51. Les docteurs

Si l’on veut disposer des ressources nécessaires pour faire face aux besoins quotidiens de la santé et ne pas restreindre la profession médicale aux surdoués, il faut garder le critère d’une formation professionnelle de maîtrise en 4 ans pour cette majorité des spécialistes qui seront des praticiens. Dans chaque spécialité, cependant, pour les fins de la recherche et de la formation, il doit pouvoir y avoir un approfondissement des connaissances à un niveau supérieur

Le corollaire de l’expansion de la science médicale. est qu’il y a place désormais pour une connaissance de niveau doctorale traditionnelle dans tous les champs qui ont été jusqu’à présent de simples branches de la médecine. Nous aurons donc des « docteurs en cardiologie », des « docteurs en oncologie », en gérontologie, etc. et des docteurs dans toutes les spécialités où nous possédons un corpus qui dépasse les exigences du traitement en pratique courante. On ne demande pas à ces docteurs d’aller vers la pratique courante; ils vont vers l’enseignement, la recherche, le travail de synthèse.

Devenir un praticien autonome n’est donc pas la seule voie qui s’ouvre à celui qui a obtenu sa maîtrise. Il a deux (2) autres alternatives. Nous parlerons ici de la première qui est de s’inscrire au niveau doctoral de formation dans sa spécialité. On est admis aux études doctorales sur concours, à la hauteur du nombre d’admissions fixé par la Régie, laquelle estime la demande pour des docteurs dans chaque spécialité. Ce nombre correspond à celui des formateurs requis pour l’enseignement, tant au niveau maîtrise qu’au niveau doctoral et à celui des chercheurs, lequel obéit à l’effort que le système veut consacrer à faire avancer la science.

La durée de toute formation doctorale, pour toutes les spécialités, est fixée à priori à quatre (4) ans après le maîtrise, ce qui équivaut donc à huit (8) années d’études académiques après le Cycle d’enseignement général et à 18 ans de scolarité après la maternelle. Au contraire du praticien qui, durant une carrière s’étalant sur 50 ans, sera appelé, en stages et en mises-à jour annuelles, a recevoir pres de huit (8) ans de formation complémentaire, le docteur a l’entière discrétion de son perfectionnement : sa carrière est une formation permanente.

Il y a trois (3 ) types de docteurs. Les éducateurs, les chercheurs et les généralistes., cette dernière voie étant réservée aux docteurs en médecine. Même si chaque spécialité a les particularités liées à son contenu, les formations doctorales conduisant à la formation et à la recherche sont toutes bâties sur un même modèle. Elles ont toutes en commun d’offrir d’abord un tronc commun de trois (3) ans qui a pour objectif un approfondissement des connaissances pertinentes à la spécialité elle-même, àprès quoi deux (2) options sont offertes.

La première option inclut un module pédagogique complet. Elle permet alors à celui qui a choisi cette voie, dès qu’il obtient son doctorat, d’être certifié automatiquement comme professeur pour les niveaux maîtrise et doctorat. Professeur dans sa spécialité, bien sûr, mais professeur, aussi, dans toute autre spécialité dont il acquerrait éventuellement la connaissance du contenu, puisque la technique d’enseigner, à ce niveau, est un module qui vient s’ajouter aux compétences propres à chaque discipline. La pédagogie est essentiellement transdisciplinaire, indépendante du sujet enseigné.

La seconde option durant la quatrième année d’études doctorales, en alternative au module pédagogique complet, est un module tout aussi transdisciplinaire de « gestion de recherche », permettant à ceux qui se destinent à faire avancer la science d’y apprendre tous les méandres de la gestion de projets. Non seulement ses exigences scientifiques et épistémologiques, mais aussi celles pertinentes à la gérance et à l’administration de projets de recherche, incluant la maîtrise des processus de financement et de diffusion des résultats ainsi que de l’exploitation de leurs retombées commerciales.

Le maître de recherche aura sans doute à diriger les travaux de chercheurs assistants. À défaut du module pédagogique complet, il a donc à son un module de compétence pédagogique restreinte. Le même qui permet à certains praticiens de se qualifier comme « parrains » et pouvoir gérer les stages auxquels sont astreints les aspirants spécialistes avant d’être certifiés comme praticiens autonomes.

Dès qu’il obtient son diplôme doctoral, celui qui a pris cette deuxième option est qualifié comme « maîtres de recherche ». Il n’est pas certifié, car il est fondamentalement un entrepreneur et la société n’a pas intérêt à en restreindre le nombre. Il peut assumer la responsabilité de projets de recherche déjà en marche ou lancer son propre projet, selon la démarche que nous décrivons ailleurs.

Le détenteur de la maîtrise en médecine a une troisième option. Il peut lui aussi vouloir devenir professeur ou maître de recherche, mais il a une autre option qui ne s’offre qu’à lui. Comme le médecin occupe une position particulière au sein des autres spécialistes, le docteur en médecine est lui aussi distinct des docteurs des autres spécialités. Il peut choisir de devenir un « généraliste » au sens véritable du terme. La mission essentielle du généraliste est de réaliser les synthèses et d’établir les liens entre les spécialités.

C’est une fonction irremplaçable et la formation du généraliste est un curriculum différent, d’approfondissement et de synthèse, à l’exclusion des détails pratiques des traitements. Le généraliste conseille : ce sont les spécialistes, les praticiens qui appliquent les traitements que suggère le généraliste. Il faut maintenir cette cloison, sous peine que la formation du généraliste peine ne s’allonge et que ne se recrée la situation d’une formation interminable, insupportable pour la société comme pour l’individu.

Le médecin est de facto le spécialiste du résiduel, de tout ce qui est trop inusité ou trop loin du contenu d’une spécialité reconnue pour qu’on puisse l’y amalgamer efficacement. Le généraliste, qui connaît de tout, devient donc aussi l’expert de cet espace ouvert, des cas qui rendent le médecin diagnosticien perplexe parce qu’ils marient des symptômes si divers de tant d’affections que la résultante en devient une pathologie sui generis.

Pierre JC Allard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *