55. Le PGRS

Le Plan général de recherche scientifique (PGRS) énonce tous les besoins de recherche de la société. Il identifie des milliers d’objectifs intermédiaires qui deviennent des propositions ouvertes adressées aux chercheurs et entreprises de recherche. Chacune de ces propositions à son prix : une « prime » à la découverte. En ce qui concerne la santé, ces primes sont proposées par les divers comités de recherche concernés, conciliées en dernier ressort par la Régie pour qu’elles respectent le budget global approuvé.

Toute entité qui se dédie à la recherche peut se donner pour mandat de répondre à une ou plusieurs de ces « propositions », en y affectant ses ressources à sa convenance. Si elle « trouve », à la satisfaction du Comité de recherche concerné, elle est rémunérée de la prime convenue, cédant en échange à la Régie tous ses droits à l’exploitation des retombées commerciales de sa découverte. La Régie divulgue les nouveaux protocoles de traitement et les rend accessibles à tous les praticiens. Elle rend publique toute l’information permettant à l’industrie la production des équipements ou des médicaments découverts

La recherche scientifique est strictement séparée de la production, poutr éviter de susciter une demande artificielle. Celui qui fait la recherche est rémunéré au moment où la découverte est faite. « Produire les pilules », si on peut prendre cet exemple, n’est pas une opération très lucrative, puisque les brevets sont accessible à tous et que l’État est souvent en position de monopsone.

Divulguant tout, on facilite la recherche des objectifs intermédiaires en aval de ceux qui ont été atteints – et c’est bien ainsi que les choses doivent être ­ mais il faut tenir compte de ce phénomène pour fixer avec la sagacité requise le montant relatif des primes rattachées à chacun des objectifs. Il ne faut pas qu’en mettant trop l’accent sur des objectifs éloignés on incite les chercheurs à ne pas divulguer leurs premiers résultats pour protéger l’avantage concurrentiel que leur donne l’information dont ils sont pour un temps les seuls à disposer .

Au moment d’établir le Plan de Recherche et de fixer la valeur des primes, la Régie écoute avec attention les recommandations de l’industrie de la recherche. Elle est vigilante, toutefois, car il faut naturellement éviter que les budgets soient affectés pour venir récompenser des efforts certes louables -mais dont les retombées concrètes sur le santé sont modestes – au détriment de l’impulsion qu’il faut donner à la recherche de véritables nouveautés qui exigent des investissements initiaux plus lourds ou des risques plus grands.

Des risques considérables et qu’une Nouvelle Société veut que ce soit des entrepreneurs et leurs investisseurs qui encourent. C’est le rôle du privé et non du public de courir la grosse aventure. L’espérance d’un colossal profit à réaliser peut inciter le secteur privé à consentir des investissements et à courir des risques qu’il serait incorrect pour l’État de même proposer à la collectivité. Pour que le privé le fasse, il faut que les primes fixées soient vraiment incitatrices.

On n’offrira pas pour la cure miracle du cancer du poumon, par exemple, une prime égale au profit que pourrait en tirer celui qui aurait découvert cette cure et en ferait l’exploitation, parce qu’il y a un déséquilibre des forces, entre offre et demande qui équivaut à une forme de chantage. On veut faire disparaître ce chantage, en mettant fin à cette approche de financer la recherche par la vente du produit qui en découle. On ne donnera pas tant. mais on donnera beaucoup. Trouver cette cure vaut peut-être des milliards.. Il faut que l’investisseur qui finance une recherche y voit l’occasion d’un profit commensurable à son risque.

Rien n’interdit de chercher hors des cadres du PGRS. On peut s’en écarter à tous les carrefours. La politique de recherche est pragmatique. L’auteur d’une découverte non programmée peut la soumettre la Régie qui en offrira un prix raisonnable, et le chercheur pourra en appeler au tribunal pour que ce prix soit bonifiée. Celui dont la découverte permet une alternative de traitement efficace à ce qu’on attendait d’un objectif identifié, peut s’attendre à recevoir la prime qui était prévue pour l’atteinte de cet objectif.

C’est dans ce cadre qui n’interdit rien mais facilite la tâche à ceux qui vont vers ce que souhaite la société que travaillent les chercheurs. Ils peuvent être salariés, de l’État ou des industries de recherche, mais, dans le secteur privé, ils seront le plus souvent des maîtres de recherche et leurs assistants, travaillant en équipe, dans le cadre d’un mandat précis, simple volet que leur fixe une énorme entreprise d’un objectif plus large dont elle peut assumer les risques financiers.

Tout le plan de recherche étant TOTALEMENT transparent et toute l’information disponible, tous les objectifs intermédiaires peuvent être scindés indéfiniment en objectifs plus restreint, ce qui assure que des entreprises de tailles diverses, à la mesure des financements qu’elles peuvent obtenir, puissent y trouver un objectif à leur mesure. On évite ainsi que, même si les ressources tendent à se regrouper et à se partager de fait le travail, on n’en vienne pas à la situation de monopoles juxtaposés, chacun n’étant en concurrence avec personne. On ne manquera pas, pour des objectifs plus modestes, de maîtres de recherche qui trouveront leur propre financement et lançeront en travailleurs autonomes leur propre chasse au trésor.

On souhaite qu’ils le fassent avec passion, car c’est sur eux que reposera la crédibilité et l’avenir du nouveau système de santé. Si le système est performant, il produira des chercheurs dont la compétence vaudra celle des autres, mais qui l’auront atteinte quatre (4) ans plus jeunes. Le nouveau chercheur a une longueur d’avance : il devra utiliser les années de tronc commun épargnées pour aller plus loin.

Quand les nouveaux doctorats jouiront d’une reconnaissance internationale incontestée, le pari d’une nouvelle répartition des tâches en santé aura été gagné ; quand l’un des nouveaux docteurs obtiendra un Nobel, on cessera d’en discuter et tout le monde le fera. Cette évolution est inévitable.

Pierre JC Allard

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