36 15 Me Myself & I : Je voudrais revivre ce sample, juste une dernière fois (J-1)

La route ne connait pas l’horizon, le décor est blanc et solitaire car le temps est parti depuis toujours. Le plafond ne ressemble en rien à la chape de plomb céleste dès lors que son vis-à-vis ne semble plus vouloir se dérober sous le poids de mes péchés. Et moi, je suis assis en tailleur sur la bande d’arrêt d’urgence, le bocal fêlé, l’eau prenant la tangente puisque qu’aucun soleil ne viendrait le traverser. Ma mémoire de poisson rouge me protège pour en encore quelques instants des remises en question qu’instaure un exode sur une île déserte. Or, je n’ai pour l’heure qu’un jean lessivé dont les coutures l’abandonnent et une chemise froissée —surmontée de la cravate de la machine à café— pour seul paquetage. Alors que tous ont de la terre ici et là, les semelles de mes chaussures noires sont vierges de tout périple à la recherche du temps perdu. Seul au monde et touriste en puissance, je suis entre Patrick McGoohan et Ricardo Montalbàn.

Ici, là, l’air ne manque pas, mais je suffoque devant l’infini et le vide. Si la moindre brise faisait escale dans mon huis clos, aucune nature, même morte ne viendrait corroborer les faits. À ce point de l’histoire je ne fais que pâle figure et j’aurais grand plaisir à contempler un mirage à la hauteur de mon absurdité ordinaire. Tandis que je traque le moindre écho à mes questions intimes, la tapisserie reste stoïque à toute salve d’insulte. Et puis je n’ai pas assez de liquide pour pleurer en canon, plus suffisamment de haine pour hurler à la face du monde qui m’a fait sien par peur des mines antipersonnel. Non, je dois rêver, il ne peut en être autrement parce que le cauchemar, c’est les autres. Sans oublier que la mort officielle devait ressembler à la vie générale, mais en mieux et maintenant je me retrouve les yeux sanguins, les muscles bandés sans sac de frappe, ni cible et encore moins de contrôle social à exercer.

Plus de montre, plus de temps, plus de retard. Et finalement plus personne à convaincre entre les nécessités apprises par cœur et les lubies ne répondant qu’à mon bon vouloir. Je pouffe ! Non ! Je souris ! Non ! Je ricane ! Non ! J’éclate de rire quitte à en mourir. À court de salive, les commissures des lèvres au bord de la rupture, j’arrête —avant de me parler à moi-même pour me juger— de me pincer pour me réveiller et de me réconforter afin de me relever. La bataille s’achève sans plus de raison qu’elle n’avait commencé.
Mon afro est en désordre, en plein désarroi après les passages frénétiques de la prise de tête et les empreintes de mes doigts crispés et moites. En panne sèche dans ce royaume sans frontières, ni ennemis pour occuper mes envies de meurtre et mon besoin d’amour universel. Un terrain vague pour une errance précise.

Je suis juste un quelqu’un de plus au milieu d’un nulle part de luxe à la recherche d’un but inavoué ou d’un second souffle d’occasion. Personne ne circule, ne court après le lapin blanc, alors je garde mon pouce vers le sol comme pour mieux montrer ce que je ne peux écrire. Faute de tout. Ce moment, cet endroit, cet ici, j’en ai rêvé toute ma vie, la quiétude, le calme, un no man’s land sans guerre intime —interne, universelle, inextricable— mais avec toi. Une cellule idéale me préservant de cette folie enfantine me consumant par les deux bouts. Une réalité alternative où les cicatrices secrètes se muent en sagesse populaire.

Soit, mais arrivé à destination, sans invitation, je ne me souviens plus de la traversée et de la raison de mon départ sans toi. Planté là comme un con lesté de mes démons amicaux, mais proche de la démence étrangère, je n’ai jamais autant tutoyé l’équilibre qui me faisait défaut. Celui qui me pousse à avancer sans me retourner, à prier le futur, à garder malgré-moi un peu d’espoir dans la cage thoracique. Si je tombe, je n’emporterai personne avec moi. Et voilà, l’évidence me gifle plus fort que l’impact de ma boîte crânienne sur le bitume de cette route dépourvue de commencement originel, de fin originale. Par le plus grand des hasards, j’effleure la définition de la folie, trouver des voix en soi lorsqu’il n’en reste plus autour. Alors j’ai la mémoire dans le cœur et un peuple dans ma tête. Chacun va d’un organe à l’autre pour l’expérience ou le recul. Il n’y a plus de fautifs, de causes perdues d’avance, de lieux et de liens à prendre ou à rendre. Plus rien et je ne suis pas béat, simplement à la dérive, en pleine déroute à son bord.

Si au moins j’avais une arme pour me défendre de moi-même, afin de me protéger du bonheur, de mon paradis personnel, de cette boucle sans fin. Le suicide est une légitime défense comme les autres. Mais la bagatelle ne me laisse pas deviser avec elle car il est bien trop tard pour baisser les bras. Donc j’avance pour mieux tourner en rond ou je fais du surplace afin de regarder la révolution et ses rotations. Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais eu l’impression d’appartenir à un espace défini ni une espèce précise. Quant à l’histoire qui les engendre, je l’ai apprise un couteau entre les dents, mais sans y trouver ma case ou un combat pour passer le temps.

Les gens sont une chose, mais l’Histoire est un être vivant aliénant les conjugaisons en y broyant ce qu’il nous reste de nous-mêmes après le façonnage parental. Pas grand chose. Je l’ai fui tant bien que mal lorsqu’elle a commencé à vouloir m’écrire en temps réel sur tous les écrans et je crois qu’elle m’a pourchassé depuis ma première Bible au sommet de la tour verticale dans ma périphérie à l’agonie. Oui, c’est ça l’Histoire, c’est le temps.

Je crois que la chronologie me considère comme une erreur acceptable, de celles qui peuvent demander, essayer, mais n’ont pas droit au chapitre. Message reçu, et puis je ne donnerai pas mon sang pour un morceau de drapeau et une poignée de terre. Alors plutôt que de chercher de l’affection chez un naturaliste, j’ai décidé de devenir un pyromane dans cette usine à gaz.

Maintenant je me souviens, enfin, parfois, pour cette fois, de cet ici, coincé dans ma tête, j’y fais la sieste lorsque que le monde prend un malin plaisir à faire de son nombril, le seul salut plausible. En gestation entre là et nulle part, je ne t’ai pas quitté, j’y retourne lorsque je change de peau, de pouls, poids, de choix. Ici, dans mon livre. Aujourd’hui j’épouse la lumière, les canines acérées, le destin à mes pieds, certes tous mes mots me décrivent, mais je compte les vivre jusqu’à la dernière séquence à vitesse de croisière entre le tourisme et la croisade.

La route tortueuse et le décor à nouveau nègre redémarrent et le tapis roulant m’invite au moonwalk pour revenir aux commandes de ma mission de toujours, chers lecteurs. M’adapter, évoluer, survivre pour ne pas crever sans prendre une place dans vos mémoires…

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