54. Les chercheurs

Il y a les docteurs « éducateurs » et il y a les docteurs « chercheurs ». Recherche et formation cohabitent dans les « instituts » ces centres spécialisés que met en place un nouveau système de santé et dont nous parlerons plus loin. Cette fréquentation permet une interfécondation, car personne ne veut briser les liens entre l’éducation et le recherche, mais prudente, car les deux fonctions enseigner et chercher répondent à deux (2) besoins bien distincts qu’il ne faut pas confondre.

Dans une Nouvelle Société, éducation supérieure et recherche ne vivront pas comme aujourd’hui en symbiose. Leurs objectifs – diffusion du connu d’un côté, recherche de l’inconnu de l’autre ­ sont bien diffférents puisque, par définition, ce qui est enseigné au processus de formation courant est la médecine de tous les jours et non pas celle, expérimentale, à laquelle doivent se consacrer les chercheurs dans le cadre de leur propre recherche. Rien mieux que leurs modes de rémunération ne montre la distinction entre éducateurs et chercheurs.

Les professeurs programmeurs sont des salariés de la Régie, payés pour les cours qu’ils donnent et pour les programmes qu’ils élaborent, selon les règles du fonctionnariat. On souhaite qu’ils y consacrent toute leur attention et on ne les veut pas sur le marché de la consultation, où on aurait le vague sentiment qu’ils s’amusent durant les heures de travail.

Le chercheur, en revanche, n’est pas invité à l’enseignement au palier doctorat ou maîtrise, car il n’a rien y apporter. Il a une autre fonction éducative qui lui est propre, au sein du système de recherche, mais elle vise ceux qu’on appelle les hyperspécialistes et cette formation est dispensée selon un autre processus, largement informel qui ne concerne que ceux qui y participent puisqu’il ne conduit à aucune certification.

Au contraire des éducateurs programmeurs, la vaste majorité des chercheurs sont des entrepreneurs, payés par le système privé. Même s’ils travaillent en instituts au palier de la validation et émargent au budget de la Régie, il est prévu que les maîtres de recherche s’excluent alors de mener concurremment des projets qui leur donneraient accès à des primes, mais ne renoncent pas à se présenter comme hyperspécialistes et à et diriger des traitements, assistés au besoin de spécialistes doctorants et d’apprentis spécialistes à divers stages de leur formation, ceux-ci travaillant sous leur égide aux conditions qu’ils déterminent entre eux. C’est ici qu’à lieu la médecine expérimentale.

Le maitre de recherche, quelle que soit sa spécialité, peut aussi, sans abandonner son statut de chercheur, se lancer sur le marché de la consultation même dans le volet universel de la santé. Il suffit qu’il renonce à vendre ses services dans le volet discrétionnaire et accepte de servir de conseil aux médecins et spécialistes praticiens. Il est alors traité comme un généraliste et rémunéré aux mêmes conditions.

Les chercheurs ont le statut et la fonction qui correspondent à la vision de la recherche dans une Nouvelle Société, laquelle repose sur deux (2) postulats en deux (2) termes. Le premier postulat, c’est que la recherche est libre et que tout individu peut s’y adonner, de même que toute corporation, sans limites ni restrictions mais que la collectivité représentée par l’État a des priorités et fera tout en son pouvoir pour orienter la recherche dans le sens de ses priorités, par une politique incitative généreuse. Pas question de brimer l’initiative, mais on veut rendre plus alléchant que cette initiative s’emploie à satisfaire les besoins dont la priorité fait consensus.

Le deuxième postulat, c’est qu’il est inacceptable que la connaissance soit appropriée et que quiconque puisse donc restreindre l’accès à quoi que ce soit que la science puisse offrir ­ c’est le patrimoine inaliénable de l’humanité – mais que, sans l’espoir d’en retirer un profit, la passion de trouver n’est pas maintenue à sa plus grande intensité. Il n’est pas impossible de motiver des chercheurs par l’amour de la science et de l’humanité, l’Histoire en fait la preuve, mais on a tout à gagner et rien à perdre à ce qu’il s’y ajoute la promesse d’une juste rétribution matérielle.

Le système de recherche doit donc être géré par le secteur privé et faire appel à l’initiative et à l’appât du gain, sauf cette partie qui en a pour mission de valider les résultats de la recherche et qui elle doit être sous le contrôle de l’État. Dans le domaine de la santé, c’est la Régie de la Santé qui valide les recherches en médecine et en pharmacie, dans ses « Instituts » dont nous parlons ailleurs. C’est aussi la Régie qui oriente la recherche, selon les besoins et la demande populaire, en lui fixant des objectifs concrets et lucratifs. Commnent le fait-elle ?

Dans chaque spécialité, un Comité de praticiens, élus à cette fin par leurs pairs et dont le mandat annuel peut être reconduit indéfiniment, est à l’écoute des spécialistes ses membres, et énonce annuellement ce que ceux-ci voudraient qu’on « trouve », au vu des besoins de la population que leur révèle leur pratique quotidienne. Il en avise le Comité de recherche de la spécialité, composés de chercheurs aguerris que la Régi embauche pour cinq (5) ans et dont le contrat est aussi indéfiniment renouvelable.

Le Comité de recherche qui en est saisi traduit cette demande de la profession en requêtes précises, dont l’ensemble constitue un ordonnancement des recherches à effectuer pour aller, étape par étape, vers cette cette parfaite maîtrise de la santé qu’on sait ne pouvoir atteindre, mais dont c’est la mission du système de chercher de nous rapprocher. Ce que rédige et met à jour le Comité de recherche de chaque spécialité, c’est le chapitre qui lui correspond d’un plan global de recherche pour la santé que finalise un comité interprofessionnel représentatif de tous les besoins de toutes les spécialité.

Ce plan global pour la santé n’est lui-même qu’un volet du Plan général de recherche scientifique (PGRS), lequel exprime tous les besoins de recherche de la société, tels que l’État s’en est informé.

Pierre JC Allard

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