3 Novembre 2010 : date cruciale

La Réserve Fédérale Américaine devrait donc annoncer en début de semaine prochaine des mesures visant à rétablir une croissance économique décidément à la traîne. Effectivement, le pays est confronté à une demande intérieure anémique dont la relance serait néanmoins susceptible de doper l’activité économique et surtout de réduire le chômage. L’épicentre de l’économie US est en effet constitué par la consommation dont l’amélioration aurait un impact favorable (et assez rapide) sur l’ensemble de la chaîne économique.

Une Banque Centrale peut ainsi contribuer décisivement à relancer l’activité économique à travers la baisse de ses taux d’intérêts car l’argent octroyé à prix réduit est capable de ressusciter des secteurs sinistrés. La Fed, qui a toutefois épuisé toutes ses cartouches puisque ses taux sont proche du zéro, s’adonne donc aux délices des « baisses de taux quantitatives », expression savante qui signifie en d’autres termes qu’elle imprime des billets… Si la Réserve Fédérale (comme toute Banque Centrale du reste) a toute latitude pour faire usage de ce formidable droit de création de monnaie, elle n’est en revanche pas habilitée à investir ces liquidités dans l’économie réelle. C’est donc là que réside la faiblesse du système car, plutôt que d’investir en faveur des intervenants de l’activité économique quotidienne (immobilier, commerces, entreprises), elle doit se contenter d’acquérir des Bons du Trésor de son pays à l’aide de ces liquidités crées par elle. Son rôle quasi thaumaturgique de création de monnaie est ainsi cantonné à l’achat d’obligations (à court et à moyen terme) dont l’objectif espéré est de convaincre banques et investisseurs de prêter plus et de placer plus dans l’activité économique…

Les conséquences d’un nouveau round de ces baisses de taux quantitatives ne sont donc pas systématiquement positives car, on le constate, leurs effets sur l’économie ne sont pas mécaniques. Les débats font naturellement rage parmi les économistes et au sein même de la Fed quant à l’opportunité d’une seconde application de ces baisses de taux quantitatives alors que – traditionnellement – les décisions de la Fed sont plus ou moins consensuelles. Il est en effet aisé de prévoir des baisses de taux d’intérêts quand l’activité s’affaiblit et vice versa… Pourtant, des voix discordantes – et perturbantes pour le Président de la Fed Bernanke – se font entendre et non des moindres puisque même certains Présidents de réserves régionales s’élèvent contre une dose supplémentaire d’un baume qui ne résulterait (selon eux) tout au plus qu’à augmenter les pressions inflationnistes.

Bref, la Fed et son Président se retrouvent aujourd’hui de plus en plus contestés et pour cause car le chômage se maintient autour de 10% et l’activité reste très morose en dépit de deux années d’un contexte de taux zéro. La Réserve Fédérale est d’autant plus remise en question qu’elle se retrouve plus ou moins paralysée avec des taux à court terme qui ne peuvent aller en territoire négatif et alors même que, par définition, une Banque Centrale n’est capable d’agir que sur les taux à court terme! La prochaine réunion de la Fed qui se terminera donc le 3 Novembre prochain sera ainsi au centre d’une dramaturgie sans précédent: Bernanke fera-t-il à nouveau fonctionner sa planche à billets pour inonder de liquidités ceux qui n’en ont pas besoin, c’est-à-dire les banques, les grosses entreprises et les investisseurs pendant que les consommateurs de base en même temps que les retraités et les chômeurs n’auront droit qu’à des miettes? La consommation, qui représente quelque 70% de l’activité économique aux Etats-Unis, est pourtant redevable à ces individus qui sont aujourd’hui laissés pour compte et grossièrement négligés au profit d’institutions ayant déjà très grassement bénéficié du premier round de ces baisses de taux quantitatives.

En fait, la prochaine réunion de la Fed pourrait bien être une des plus déterminantes de son Histoire…

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