30° à l’ombre en attendant le 11 septembre : 1er quart temps – Round d’observation

« Samedi, 14 juillet 2001, 18h30, terrain de basket-ball derrière la Part-Dieu, fin d’une partie endiablée, pause H2O et Girl Talk »

Butor qui avait plus de mâchoire que de tête cria à trente centimètres des oreilles du mauvais génie :

« – Et sinon, ça fait quoi ce soir ? 14 juillet, O-BLI-GÉ,  je vais aller en résoi et serrer une michtonneuse ou deux, une de celles des Monts d’Or O-BLI-GÉ !!!! Yes papa !

– Subtile, vraiment subtile, mais ma bite à couper que tu vas serrer ta main droite comme tous les soirs !

– Hein hein, hein hein, éructe Butor !!!!

– Hum je vois que monsieur est très fort en onomatopées et sinon le français tu as déjà essayé ? Ils le parlent pas sur ton île ?

– T’sais quoi, t’parles beaucoup, mais t’fais jamais rien j’en suis sûr pélo !!!!

– En tout cas ce n’est pas ce que m’a dit ta mère. »

Heureusement qu’à ce moment crucial de la narration s’acheminant vers du free fight, une charmante mais néanmoins putassière jeune fille se mit à parler du cul du haut de ses talons compensés, sous la noble égide du bref morceau de tissu qui lui servait de mini-jupe. Et d’un coup de bassin, un seul, elle lobotomisa les deux belligérants jusqu’à la venue de sa future consœur. Le string ficelle est l’avenir de l’homme à ne pas en douter !

Personnellement, j’avais décidé depuis le début de l’après-midi de ne pas prendre partie, car la causerie avait dégénéré dès la première minute de jeu entre les deux coéquipiers. Et puis d’arbitre à bouc émissaire, il n’y avait qu’un pas – voire deux pour martyr.

D’un côté il y avait le mauvais génie, qui lui était le seul à me supporter 24h sur 24h et qui, de plus, avait les clefs de la voiture, quant à ma droite, recouvrant une large partie du soleil, il y avait le panoramique et subtil Butor. Je vous laisse imaginer d’où lui vient ce charmant sobriquet.

Admirez plutôt le bébé. Un monstre de poche, 2m10 de muscles animaliers nourris à la cuisine antillaise et 100 kilos de bêtise cathodique érigeant la violence à l’état de religion, équipé d’un sens moral douteux flirtant avec la lâcheté la plus ordinaire. Sa vie se résumait à rejouer encore et encore la scène de la rivière dans «La guerre du feu».

Le patibulaire et pathologiquement atteint Butor amusait particulièrement le mauvais génie qui rêvait d’en découdre du haut de ses 1m65 – enfin, sur la pointe des pieds – et de ses 60 kilos avec l’artillerie de poing, mais avec le petit Sun Tzu illustré à la place de l’instinct de survie. Je voyais inquiet ses yeux étinceler à l’idée David et Goliathienne de briser à la base le genou le plus faible de son vis-à-vis afin de le positionner à hauteur de sentence pour administrer avec amour une série de low kick dans la tempe, dans un moment d’allégresse onirique que n’aurait pas renié la Calas. La poésie des coups et blessures…

Ah, ces moments de testostérone appliqués sont dévolus à la camaraderie au final ! La cultiver, la chérir, la protéger, qui plus est si celle-ci peut être éprouvée contre un ennemi commun, n’importe lequel, n’importe quand, n’importe comment et pour n’importe quoi ! La bête humaine dans tout son génie universel, car jouer à la mort, c’est toujours plus distrayant à plusieurs. Et puis de nos jours la qualité d’un spectacle tient plus du public que de ses acteurs. Voilà pourquoi il ne s’est rien passé. A bien regarder autour de nous, le playground était désespérément vide de tous témoins pour perpétrer une quelconque légende urbaine. Alors les mines crispées des deux combattants se sont détendues jusqu’à la traditionnelle poignée de main, soldant les comptes jusqu’à la prochaine fois.

J’étais autant hébété que circonspect devant ce moment d’humanité volé à une éventuelle rubrique nécrologique. Et lorsque dans le soleil couchant, je vis le petit con et le grand abruti rire aux éclats, épaule contre épaule, enfin épaule contre coude, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’un string ficelle sur un cul cambré était la seule alternative à notre barbarie toujours plus propre et sophistiquée.

Mais en attendant l’éveil des consciences et l’ajout à la constitution de l’orgie comme un droit et un devoir fondamental, la seule guerre acceptée de tous se déclare avec un sifflet, des maillots et un ballon. L’honneur est sauf, tout n’est pas perdu, heureusement qu’il reste les hymnes pour nous remémorer le goût du sang.



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