3.Le retour du médecin prodigue (2)

Ici, la situation a changé du tout au tout: nous n’avons plus: « un excellent système de santé: moderne, efficace, gratuit» ». Les lacunes de 1992 sont devenus des gouffres béants. Les symptômes de 1992 sont devenus des infirmités débilitantes. La façon dont le problème de la santé public a été ignoré quand les premiers signes de crise sont apparus a apporté une preuve supplémentaire – dont nous nous serions bien passés – de l’imprévoyance et du manque d’intelligence de nos gouvernants.

Au fur et à mesure, toutefois, que la crise s’est aggravée, que l’approche néo-libérale a mis en place sa politique d’extorsion des pauvres par les riches et que l’obsession du budget équilibré s’est imposée, l’explication de l’imprévoyance et de la bêtise est devenue insatisfaisante. Aucun politicien assez habile pour être élu ne peut être assez mentalement démuni pour suivre la politique que mène présentement le Québec en matière de santé sans en comprendre les conséquences. La mauvaise foi est devenu un élément incontournable de l’explication.

Malgré les mensonges rassurants qu’on sert à la population, il est hors de doute que la politique actuelle de sabordage systématique de notre réseau de la santé mène à réduire progressivement la part des coûts de la santé que l’État prendra en charge, et donc à créer une situation néo-libérale « correcte » où les ressources médicales serviront en priorité les besoins de ceux qui peuvent se les offrir et n’accorderont aux autres que ce qui en restera.

Le sabotage de ce réseau, qu’il a fallu 25 ans et des milliards pour mettre en place, se fait en six (6) attaques concertées. 1 – Mettre à la retraite anticipée un maximum de médecin et d’autres professionnels de la santé. 2 – Maintenir au plus bas les admissions en formation médicale. 3 – Ne pas investir, ni dans les immeubles ni les équipements de santé. 4 -Désorganiser le système par des réformes administratives , fusions, déménagements dont l’utilité est douteuse mais dont le potentiel de création confusion et de mécontentement est évident. 5 – Couper les budgets d’opération pour forcer la fermeture de lit et démotiver le personnel qui s’accroche à sa mission. 6 – Favoriser la diffusion d’histoires d’horreur – hélas vraies ! – concernant les erreurs de diagnostic, les retards ambulanciers, les délais aux salles d’urgence, les « débranchements » contre la volonté du patient aux soins intensifs.

Le but visé est de réduire l’efficacité du système public – et de faire connaître largement cette perte d’efficacité – jusqu’à ce que le système public devienne inacceptable pour toute cette partie de la population qui a les moyens financiers de choisir une solution de rechange. Alors, les compagnies d’assurance et les groupes financiers qui, de plus en plus, en sont les propriétaires offriront cette solution de rechange à ceux qui peuvent se l’offrir. Les autres seront en liste d’attente interminable, pour obtenir l’accès à des ressources humaines insuffisantes travaillant dans des salles vétustes avec des équipements désuets.

Dans ce contexte, la proposition faite en 1992 de rémunérer les médecins par capitation et de leur donner une large autonomie de fonctionnement est plus opportune que jamais. Elle est d’autant plus crédible qu’elle créerait un système qui ressemblerait à ce qui existe présentement aux USA, à deux importante distinction près: c’est l’État qui payerait les médecins plutôt que des groupes d’assureurs… et la santé serait accessible à tous. TOUS.

Pierre JC Allard

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