500 mots plus les frais (1) La berceuse de l’insomniaque

Je ne rêve pas ou peu. Voilà peut-être un indice sur l’intérêt relatif que je porte au sommeil. Alors, j’attends que le temps passe plus vite en expirant, désabusé, coincé entre ce plafond taille basse et le matelas d’occasion qui sent les coups de reins, voire les miasmes.

J’aimerais mourir de fatigue plutôt que d’ennui, mais ma génitrice m’a expulsé en occident suite au commerce d’une Histoire pas très naturelle. Depuis, je suis emprisonné sous une couette, à partager de préférence, où je ne souhaite qu’une seule chose au creux de mon vide, que la nuit tente de se suicider une fois plus pour laisser une chance au jour d’enfin respecter sa parole.

Celui-ci se fera un plaisir, comme à son habitude, de m’indiquer qu’il n’a pas plus de temps pour les promesses que pour le futur. Croire en l’avenir ? C’est ce qu’il y a de pire pour un mouton libre avec une carte bancaire et une complémentaire santé. Telle est mon angoisse lorsque le ciel s’éteint —faute d’ambition— car en lieu et place du monstre sous mon lit, ma tête imagine un passé trop présent pour être honnête. Je ne demande aucune repentance, alors que l’on ne me réclame aucun devoir de mémoire ! Je veux juste la paix, en petites coupures ou en morceaux, s’il vous plaît. Néanmoins je consens à me soigner aux frais du contribuable, mais j’hésite encore entre le psychanalyste et ses drogues douces ou la diseuse de bonne aventure livrée avec sa roulette russe.

Depuis que la nuit ne me sert plus d’excuse pour la comédie artistique, je n’ai plus de motifs valables pour tituber —les yeux vitreux et le sourire en coin— de bars miteux en écrans mitoyens. Des terrasses entre potes aux bars à putes, il n’y a guère que la déception pour les différencier. Laisser un peu de moi, bile après bile, sur le sol pour le reste de l’humanité. Cet amour me manque.

La sobriété m’a pris ma joie de vivre et les raisons d’en rire, depuis je cotise et somatise en alternance devant le choc des civilisations en VOD. Il ne me reste qu’à souffler, puis à baisser les épaules et enfin à m’effondrer, en public si possible. Lourdement, lentement, bruyamment, mais jamais en même temps.

Merde, j’aurais voulu crever la nuit à la verticale au cœur du danger, dans un coin de ruelle entre deux poubelles pleines de bouteilles vides, mais je sens que l’ulcère me guette au chaud dans ces draps que je choisis rarement et dans mon pyjama du roi des éléphants. Partir sur une maladie de salle d’attente, en voilà une fin des plus sordides. Alors, je ne sais pas si je dois avoir peur de Dieu ou du notaire.

Je crois, à bien y repenser, que le romanesque prend tout son sens au fond d’une bouteille nommée désir finissant plus souvent fracassée contre le bitume que flottant à la mer. Et puis je me sens comme épié par cet astre insipide que je n’irai jamais décrocher de son décor pour chercher l’inconnue. Pour moi, le mystère ne réside pas au fin fond des étoiles, mais dans les murmures s’échappant de la cloison me protégeant de mon voisin. Celui qui éduque mal sa descendance, celui qui entreprend difficilement sa pondeuse, celui qui a les goûts musicaux de ses programmes télé. Mon voisin, il se prépare à la guerre comme il peut en s’entrainant sur sa famille, comme tout le monde.

Putain, la poésie est partie comme la petite musique qui m’animait encore enfant. Quand il n’y a plus rien en quoi croire, on est libre, mais bien seul. Mon ami Pierrot a bien voulu jouer à la bonne conscience, mais il n’a trouvé aucun écho.

Jadis, la nuit possédait un charme me prêtant des ailes pour faire le mur, de l’adrénaline pour faire le dur, de l’espoir pour faire l’amour. Mais depuis que je n’ai plus peur d’elle, elle est devenue comme toutes les autres, un souvenir…

Un truc, un machin, un objet, quelque chose à acheter ou à vendre en assurance vie ou en intraveineuse. Je lui ferais bien un procès pour publicité mensongère pour enfin faire machine arrière lorsque j’accélère pour la dernière fois. Et pendant que les minutes s’égrainent péniblement entre les orgasmes polis des rescapés des afters et le spleen mécanique des éboueurs, je regarde le plafond fixement en espérant un quelconque signe pour me lever en sursaut ! Mais il n’en est rien et j’obéis bêtement au réveil, comme tous les matins, en me levant sur une défaite.

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