500 mots plus les frais (11) J’aimerai bien…

J’aimerais bien, mais tu n’aimerais pas.

 

Mais si… Allez… Avoue… Ne fais pas la tête ou plutôt n’imite pas la mienne, mon ami. Tu sais, ne pas tout avaler en temps réel, en se posant des questions, à chaque fois, sans hocher la tête pour dire merci, c’est un métier ! Que dis-je un sacerdoce et sache que je dors peu, que je dors mal. Si seulement j’avais mauvaise conscience…

Mais tu dois te dire que je le mérite et puisque que je l’ai bien cherché, je l’ai finalement trouvé. Il y a une frontière entre savoir et comprendre, apparemment je l’ai allègrement franchie ! Foutue faim insatiable. Je présume qu’elle s’éteint dans la tombe, sinon l’éternité, cela va être long!

Peu importe parce que l’insomnie est une fantaisie chez les malades imaginaires et mon mutisme puis l’automédication ne laissent guère de place à la bagatelle. Tu me diras que les remises en question n’engagent que ceux qui les engrangent. Et vu mon déficit…

Alors, le doute ne connaît pas de répit. Et même en face à face, il préfère tourner les talons plutôt que d’accepter une autre vérité ne corroborant pas la version officielle. Je sais, je sais, avoir raison ne remplit pas le frigo dépendant des aléas de mon compte bancaire. Cependant mon ami, essaie de ne pas faire du tort une religion. Ainsi, nous y voilà, ici, toi et moi, entre la déroute et la banqueroute, il reste la débandade universelle. Celle que tu t’obstines à voir comme une victoire.

Soyons sérieux, entre nous le statu quo façonne les postures et la constipation, voire les hémorroïdes, chacun sur son rocher. À refaire le même match avec un fil, des nœuds, deux pots de yaourt usagers et un peu de mauvaise foi je crois que c’est ce qui nous lie le plus. De la friture sur la ligne ? À chacun son lubrifiant. L’essentiel dans un couple, c’est le dialogue, pas la compréhension ! Hum ? Heu… Le silence, c’est pas mal non plus. Pourquoi un conseiller conjugal, lorsque nous n’avons que des problèmes de conjugaison ? En définitive pour mourir heureux ensemble, je ne vois qu’une greffe du cœur en lieu et place du cerveau ou un Bescherelle. Bref, nous préférons les amnésies passagères aux dépressions du myocarde.

J’aime à l’impératif quand tu pardonnes au conditionnel. Soit, il ne nous reste qu’à faire un compromis autour du subjonctif. Après les préliminaires, il faut bien remplir les cases, attribuer les rôles, jouer le jeu pour passer le temps ou parce que c’est important. Et puis, j’aurais beau prendre ta place et toi la mienne, rien ne changera. Nous sommes les mêmes. Nous continuerons à tourner à rond en pensant avancer vers la perfection, la performance, une perfusion, le paradis, la reconnaissance. Notre problème se résume à confondre rotation et révolution!

J’aimerais bien faire semblant de m’intéresser au sort du monde comme tout ceux qui en font un fond de commerce, une religion laïque ou un cache-misère au quotidien.

Pour toi, tout est important, rien n’est trivial et chaque virgule compte. À tes yeux, il n’y a point de prestige dans la dérision. Par conséquent, une bibliothèque dans le cul, le code pénal dans le cœur et le siècle des Lumières préinstallé dans la tête, tu es à l’image du meilleur des mondes, à la fois en expansion perpétuelle et replié sur toi-même !

Faire semblant en toute occasion avec un sourire du gendre idéal et le mot juste à l’heure du brunch, en voilà un projet de société. Rebelle à l’octave près entre Téléfoot et les Guignols De L’Info. Le polo, d’un blanc chevaleresque, épousant à merveille le téton prêt à se dresser à la moindre dépêche Afp. Avec une façade pieuse, le sourire rassurant et l’arrière-train au-dessus de tout soupçon, tu retweet, tu retweet.

Mais le juste convoite les verbes être et avoir. Toutes ses paroles ne distinguent plus les Hommes portés disparus au zapping, dans les chiffres, les statistiques, les sondages, la datavacuité, les hommages et le recensement des rescapés de l’humanité. Tout cela en faisant passer une vision panoramique pour télescopique.

Tu finirais presque par me faire croire que je suis totalement désintéressé et insensible. Mais je ne suis ni juge ni comptable et encore moins arbitre.

Faire carrière et vivre en paix… J’ai bien peur de ne pas comprendre ton obsession pour la sécurité et son besoin intime de bonheur contrôlé. Dans cette image inaltérable, je n’aimerais pas avoir à faire semblant contre mon gré, baisser la tête sur commande, et hennir par habitude, avant de s’indigner à distance en pilote automatique, le calendrier des malheurs intégrés aux bonnes mœurs. Un tel exercice de dilatation publique ferait presque passer un vernissage pour une backroom. J’accepte tes choix, laisse-moi donc ma voie!

Je te le dis comme je le pense, abuser Dieu, le destin, la roulette russe en criant au loup depuis le confort dans ton papier millimétré, c’est irresponsable. Rentable, mais irresponsable. Ceci étant avec ta morale sélective tu trouveras une réponse historique couplée à une vérité intemporelle. Et si même la trotteuse est de ton côté en calquant sa routine à ton rythme de croisière, je demande une pause éternelle. Mais en cas d’erreur, ton mensonge flirte avec la marche arrière, puisque l’omnipotence ne connaît pas le frein à main. L’égo ne tolère pas les virages et encore moins mes platanes.

Mais je ne te jette pas la pierre, tu ne saurais pas quoi en faire. Et depuis ta berline criblée d’options, mon récif ne ferait pas le poids en cas de collision frontale, tandis que je chercherais vainement le volant. Dans le fond tu dois avoir raison, sinon tu ne serais pas un mangeur de pierres. C’est comme cela que tu voyages, en roulant sur le pays des autres qui ne connaissent de l’horizon que ce que la marée leur ramène.

Ceci dit mon ami, mon rocher à moi reste un rocher, certes, mais il réagit, il n’intime pas, il parle peu, il te connaît bien et lui a le choix de ne pas en faire.

 

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