Scientisme

Yan Barcelo, 21 novembre 2009

Note aux lecteurs – Comme ce fut souvent le cas récemment, je dois interrompre la série régulière de chroniques que j’avais entreprise sur la société à cause d’un projet de spectacle, intitulé Le Désir du Désir, sur lequel je travaille présentement et qui accapare tout mon temps. De façon à ne pas laisser ce blog en plan, je vous soumets un passage, tiré de ce spectacle,  qui traite de la science – plus exactement du scientisme.

On nous dit que la science explique tout. Balivernes. Elle nous a ouvert des horizons incommensurables, mais elle n’explique rien. En tous cas, certainement pas l’essentiel, comme dit Victor Hugo, c’est-à-dire l’origine et la fin. On nage en plein désarroi. Des exemples? On pensait que depuis l’explosion du Big Bang l’univers était en expansion à vitesse constante. Logique : après l’explosion, les choses, dans le vide, filent à vitesse constante. Ben non. Les galaxies s’éloignent à une vitesse qui accélère. Ça contredit toutes les équations de l’astrophysique.

Une autre belle affaire. La vitesse de la lumière était supposée être la vitesse limite dans l’univers. Rappelez-vous Einstein. Pas de raison de distribuer des tickets de vitesse; ça peut pas aller plus vite. Mais en 1997, une expérience démontre que certains phénomènes communiquent entre eux instantanément. Instantanément. Les mots « vitesse » et « distance » ne veulent plus rien dire.

Et qu’en est-il de la Terre. Elle est dans une zone de danger extrême. À 5 kilomètres d’altitude, il fait  – 70  degrés fahrenheit. La glacière. 50 kilomètres plus haut, c’est le four : la température bondit à 2700 degrés fahrenheit. L’univers n’attend que le moment de faire de nous des shish-kebabs.

Regardons dans le ciel un beau soir d’été, que voyons-nous? 6, 7, 8 mille étoiles, maximum. Mais si nous avions des télescopes à la place des yeux, nous verrions beaucoup plus près de nous, dans notre propre système solaire, des dizaines de millions de météorites et de corps célestes dont la trajectoire traverse l’orbite de la Terre. Une seule rencontre inopinée et l’agenda de demain pourrait être un tantinet compromis. Nous sommes dans un coin de l’univers particulièrement dangereux.

Darwin nous dit que l’évolution est une longue succession de transformations aléatoires et arbitraires où survit l’organisme le mieux adapté. Ah oui? Alors, si on suit sa logique, l’organisme le mieux adapté à ce monde brutal et menaçant, ce n’est certainement pas l’humain qui n’a pas de fourrure, qui gèle dans le temps de le dire, qui se tape un coup de soleil en un clin d’œil, qui porte son enfant pendant 9 mois, qui le traîne avec lui pendant 15 ou 20 ans et qui a de la misère à s’adapter à un simple changement d’horaire d’autobus.

À bien y penser, l’organisme le mieux adapté, c’est le caillou. Le rocher.

La vie, sa complexification et sa sensibilité croissantes, tout ça échappe totalement à la théorie de Darwin. Comme à toute la science, d’ailleurs.

Après 13 milliards d’années, tout ce que l’évolution a réussi à produire au chapitre de la vie, c’est une toute petite, misérable, insignifiante, et miraculeuse, bactérie. Après ça, il a suffi d’un milliard d’années pour produire la tortue, l’hirondelle, le cheval, le chimpanzé, des millions d’autres organismes, et enfin l’humain.  L’humain avec son système métabolique archi-complexe, en passant par des dizaines d’autres créations miraculeuses comme l’œil, l’oreille interne, l’écriture, la conscience de soi.

Et la science – il serait plus juste de parler de scientisme, ou la science, une simple méthode, transformée en métaphysique – nous martèle la tête avec l’idée que tout ça, c’est le fruit du plus pur hasard. Du plus pur hasard!

12 pensées sur “Scientisme

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    22 novembre 2009 à 2 02 16 111611
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    C’est une réflexion très intéressante, Yan!

    De mon point de vue, je vois la vie comme intelligente. Pas une intelligence d’homme, on s’entend, mais je crois que c’est plus qu’une série de protons, de quartz et d’atomes qui sont apparues comme ça, par hasard, lors du fameux Big Bang.

    Est-ce qu’il y a un sens à tout cela? Je ne sais pas, mais le simple fait de se le demander est déjà intrigant, je trouve.

    Pourquoi des cellules auraient-elles évolués pour former une créature, l’homme, qui est devenu conscient et qui se demande s’il y a un sens à sa propre création? C’est quand même fascinant!

