre administrations dérogatoires.

Voilà qui peut ouvrir la porte à bien des tractations. Ce qui ne peut être négocié, toutefois, c’est la volonté ferme d’une Nouvelle Société d’accepter sereinement l’inconvénient de permettre un comportement dissident aux minorités en son sein qui pensent « autrement ».  Inconvénient dont l’un des aspects, qui a aussi du bon, est de forcer la présentation d’un budget assez détaillé pour permettre ces retraits avec leurs incidences financières.

Lorsque l’individu souverain ne réclame de l’État rien d’autre que le privilège d’affecter à la solution de son choix la somme correspondant à sa quote-part du coût de création et de fonctionnement d’un programme que l’État met en place pour résoudre un problème collectif donné, un société libertaire doit donc lui consentir ce privilège comme un droit, chaque fois que cette démarche ne compromet pas les droits des autres.

A partir de ce principe simple, il y a une infinité de cas d’espèces à considérer quand une société décide de respecter désormais la volonté de l’individu ou des minorités sans permettre le veto de la majorité. Nous en présentons ici quelques exemples-types pour bien expliciter ce que signifiera ce respect de la liberté de l’individu, mais sans insister outre mesure puisque la composante « libertaire » est déjà intégrée à toutes les solutions qui sont proposées ailleurs  sur ce site.

Soulignons plutôt, encore une fois, combien l’État s’est écarté de sa mission normative pour devenir un fournisseur de services. Si, comme législateur, il doit reconnaître le droit de ses citoyens à la dissidence, à plus forte raison doit-il, en sa qualité de fournisseur de services, offrir un vaste choix à sa « clientèle ». Dans la réalité quotidienne, ces deux fonctions de « gouvernance » et de « gérance » de l’État ont été confondues, ce qui crée bien des malentendus.

Quand l’État fournisseur de service comprendra qu’il doit se plier aux règles qui prévalent dans l’espace libertaire, bien des malentendus disparaîtront. Bien des services de l’État aussi, d’ailleurs. 

Ainsi, prenons l’éducation et l’obligation de fréquentation scolaire l’école. Cette obligation n’est qu’une réminiscence d’une époque où l’on envoyait les enfants de 6 ans mener les vaches aux champs et où, en zones rurales, le temps des récoltes appelait à la conscription générale. Il fallait bien imposer une règle.

C’est encore la situation qui prévaut dans bien des régions sous-développées du monde, mais ce n’est plus le cas, cependant, dans les villes des pays occidentaux industrialisés. Aujourd’hui la situation a changé et les besoins sont différents. 

Il est nocif de confondre école et garderie. Il est néfaste que notre système d’enseignement soit devenu une opération de gardiennage plutôt qu’une entreprise d’éducation. Il est inacceptable que l’éducation soit une manoeuvre concertée mais d’application erratique pour ramener tous les futurs citoyens à la dimension d’un lit de Procuste.

La responsabilité de l’État est de fixer des objectifs minimaux et de vérifier qu’ils sont atteints.  C’est un travail de docimologie et non de pédagogie. C’est l’accès de l’enfant à l’apprentissage, sans préjugés envers l’école religieuse ou laïque ni envers l’école privée ou publique. Qu’il faut assurer. 

Ce n’est pas dans le cadre de la mission normative de l’État de gérer un système d’éducation; c’est l’un des choix qu’il peut poser comme fournisseur de services – et c’est un choix qui a ses mérites – mais qui doit, justement, être jugé à son mérite.

Quand l’État s’autorise de son rôle normatif pour imposer le produit « éducation » qu’il nous propose comme fournisseur de service, il abuse de son pouvoir. Il envahit indûment l’espace libertaire. Et si, comme c’est maintenant le cas, l’État offre un produit désuet et lergement perçu comme inepte, il vaut mieux chercher autre chose. L’individu doit avoir le droit de le faire. C’est un exemple évident où doit s’appliquer le droit à la dissidence.

Pierre JC Allard

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