49 Le défi de l’abondance

Que le système soit néo-libéral, n’est qu’un épiphénomème. « Briser le cocon », c’est déconstruire le système de production qu’on a et, aurait-il été collectiviste, qu’il n’est pas certain qu’on l’aurait transformé plus aisément. C’est accepter de produire autre chose et de travailler autrement qui est le défi. C’est bien une mutation, car l’individu voit surtout sa vie comme une séquence de désirs à satisfaire et, quand il y tient vraiment, il les appellent ses « besoins ».

Produire, c’est « rendre utile », c’est « tirer profit de ». C’est rendre une chose plus conforme à ses désirs, en augmenter l’utilité et donc la valeur. Produire est au cur de la vie et, pour beaucoup, lui donne presque tout son sens : c’est le faire qui vient témoigner de l’être et s’exprime dans l’avoir.

La nature nous donne tout, mais encore faut-il savoir et pouvoir le prendre. Cueillir les baies, tailler des silex, chasser le bison. À la ressource dite « naturelle », la matière dite « première » et intrinsèquement gratuite, doit s’ajouter, pour qu’elle acquière une utilité et donc une valeur, un travail pour la mouvoir, l’aménager ou la transformer. Produire, c’est créer cette valeur ajoutée. Dès que l’humanité dépasse le stade de la cueillette et du poisson cru, elle veut transporter, façonner, transformer, stocker, distribuer Elle veut PRODUIRE.

Pour l’individu, c’est produire qui importe ; la société est un adjuvant, parce qu’ensemble on peut produire mieux. Les sociétés naissent pour assurer la protection de leurs sociétaires, mais, dès qu’elles existent, on découvre qu’elles ont aussi l’extraordinaire avantage de permettre la division du travail. Chacun peut développer une compétence et en faire bénéficier les autres, profitant en échange de la leur.

Cette spécialisation permet de chercher et de trouver de meilleures façons de produire. Simultanément, la vie en groupe permet la production en masse que cette recherche rend possible et les économies d’échelle qui résultent de cette production en masse en rendent possible la consommation en masse. Tous ensemble, on travaille mieux et l’on produit plus. La société s’enrichit. C’est le travail qui crée la richesse et la production EST la richesse.

Parce que la production est la richesse, augmenter la production de biens et services tend à devenir le premier but implicite de toute société. On peut imaginer et même faire fonctionner pour un temps des sociétés dont le but sera l’honneur, la gloire, la sagesse ou le salut éternel, mais la nature humaine, dans sa quête de sécurité et de pouvoir, tend toujours à refermer ces parenthèses et à ramener l’effort collectif vers l’enrichissement : la production.

C’est cette priorité accordée à la fonction de produire qui permet que, tôt ou tard, prédomine dans une société une gouvernance qui repose sur la promesse et la récompense – et donc sur l’efficacité des fonctions de gérance de l’État – plutôt que sur la menace et le châtiment. Pour que perdure cette mansuétude, toutefois, une certaine pauvreté est nécessaire qui rend souhaitable un enrichissement. Une conscience d’être « pauvre », la pauvreté, étant le désir insatisfait et la richesse sa satisfaction.

Maintenant que l’industrie a permis que nos besoins matériels soient satisfaits, il faut que l’enrichissement prenne une nouvelle forme. Rien ne devrait être plus facile, car libérée du cocon du besoin, une société postindustrielle, produit ce qu’elle veut. Des activités inédites apparaissent pour répondre à la demande que suscitent les nouvelles techniques et l’État modifie son rôle et sa structure de gérance, pour mieux encadrer les nouveaux rapports que doivent développer entre eux les citoyens comme consommateurs et producteurs.

Divers aspects de la relation quotidienne de l’État aux citoyens sont ainsi changés et il en découle finalement une modification radicale de la production et donc fonction de gérance de l’État. Les institutions de la société sont elles-mêmes alors adaptées au nouveau paradigme et l’on constate que l’État, en transformant sa fonction de gérance et en créant cette nouvelle relation avec ses citoyens, est amené à transformer aussi sa fonction de gouvernance. Un autre environnement sociétal est créé

Un environnement qui, aujourd’hui, est l’abondance. On peut satisfaire facilement les besoins matériels de tous. Il y en a pour tout le monde. La guerre est inutile et toute rivalité qui n’est pas seulement un jeu est une erreur, car il y en a encore plus quand l’on reconnaît que chacun DOIT être complémentaire et que nous devenons tous indispensables. La métamorphose a fait que l’homme nouveau n’a plus à se battre pour satisfaire ses besoins : il doit COLLABORER.