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    22 novembre 2009 à 1 01 34 113411
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    Dire que je pensais que vous étiez le plus sensé des 7. Non, un autre postmoderniste…

    Adieu, cher ex-collègue (nous avons travaillé tous les deux à la DDE).

    Vous étiez le seul pour lequel je jetais un coup d’oeil à ce blogue débile. Merci de m’épargner à l’avenir cette corvée !

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    22 novembre 2009 à 8 08 15 111511
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    Bravo ! Moi, je ne crois pas trop au Big Bang.. explication trop simpliste.

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    22 novembre 2009 à 8 08 59 115911
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    Ouf! Il ne manque plus aux 7 que de se créer une secte créationiste! Aucun philosophe ni aucun scientifique n’affirme sérieusement que « la science explique tout »! Si la science expliquait déjà tout, il n’y aurait plus de recherche, en partant!

    The rejection of hard-won knowledge is by no means a new phenomenon. In 1905, French mathematician and scientist Henri Poincaré said that the willingness to embrace pseudo-science flourished because people “know how cruel the truth often is, and we wonder whether illusion is not more consoling.” Decades later, the astronomer Carl Sagan reached a similar conclusion: Science loses ground to pseudo-science because the latter seems to offer more comfort. “A great many of these belief systems address real human needs that are not being met by our society,” Sagan wrote of certain Americans’ embrace of reincarnation, channeling, and extraterrestrials. “There are unsatisfied medical needs, spiritual needs, and needs for communion with the rest of the human community.”

    Looking back over human history, rationality has been the anomaly. Being rational takes work, education, and a sober determination to avoid making hasty inferences, even when they appear to make perfect sense. Much like infectious diseases themselves — beaten back by decades of effort to vaccinate the populace — the irrational lingers just below the surface, waiting for us to let down our guard.

    Source: et, oui, encore le même article

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    22 novembre 2009 à 11 11 49 114911
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    Salut Yan !

    Je n’achète pat tout de suite mon ticket pour le paradis. Vu l’état de l’univers, je préfère penser que c’est manque de pot plutôt qu’une conspiration cosmique…

    Je vois sans surprise que Martin, notre pourfendeur tous azimuths, après s’être acharné sur l’aile gauche de l’albatross, vient vite ici rogner son aile droite.

    Toute imagination amputée, notre pauvre humanité pourra donc passer tous les contrôle de bien-pensance et se traîner dans ses fientes sur le pont du supertanker technologique où elle a commis la gaffe de se poser.

    Elle n’aura que la moitié d’un manteau étriqué pour se réchauffer – les Martin sont prudents – mais elle pourra être sûre que le cap sera bien gardé et qu’aucune curiosité malvenue ne lui fera découvrir d’Amérique.

    Comme disait le personnage de Claudel, on aura du nouveau exactement pareil à l’ancien…

    Pierre JC Allard

    YB: « Merde » – dans le sens des gens de théatre – pour le spectacle…

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    22 novembre 2009 à 11 11 57 115711
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    elle (la science) n’explique rien. En tous cas, certainement pas l’essentiel, comme dit Victor Hugo, c’est-à-dire l’origine et la fin.

    l’essentiel c’est ce qu’il y a entre ta naissance et ta mort. Tu ne penses pas ? Le reste c’est bien pour justifier les salaires de scientifiques qui cherchent sur les origines de la terre ou l’univers. Finalement je m’en moque mais comprendre comment ca marche ca peut m’interesser.

    Sinon les rencontres avec des météorites il y a en a eu plusieurs. Probablement que l’extinction des dinausaures correspond avec la colision d’une Grosse météorite. Et ne t’inquietes pas avec le ciel, l’humain va s’autodétruire bien avant cela :mrgreen: dans qq siecles ce qui represente un court instant pour l’âge de la terre.

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    22 novembre 2009 à 12 12 06 110611
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    La science explique le comment des phénomènes, la technicalité mais elle ne donne jamais le pourquoi. La science dit que le pourquoi, la cause des évènements c’est le hasard. Bref, elle s’en remet à une entité extérieure tout comme les religions remettent le pourquoi des évènements à un dieu.
    Il n’existe pas plus de preuves de l’existence d’un dieu qu’il n’en existe du hasard.

    Donc avec l’évolution et l’origine de la vie c’est la même chose. Les créationnistes disent que l’évolution et l’apparition de la vie, c’est le dessein de Dieu (quand ils ne la nient l’existence de l’évolution) tandis que les scientifiques affirment que l’évolution et l’origine de la vie c’est le fruit du hasard. Je trouve que ce sont deux hypothèses non-fondées.

