2.Le jugement de Dieu (2)

Rien n’a changé d’un iota depuis 1992… sauf les circonstances. A cause de la situation économique précaire, du chômage croissant, de la menace persistance de l’automation et de celle qui s’y est ajoutée de la mondialisation des marchés, les syndicats ont réduit leurs exigences de sorte que le nombre des conflits de travail et des jours de travail perdus à diminué. Maintenant, si quelqu’un croit qu’il y a aujourd’hui plus de justice pour les travailleurs et que le droit de grève a gagné en crédibilité et en efficacité au cours de ces dernières années, il est inutile de continuer le débat. Je lui suggère du Prozac et beaucoup de repos.

On pourrait faire le procès de douzaines de grèves depuis 1992, de Kenworth au Casino de Montréal, qui n’ont rien apporté aux travailleurs que des tracas. Dans la majorité des cas, les grèves ne font pas leurs frais: le travailleur n’obtient pas d’avantages qui justifient le stress et la perte de salaire durant l’arrêt de travail. Mais prenons seulement deux exemples de « victoires des travailleurs », des cas dont les circonstances sont diamétralement opposées mais qui ont en commun d’illustrer POURQUOI la grève est un anachronisme nuisible.

D’un coté, les cols bleus de la Ville de Montréal. Du vandalisme, des menaces, des poursuites pénales. La population est consciente depuis des lustres qu’il y a là un foyer de méfaits et que, dans la situation financière présente de la Ville, les cols bleus sont les derniers qui mériteraient une augmentation. Pourtant, après une grève « musclée, comme d’habitude, les cols bleus obtiennent des conditions de travail outrageusement bonifiées au détriment de tous les contribuables de Montréal. Résultat réel? 95% des travailleurs de Montréal – qui ne sont pas des cols bleus de la Ville – doivent maintenant payer pour de petits avantages arrachés par la force par un syndicat mené par des truands

De l’autre coté, les camionneurs de Métro-Richelieu. En février 1993, Métro-Richelieu décide de foutre à la porte ses 150 camionneurs et de les remplacer par une structure de sous-traitance – lisez: par d’autres camionneurs qui seront payés moins cher. Vote de grève… etc. Ca donne quoi? Rien, bien sûr. Alors on se retrouve devant la Justice-au bras-lent qui, 5 ans plus tard, décide qu’il faut ré-embaucher ces camionneurs.

Ici, c’est le contraire des cols bleus de la Ville; tout le monde et son père dit que les camionneurs ont raison. Vous croyez que le jugement en leur faveur a réglé la question? Vous croyez que la Justice, dans un pays qui se dit un « État de droit » peut porter des jugements et les faire exécuter? Détrompez-vous. Les avocats des parties se sont retrouvés en cour, à discuter de points de droits subtils, gagnant chacun en quelques heures la pitance d’un mois d’un assisté social. Il faudra combien de temps avant que la vie des camionneurs de Métro redevienne normale?

Deux « victoires des travailleurs »? Non, deux exemples flagrants d’inéquité. Ce pays fonctionnerait mieux si l’arbitrage universel distribuait équitablement une masse salariale que n’augmenteraient ni les slogans ni les piquetages mais seulement une action politique intelligente. Plus que jamais, le mouvement syndical doit mettre la pendule a l’heure et ses moyens d’action à jour et faire de l’arbitrage universel sa première revendication

Pierre JC Allard

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