47. Le médecin

Le praticien médical, celui qui traite la population, a une maîtrise obtenue en quatre (4) ans, a fait deux (2) ans de stage et est normalement certifié à 23 ans. Il est un spécialiste. Ceux qui traitent et soignent, dans une Nouvelle Société, sont tous des « spécialistes », car aucun ne prétend tout savoir « généralement » de tout ce qui peut être su.

Parmi la panoplie des spécialistes que la société veut mettre à la disposition des individus, toutefois, il y en a un qui se démarque et dont le rôle est bien différent de celui des autres : le médecin. Le médecin vient remplacer l’omnipraticien actuel, dont le rôle est ambigu et la mission impossible. La médecine est devenue bien trop vaste pour que l’on puisse prétendre en connaître à fond toutes les branches. Une vie n’y suffirait pas ; ne prétendons donc pas y être arrivé en 4, 6 ou 10 ans de formation !

Celui qu’on appelle le « médecin », dans un nouveau système de santé, est aussi un spécialiste, mais pas un spécialiste comme les autres.On peut le voir comme un spécialiste en diagnostics ­ car c’est lui qui les pose et il est donc le portail par lequel on entre à l’univers des soins de santé – mais on ne voit alors que la surface de sa fonction et on en néglige l’essentiel. La vraie spécialité du médecin n’est pas une tâche, c’est une responsabilité.

Qui est le médecin dans le nouveau système de santé ? Quel est son rôle ? L’essentiel du médecin, c’est qu’il a une relation permanente personnalisée avec son patient qui est aussi son client. Le médecin, en esprit tout au moins, doit être est toujours là. Il répond à la PREMIÈRE demande de l’individu dans le domaine de la santé : quelqu’un qui lui apporte la sécurité et le réconfort.

Il y a au moins quatre mille ans qu’il y a des médecins et, bien avant que les remèdes puissent vraiment guérir, il y avait le réconfort, la présence rassurante de celui qui prenait sur lui le fardeau devenu trop lourd pour l’individu de lutter contre la maladie. Avec les progrès de la médecine, il y a eu tant à faire et tant de gestes concrets à poser que le système actuel a cessé d’allouer ce réconfort, qui est pourtant la première et souvent aussi la dernière chose que le malade demande à la médecine. Il a prétendu y substituer l’arrogante prétention de régler les problèmes par la seule compétence. Mais nous mourons encore. Il va falloir que le nouveau médecin redécouvre le réconfort : c’est sa première vocation.

Offrir le réconfort deviendra de plus en plus l’essentiel de la mission du médecin, mais, bien sûr, celle-ci comporte d’autres aspects. Le plus tangible, c’est que le médecin gère la santé de son client. Même de son client bien portant, car l’individu bien portant est l’acteur principal du drame de sa santé, mais il est déjà conseillé par son médecin, aux fins de la prévention et du dépistage. Le médecin est le maître-d’uvre d’une foule de petits projets distincts qui consistent à assurer le mieux-être continu de chacun de ses clients.

Parfois, une crise survient. L’individu, jusque là bien portant, sent qu’il ne l’est plus. Il s’autodiagnostique, puis consulte son médecin et le verdict peut tomber qu’il est devenu un malade. Le diagnostic est un moment fort du drame : la morbidité est là. Quand il reçoit et accepte ce diagnostic, l’individu devient un patient et il passe le volant au médecin. C’est la même relation qui continue, mais le patient veut être pris en charge. Le patient va en demander beaucoup à son médecin. Il lui en demande alors trop, puisqu’il lui demande tout. Pour répondre à cette demande, le médecin a besoin d’aide.

Heureusement, l’aide est là. Elle consiste en tous ces autres spécialistes médicaux qui sont disponibles. Le médecin devient alors le coordonnateur d’une équipe médicale plus ou moins formellement constituée qui va traiter son patient. Surtout, cependant, il reste l’interlocuteur privilégié de ce dernier. C’est dans cette perspective qu’il faut revoir son rôle technique et sa véritable mission.

Son rôle technique va se rétrécir, se limiter progressivement à poser le bon diagnostic et à aiguiller son patient vers le spécialiste adéquat. Des interventions d’urgence ? Mêmes les urgences seront prises en charge par d’autres. En cas d’urgence, le médecin est rarement sur place ; la santé et la vie du malade sont entre les mains d’un parent ou d’un passant. C’est ce quidam qui posera les premiers gestes essentiels, ensuite c’est l’ambulancier, qualifié par une formation paramédicale ad hoc, qui prendra la relève et enfin viendra l’urgentologue ; le médecin n’arrive que plus tard, pour tirer des conclusions

Les conclusions pour TOUTE la santé du patient. C’est au-delà de son rôle technique de diagnosticien que la mission du médecin s’élargit. Il reste présent, conseille son patient, le guide, le protège à l’occasion contre les imperfections du système, mais surtout lui apporte la compassion et la vision d’ensemble de son état de santé qui est un élément primordial de son plan de vie. Le médecin est le plus indispensable des conseillers de l’individu, son premier diacre.

Le médecin d’un nouveau système de santé, cependant, n’est pas uniquement celui qui prend en charge le patient et le portail par lequel celui-ci entre au système de santé. Il est aussi le pilier sur lequel repose l’édifice social de la santé. Il est un « officier de santé » et doit s’impliquer dans tous les aspects de la vie de son milieu qui ont des incidences sur la santé.

Comme officier de santé, il reçoit une rémunération de l’État. D’autre part, comme thérapeute, il se doit aussi à son patient et il est hautement souhaitable que sa rémunération dépende de la satisfaction de ce dernier. Le médecin a des conditions de travail particulières : il est toujours à l’uvre. Il doit aussi être rémunéré autrement.

Pierre JC Allard

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