L’homme nouveau qui sort du cocon n’a pas perdu sa violence ­ la nature humaine est coriace – mais, pour vivre dans ce nouvel environnement, il doit la manifester autrement. Comment est un autre débat , mais pour la vie en société, on collabore. Le problème est que les vieilles habitudes sont bien tenaces ; combien de temps avant que l’homme de la société d’abondance qu’il apprenne à se conduire comme un papillon ?

Le temps qu’il apprenne voler, c’est-à-dire à travailler autrement, ce qu’il apprendra en le faisant. Les façons de produire ne sont pas innocentes. C’est la structure de production mise en place qui va achever la transformation vers l’homme nouveau. Une nouvelle société s’épanouit, parce qu’elle n’est pas construite sur une idéologie, pour orienter l’évolution humaine, mais pour répondre aux exigences de cette évolution même, lesquelles se reflètent justement dans le système de production qui se met en place. Tout va changer, mais pur comprendre une Nouvelle Société, voir d’abord sa production. Tout le reste suivra.

Quelle allure aura le système de production d’une Nouvelle Société ? On en a un indice dans le passage déjà largement complété de la main-d’œuvre vers le secteur tertiaire, préfigurant, dans tous les secteurs, une migration similaire vers les tâches inprogrammables. Ce sont des SERVICES que veut surtout la majorité effective de la population. C’est donc avec l’abondance des services en tête qu’il faut construire un nouveau cadre normatif, organisationnel et logistique dans lequel s’intégreront, à la place de choix, les activités de production tertiaires devenues prioritaires.

Nous allons donc voir en détail le nouveau système de production qui est à se mettre en place, car les germes d’une Nouvelle société sont là. Tous le reste en découle.

Pierre JC Allard

2 pensées sur “49 Le défi de l’abondance

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    9 février 2009 à 5 05 21 02212
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    Bonjour,

    Il est sain de réfléchir sur notre histoire et soumettre à sa lumière, le bilan de la société moderne dans laquelle nous vivons. Surtout en temps de crise, quand le système vacille.
    cependant, je trouve dommage que l’on ne soit pas encore capable de mesurer la réussite de notre modèle ou son échec en comparant certaines composantes avec les sociétés hérités des peuples naturels qui survivent encore sur la planète et qui pourrait un jour être une alternative dans notr erecherche de sens et de pérénité, élément absent en europe.
    Il serait intéressant, dans votre démarche d’ouvrir au Internaut qui vous lisent un champplus large en donnant accès à des élément fondamentaux d’ethnologie comparée. Par exemple, les Bushimen d’Afrique du sud qui vivent dans une société de la nature, non marchande où la propriété privée n’existe pas, ces gens passeraient moins de temps chaque jour à se procurer de la nourriture et assurer leur bien être qu’une famille européenne. Une étude a été faite: moins de 7 heures en moyenne chaque jour contre plus de 8 en europe. Des notions telles que bonheur, épanouissment, enthousiasme, fierté, dignié, équité, richesse culturelle, vie sociale, etc, tous ces éléments pourraient être compérée globalement puisuq’impossible à chiffre mais il existe des indicateurs: maladies dûes au stress, criminalité, pollution, consommation d’antidépresseurs, alcoolisme, violences conjugales, stabilité des couples, capacité de transmission de repères et de valeurs, nombre d’enfants placés en détentions ou en foyers d’accueil, taut de suicides, etc. des indicateurs d’une société ou il fait bon vivre…ou au contraire une société anxiogène favorisant les pathologies mentales et comportementales…
    En tout état de cause, je soulève ce manque de considération envers ces modèles annexe qui persistent et qui sont des héritages des temps anciens mais qui sont pérenne et viable dans le long terme, eux! ce qui n’est pas le cas de notre modèle, voué à l’échec pour maintes raison dont la principale est le déséquilibre entre la demande croissante de consommation et la durabilité des ressources dans un mond eou déjà l’ea&u, l’air et les sols sont contaminés.
    Il serait de bon aloi, et cela ferait preuve d’ouverture d’esprit de rappeler l’existence de ces peuples.

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    9 février 2009 à 6 06 34 02342
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    @ Deska

    Votre commentaire est extremementinteressant et c’est le genre de comapraison auquelles j’aime reflechir durant mes loisirs. Il depasse cependant le cadre de ce que je me suis limite a traiter sur ce site. D’abord, parce que je n’aurais pas la competence ni l’autorite de le faire; ensuite, parce que si on ne se fixe pas d’autres bornes que celle de sa propre curiosite on ne peut que s’egarer. Si, toutefois, vous avez un site ou vous en discutez, je passerai certainement vous faire quelques commentaires…

    Merci pour votre visite

    PJCA

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