500 mots plus les frais (14) Autoportrait en pièces détachées

Je suis arrivé ici en kit et partirai par petits morceaux. Pièce par pièce, je reste peace pendant que le temps me dépèce. Il n’y a que du bruit dans ma panse, rien dans ma tête, le silence complet et total. Je devrais avoir peur, paniquer, je devrais me confesser puis regretter.
Mais contre toute attente, je cherche de l’espace et un compte bancaire en voie d’expansion. La fin trouve son chemin de bien des manières. Pour ce qui est du bonheur, je ferai l’impasse quitte à être le dernier de mon espace. Un luxe et une fatalité qui me collent à la peau. Quoi de mieux que l’immortalité avec sa marque de fabrique sur un autre ?
Animal domestique à la peau pare-balles, aux larmes de crocodile, aux poings de Bonobo, à l’instinct humain. Je cours, je cours, je cours comme on me l’a enseigné. Du cordon ombilical à la laisse en passant par les liens, l’amour prend ses quartiers sans se soucier du voisinage parce que la perpétuité, c’est tout ce qu’il reste après sa première tentative de suicide collectif. Dire la vérité, hum, mauvaise idée. Les frontières, l’histoire, la démocratie nous braquent tous de temps en temps sans rien demander en échange, juste pour le plaisir d’avoir la main sur la bride.

J’obéis pour scier les barreaux et ma branche, afin d’augmenter ma ration, sans prendre mes désirs pour des trêves. Il faut croire que l’on existe au mieux dans ses entraves, la conscience alitée, le destin emmuré, la parole mécanique, le cœur à l’arrêt. Tic, tac.
C’est pour cela que j’ai les mains froides, l’accolade sélective, l’affection amnésique. Filer droit, tourner en rond, prendre la tangente pour finir dans le même virage. Et vlan! D’autres raisons nous poussent à suivre par nature ces empreintes qui ne nous appartiennent pas. Les uns derrière les autres, chacun clame sa différence de la même façon pour se prouver que nous ne sommes pas des unités. Enfin pas comme les autres. Tout au plus des échantillons de nos enfants, des expériences ratées, une génération sacrifiée qui a le luxe de pouvoir de se scarifier. J’aimerais porter plainte, mais tout le monde a pris les devants en toute bonne foi, bien sûr.

Au final peu importe la fiche d’imposition, l’enfance nous ramène toujours à l’âge des premières cicatrices, des guerres intimes, des peurs anonymes, du noir, de la bête, de la fin, de cette longue ombre qui nous poursuit jusqu’à nos propres pieds. À côté de ça, la route est longue, sans intentions et les psychotropes, les charlatans en vente libre. La vie est un placebo qui vaut bien toutes les maladies. Pour ne pas profiter du moment présent, ensemble. Sans rien dire, juste pour entendre de la joie à ses côtés. Et s’il n’y avait personne ?
Il ne nous reste qu’à combler ce manque, c’est une bataille digne de ce nom qui mérite une éphéméride et même une mère à l’occasion. Pas à pas, petit à petit, peu à peu, on fait le point, les ponts, les pour, les contre. Seules comptent la fonction du rythme et la nature du mécanisme. Il n’y a rien de beau, rien de parfait, d’idéal, d’idyllique dans une mission suicide à durée indéterminée. Pour qu’il y ait de petits caractères à lire précautionneusement, fusse-t-il encore qu’il eu exister un contrat. Mais la vie est cadeau que l’on refuse pas et nul ne questionne un tel présent. Alors vendre cher sa peau, acheter au rabais la leur, gagner du temps avec des masques, en voilà une supercherie qui vaut bien cette mascarade.

Depuis ma fosse commune en étages, à loyer modéré, l’avenir était en option avec les pompes funèbres pour refrain. Certains mettaient leur CMU aux enchères, les autres se contenteraient d’une quelconque épousaille pour pondeuses et soiffards! Une fois l’usine fermée et la soixantaine passée, il fallait attendre son tour en cultivant son chagrin.
Mais tout arrive à qui sait l’entendre, le sermon du prêtre et les piaillements du fan club au premier rang du vernissage, le ciel crache ses poumons sur ces parapluies, noirs, fendus, aphones. Vue du troisième rang, la mort ne ressemble pas au dépliant dans la Bible dès lors que l’Ancien-Nouveau Testament devient un cadavre exquis. Rien de morbide, juste le cycle de la vie sans refrain, ni enfants à enchanter et encore moins de clients à satisfaire dans l’autoradio. Pas de folklore nostalgique, de romance à réanimer, de morale à avaler, de regrets à assumer, juste rien et c’est tout ! Et c’est bien, et c’est nous. Les derniers maudissent poliment les premiers. Mais les jours de fête, eux, préfèrent les voyageurs à ceux qui restent à quai.

La vie chante faux, tant bien que mal entre les détours de nos ombres dissonantes qui se dispersent à la vitesse des amours anonymes. Moi, j’aime les films muets, il me restera donc tes lèvres…

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