30° à l’ombre en attendant le 11 septembre : 3ème quart-temps – Défense, défense (4/6)


« Mercredi, 1er Aout 2001, 23 heures et quelques grammes dans le sang, terrain de basket-ball derrière la Part-Dieu, fin d’une partie qui n’a jamais commencé, pause 8.6. avec expédition punitive »

I Love This Game.

Le jeu de la mort sans aucune danse, juste une bouteille dans une main, le ballon dans l’autre et un terrain toujours trop grand pour entreprendre une quelconque tentative de shoot en extension en direction d’un panier marchant à reculons. À ce niveau là on n’essaie plus, on s’acharne. Mais l’alcool donne plus de courage que de lucidité.

Et par l’une de ces nuits d’août dispensant autant d’insomnie passagère que d’angoisse sociale, le mauvais génie vint me chercher en bas de ma tour à l’heure fatidique de l’infusion. Ce timing séparant les hommes par l’horizontale ou la verticale. Nous empruntions une route à l’abandon en rodant dans les ruelles du centre-ville — éventré de ses gens — au volant de la délinquance assistée à coup de 16 mesures assassins en 44100 Hz, s’il vous plaît.

Après notre halte de prédilection sur le playground de pèlerinage, deux choix s’offraient à nous : rentrer mourir — un peu mais pas trop — contre un matelas ne répondant jamais à nos dilemmes de soiffards ou combattre le code pénal et le système solaire en fonçant tête baissée dans la nuit nègre sans cause précise. Et peu importe s’il n’y aurait plus de soleil à voir en bout de piste. Nul ne se souviendra de nous, alors pourquoi faire semblant encore cinquante ans ? La romance n’avait pas sa place dans notre dramaturgie, nous ne vivions aucune bohème, juste la galère la plus crasse.

Le mauvais génie se leva d’un coup d’un seul, malgré la gravité et la fermentation, pour se dresser au-dessus de ma tête au bord de l’implosion et m’intimer l’ordre de ramasser ce qu’il me restait d’humanité et d’aplomb pour me mettre à la place du mort et entamer une séance de karaoké à m’en faire rompre les cordes vocales. Merde les punks envieraient presque notre passion pour l’autodestruction ! Les crissements de pneus et l’abus de basses agissaient comme des marionnettistes sur ma nuque, alors…

Et si, en dépit de ce projet de société sans avenir, j’avais l’idée saugrenue de refuser l’offrande, mon jumeau démoniaque m’aurait chuchoté doucement, lentement et méthodiquement en s’approchant de mon visage décomposé :

« – Pourquoi enfoiré, hein !? Dis moi pourquoi tu refuserais de m’accompagner sur le chemin de l’enfer ?

– Disons que primo là tout de suite, lui dirais-je, j’ai une bouteille à la place du libre arbitre, secondo l’enfer est une conception un peu trop carcérale pour être divine et tertio tu sais que je t’aime, mais ton haleine de pilier de comptoir par pitié, ailleurs… Parler avec ton cul ne te réussit guère !

– Ha comme ça on fait la fine bouche, on joue sa mijaurée, on fait sa coquette espèce de biatch ! Quand tu avais bu cette bouteille de rhum La Mauny cul sec, tu devisais un peu moins Monsieur «j’ai des états d’âme», Monsieur «j’ai une conscience», Monsieur «j’ai un avis», Monsieur «j’ai laissé mes couilles dans la bouche de quelqu’un d’autre» !!!

– Hein, quoi ? Mais t’es un grand malade toi, lui aurais-je asséné. Le goût du danger, c’est une chose, mais si on ne le met pas en perspective avec l’avenir, quel est son intérêt ? Hein, monsieur «je parle plus vite que je ne bois» ! Perdre l’usage de mes tympans ok, mais pas de mes tempes ! Je veux bien stagner en ta compagnie, mais l’état végétatif très peu pour moi !

– Hum t’as peur de quoi soldat ? Hein, dis moi !! De rater la vie que tu n’auras jamais hors du quartier, tu tournes le dos à la mort, hein ?

– Non, je ne la crains pas, ma gueule, et à tord ! Mais j’ai peur du souvenir… Et tu devrais aussi…»

Le silence qui aurait suivi aurait bien valu un enterrement.



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