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    22 novembre 2009 à 16 04 56 115611
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    @PJC Allard

    C’est sûr, ici, chez les 7, on ne manque pas d’imagination, je vous l’accorde!

    Ne vous inquiétez pas, je ne m’attarderai pas ici, même si le sujet de ce billet ici est fort intéressant et que j’ai ma petite idée là-dessus en plus, bien sûr, de quelques objections. Mais je vais quand bien même répondre à votre boutade me concernant…

    Je n’ai pas changé d’aile à grignoter. C’est le même thème qui émerge depuis quelques temps à partir des autres discussions. On a commencé par critiquer la vaccination, puis la médecine au complet, et maintenant depuis quelques billets on s’en prend carrément à la science, en la qualifiant même de nouvelle religion!?

    Par ailleurs, je ne suis pas celui qui cherche à être réconforté et exempts de doutes avant de monter en bateau, au contraire. Je vous ferai aussi remarquer que pour découvrir l’Amérique, il a fallu aux navigateurs qu’il aient foi non seulement en eux-mêmes, mais aussi dans le travail des autres et, oui, dans la technologie permettant au bateau de flotter.

    😉

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    22 novembre 2009 à 18 06 40 114011
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    @ M le M.

    Vous ne pensez pas vraiment que je cherche à vous éconduire, n’est-ce pas ? Toute mes objurgations pour inviter les autres blogueurs à une grande mansuétude à votre égard sont autant d’indices que j’apprécie vos interventions. Vous êtes le phare qui indique l’écueil de la pensée politiquement, scientifiquement et éthiquement correcte autour duquel il faut naviguer. Ne nous quittez jamais ! :-))

    Pierre JC Allard

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    23 novembre 2009 à 1 01 22 112211
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    «Après 13 milliards d’années, tout ce que l’évolution a réussi à produire au chapitre de la vie, c’est une toute petite, misérable, insignifiante, et miraculeuse, bactérie. Après ça, il a suffi d’un milliard d’années pour produire la tortue, l’hirondelle, le cheval, le chimpanzé, des millions d’autres organismes, et enfin l’humain. L’humain avec son système métabolique archi-complexe, en passant par des dizaines d’autres créations miraculeuses comme l’œil, l’oreille interne, l’écriture, la conscience de soi.»
    C’est étrange, je l’adore cette «petite»réflexion. Je suis en train de relire les mêmes propos dans un livre L’ÉCHEC DE LA SCIENCE.
    Il est une manière pour l’humain de se rassurer avec vanité: de faire un montage avec les «morceaux choisis». De sorte qu’on arrive à … de la science. 🙂

    «Ouf! Il ne manque plus aux 7 que de se créer une secte créationiste! » MLM.
    Eh! Ben! Tu y tiens à la secte… À tous les jours il y a quelqu’un qui frappe à la porte du doute. La certitude ne répond pas…
    Elle a peur.
    Dans notre merveilleuse technologie, j’ai vu dernièrement que l’on avait inventé un fer à repasser sans fil.
    À vapeur, en plus.
    Finalement, c’est comme tes commentaires: tu passes, tu repasses, car tu tiens à garder ton pli de pantalon.
    Pour ma part, ce genre de réflexion me ramène à mon petit dialogues des acariens que j’ai créé un jour: ils se demandent s’il y a une vie à l’extérieur du matelas.
    Je pense que c’est en constatant sa «petitesse» que l’on grandit un peu.
    @Darwin,
    Rien à dire. Votre «nom» vous parle, mais vous ne l’écoutez pas…
    Darwin, Dawkins…
    Bon matelas!

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    24 novembre 2009 à 22 10 27 112711
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    Moi je crois que tout est énergie et rythmes vibratoires. Qui a le pouvoir de tout créer à partir de rien? Je crois à la complexification-conscience, tout évolue surtout les mutants…Je suis en état de total émerveillement devant le chef-d’oeuvre de la création. Je crois que le ciel et l’enfer sont des états d’esprit, non pas des lieux. La conscience se développe et comme disait Yung, plus de conscience, plus de problèmes. Darwin est décédé, je suis fasciné par son sens de l’observation. Einstein est décédé et la science avec lui a fait des pas de géant, elle continue…nul ne sait ce que l’avenir nous réserve au chapitre des découvertes. Je crois que nous ne sommes pas au bout de notre émerveillement face aux miracles de la Vie et si le meilleur était à venir…

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    24 novembre 2009 à 22 10 51 115111
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    Et si nous faisions ici le trajet allant vers… notre origine? Je crois que nous sommes des dieux déposés sur cette terre qui est aux cieux. Peut-être avons-nous tort d’être si soucieux…homininés d’un naturel pourtant brillant et audacieux. Notre royaume c’est l’infini!

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