30° à l’ombre en attendant le 11 septembre : 4ème quart-temps – Money Time (5/6)

« Jeudi, 30 Août 2001, minuit pile, terrain de basket-ball derrière la Part-Dieu, fin d’une partie en solitaire, pause gorge sèche et poches vides»

L’été fut meurtrier et la vérité ne fait pas de prisonnier. Et puis l’amitié pris tout son sens dans la trahison parce que l’amour ne tient qu’à un préservatif. Quant à la mémoire, elle s’arrangeait de nous pour mieux nous survivre. Alors je l’écrivais puisque les mots n’arrivaient plus à sortir de ma bouche.

2001 l’odyssée de l’espèce, l’année de tous les viagers où j’ai commencé à cotiser au nom du conditionnel et de ce réflexe pavlovien communément appelé «bonheur». J’y ai perdu mes dernières illusions, pas mal d’ambition, un peu de ma passion, tous les membres de ma famille d’adoption et beaucoup trop de Kleenex. Voilà pourquoi il n’y avait plus personne pour scorer avec ou contre moi ce soir. Pas d’épaules sur lesquelles se reposer et encore moins  de regards francs pour se rassurer. Rien. Il y avait juste cette persistante impression de deuil, sans savoir encore vraiment ce que l’on a perdu. Et ce pour combien de temps ? Pour tout le temps !

Tout autour de cet instant, une épaisse et envoûtante pénombre jonglait avec un trio de réverbères pour donner un peu d’espoir aux imprudents visiteurs de son mystère. Parfois on ne revient jamais du noir. Personnellement, je l’aime, enfin je l’apprécie assis, las et résigné. Je le vois sans l’apercevoir. Je l’effleure constamment. Il m’entoure, m’enterre, me fait taire quitte à tout oublier. Et dans ce silence total, honnête et précieux, je sentais de la vie là où l’on en voulait pas, sous mes paumes, sur le cuir de mon ballon de basket-ball usé et rugueux. Je crois que ce soir là, j’ai commencé à donner des noms aux choses en leur parlant et elles de me répondre.

Je l’ai serré dans mes mains déjà tendues, crispées et tétanisées. Je l’ai pressé, secoué, empoigné, pressurisé, puis relâché du bout de mes empreintes digitales. Mais il n’a pas bronché, il est resté le même. Froid, calme et flegmatique. Chacun de ses rebonds arbitrait le temps qui résistait dans la pénombre et dans son ultime saut de l’ange —avant de rouler péniblement au ralenti— le ballon me demanda pardon :

« – Je suis désolé, pour toi, pour ta perte… Pour la fin, enfin pour tout ça à vrai dire…

– Hein, ha, tu crois vraiment que tu me parles ? Hein, tu le voudrais, mais en vérité, je suis simplement fou ! Fou de rage ! Fou de haine ! Fou de vide ! Et pourquoi me présentes-tu ton mea culpa au juste, Monsieur de cuir estampillé NBA ?

– Appelle-moi par mon nom, je sais que tu m’en a donné un… Prononce le, cela te fera du bien… Tu pourras passer à autre chose… Tu pourras tout oublier et même mentir…

– Sdl*, c’est ton nom, voilà, t’es heureux maintenant ?! Tu veux un médaillon et un peu d’eau bénite ? Mais sache que je ne veux pas aller bien, je ne veux pas oublier, je veux que tout s’effondre quitte à m’ajouter à la liste des décombres !

– Et pour quoi au final ? Une petite vengeance fraternelle ? La recherche sans fin de l’égo perdu ? Des coupables à blâmer ? Des cibles à atteindre ? Une reconquête à planifier ? Les choses sont faites pour se terminer partenaire, sinon elles ne sont plus des évènements et encore moins des sentiments ! Et à partir de là, il n’y a plus de temps et plus de conjugaisons pour combler les mémoires…

– Bravo, j’applaudis ! Splendide, merveilleux, profond, touchant ! De la merde oui ! Tu vois cette lueur dans mes yeux, elle est tout ce qui compte et qui me fait avancer chaque jour coup après coup !

– Si tu crois que la haine sera toujours ton moteur, c’est que tu n’es pas la machine que tu crois…

– Je ne crois pas. Je ne crois plus. Je collectionne les cicatrices et je prends du bide, c’est tout. Et puis joue au lieu de parler, pendant ce temps j’éviterai de penser…»

Enfant j’avais un ami imaginaire, depuis cette nuit-là il ne me reste que la folie.

*Sujet d’élite



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