500 mots plus les frais (8) Je suis une subculture qui ne fait pas de prisonniers

Tous ces regards préconiseraient presque que je retourne dans la case qu’ils m’ont gracieusement allouée afin de m’y décomposer en silence… Ambiance.

Plus le temps passe, plus cette scène se répète devant la machine à café, dans un cercle consanguin et même dans mon salon en face à face avec l’autre con dans la télévision. Dans ce genre de situation, j’aimerais être victime d’une de ces paranoïas criminelles, voire de l’un de ces complexes d’infériorité de classe. Mais pour mon malheur je suis bien dans ma peau et elle se trouve chez elle partout. Alors en pareille circonstance à la rencontre de l’inconnu à estimer en kilos de viande, en litres d’eau et en diplômes accrochés autour du cou, j’espère souvent avoir à faire à l’homme et pas à son humanité!

Je sais, l’Homme est censé être mauvais et l’humanité doit le sauver de lui-même. Coquette hypothèse que celle-ci! Parce qu’à y regarder de plus près, je constate que les grands principes moraux de l’humanité ne goûtent que peu à l’existence des transfuges. Tout bien considéré l’humanisme est une machine inaltérable qui ne connaît pas le doute. Et parfois au hasard d’une garde quelque peu baissée, l’homme se surprend lui-même à dépasser les certitudes qui le tiennent debout. Je ne suis pas rancunier, je suis prêt à le prendre dans mes bras en cas de chute inopinée.

Les miracles ne sont pas légion et lorsque ma gueule vient assombrir l’assistance, ces mêmes questions se bousculent : l’étrangeté de l’exactitude de mon français, ce flegme qui contrarie toutes les perspectives exotiques, sans oublier cette détestable impression que je suis à ma place. Oui, en l’an 2 après Obama dans les boudoirs de l’intelligentsia, la propreté de la vitrine ne cachera jamais le siècle des Lumières de l’arrière-boutique. Ici, on pense comme cela, enfin on ne pense pas ou plutôt on ne pense plus.

Ceci étant je m’habitue à tout, malheureusement, mais je n’oublie rien dès lors que les contrevérités affluent dans ces bouches qui possèdent le misérabilisme automatique et la compassion de circonstance. Je me fais un devoir, en toute amitié, de remettre à leur place les ignorants qui savent tout, avec le mépris et le sourire banania dont j’ai le secret. Certes si l’on devait parler uniquement de ce dont nous avions vécu, nous vivrions dans un calme plat dans certains recoins de Paris. Parfois la réserve est la plus belle preuve d’intelligence, même institutionnelle.

Autodidacte, nègre, pauvre, banlieusard, cela en fait un peu trop au moment où la joute de salon prend fin et que mon adversaire – autoproclamé – n’a que mes larges narines pour funeste horizon!

Au-delà de ma petite personne et de ma condition supposée, c’est l’existence d’un nouveau monde qui pose question. Rien ne peut ébranler la version officielle des gens et des choses dans le dernier bastion de la culture d’antan. Je me dis souvent que les vérités immuables traduisent la hantise des territoires figés perdus dans une époque révolue et regardant la leur comme un musée. À en croire les bons mots s’extirpant de ces bouches érudites, toutes les nouveautés sont condamnées à mourir, spécialement celles qui leurs sont étrangères. Le futur semble être une aberration à leurs yeux et tout ce qui ne s’inscrit pas dans la tradition est voué à l’échec immédiat, voire à l’oubli total. Seule la mise à jour des escroqueries séculaires peut avoir un peu de considération devant le notaire et encore. Et voilà la pop culture orpheline…

Il faut croire que je transpire toutes ces sous-cultures à chacun de mes pas, mon identité est à ce prix, je suis un homme d’un monde qui préfère se travestir plutôt que de porter l’uniforme et répondre aux ordres. Dans ce moment de doute précis, acculé par la France officielle, à cet instant là, je ne suis plus un autodidacte, ni un nègre, ni un pauvre, ni un ex-banlieusard, je suis juste moi, un être un part entière. Et enfin libéré de ma case, je vois la peur dans leurs yeux…

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