60. Les soins spécialisés

La Régie de la santé veut des ressources infirmières formées en deux (2) ans, car elle en veut beaucoup. Libre à ceux qui prétendent travailler comme infirmiers autonomes de se doter de compétences additionnelles. La formation infirmière étant modulaire, comme toute formation dans une Nouvelle Société, la possibilité sera toujours là que certain apprennent plus. C’est ainsi que l’on répond à tous les besoins. Pourquoi ne pas introduire, pour la ressource infirmière, la spécialisation que pour les ressources médicales?

Parce que la problématique est différente. La croissance exponentielle des connaissances médicales suggère que la fonction médicale soit scindée en spécialités dont chacune n’exige l’apprentissage que d’une seule partie du tout. Le tronc commun de ce que doivent connaître ceux qui exercent leur profession dans l’une ou l’autre des spécialités de fait qui se sont constituées aujourd’hui en médecine, n’en représente qu’une partie décroissante, puisque ce sont les aspects spécifiques qui prolifèrent. Confronté à un manque de ressources, on veut réduire les temps de formation ; on constate que le tronc commun est hypertrophié et on en réduit l’importance. Normal.

Pour la ressource infirmière. la situation est bien différente. Le tronc commun des connaissances – et surtout du savoir-faire que requiert l’application des traitements et le maintien du bien-être – est bien plus large que les éléments spécifiques à l’application de telle ou telle technique, de telle ou telle médication, ne serait-ce qu’à cause de la composante « relation humaine » qui est à la base de l’interaction avec le patient. Ce n’est donc pas d’un élargissement, mais d’un approfondissement qu’on a besoin. Il ne serait ni souhaitable ni réaliste de vouloir réduire le tronc commun de la formation infirmière au profit d’une spécialisation plus hâtive.

Une fragmentation en spécialités, au contraire, créerait des raretés artificielles. Une rareté, puisque l’adéquation est d’autant plus difficile a réaliser au palier de chaque spécialité que l’on travaille sur un nombre plus élevé de sous-ensembles de tailles moindres, et que chaque carence, relativement plus significative, apparaît plus ennuyeuse.

Raretés artificielles, dans la mesure où l’acquisition des connaissances distinguant les compétences requises pour agir efficacement dans l’un ou l’autre de ces divers sous-ensembles exigerait généralement moins que les trois (3) mois de formation que nous avons acceptés, pour des raisons logistiques, comme seuil de durée minimale d’un apprentissage professionnel. On aurait donc des programmes de formation dont les contenus se recouperaient indûment ou entre lesquels le distinction serait largement spécieuse.

Plutôt que des spécialités formelles ouvrant des plans de carrière distincts, il semble donc plus opportun de calquer l’offre de formation sur la demande concrète qui émanera spontanément du marché du travail. Après ses deux ans de formation et sa certification, l’infirmier, au gré de ses préférences, mais aussi des occasions d’affectation qui lui seront offertes sera appelé à effectuer en successions rapide des intervention spécialisées de divers types : travail en résidence pour personnes âgées en perte de mobilité, urgentologie, pédiatrie, cardiologie, etc.

Sa formation initiale l’aura rendu apte à intervenir dans ces situations diverses et à acquérir sur le tas les compétences pratiques pour y agir de façon acceptable, mais cette expérience acquise sur le tas lui donnera un avantage sur ceux qui ne l’ont pas et, s’il le veut, l’occasion d’être assigné prioritairement par la suite à l’une ou l’autre de ces situations d’exceptions. Ces chance de l’être augmenteront encore, s’il peut ajouter une assise théorique à la spécialisation de fait qu’il y a acquise.

Le système peut le lui faciliter, en offrant des modules courts de formation (30 heures), dispensant de connaissances spécifiques orientées vers les exigences de ces situations exceptionnelles. Quand de tels modules courts sont offerts, l’infirmier peut les acquérir à sa convenance. Au contraire de la situation qui prévaut pour le spécialiste médical, lequel doit absorber un cursus si dense – et en croissance – qu’il doit raisonnablement se limiter à un seul, les modules courts de formation infirmière spécifiques ne s’excluent pas les uns les autres, mais s’ajoutent à sa compétence de base

Par l’adjonction successive de tels modules, l’infirmier peut se qualifier pour des situations exceptionnelles diverses. Le système peut l’en remercier en le faisant bénéficier d’un ajout à sa rémunération de base en fonction de son temps d’affectation dans ces« situations exceptionelles » pour lesquelles il a obtenu cette qualification supplémentaire : urgentologie, bloc opératoire, soins intensifs, etc.

La rémunération horaire de l’infirmier consiste alors en son salaire ­ le revenu garanti par l’État aux détenteurs de la certification professionnelle d’infirmier outoute autre laquelle il a droit – auquel s’ajoute cette une bonification correspondant à sa compétence d’exécuter des « intervention spécialisés » d’un type particulier. Ce n’est que quand il met ainsi cette compétence à profit, toutefois, qu’il jouit de ces bonifications etg clles-ci ne se cumulent donc pas.

Cette approche donne aux infirmiers une incitation à parfaire leur formation, mais sans que ces ajouts à leur formation ne se traduisent par un changement de leur qualification professionnelle de base, ni par une augmentation permanente de leur rémunération, ce qui aurait pour conséquence inévitable de lancer une course à la qualification. Une qualification inutile hors des circonstances où elle est requise, nocive même, considérant la tendance bien humaine à vouloir se rendre intéressant en utilisant ce que l’on sait, transformant ainsi en routine ce qui devrait être une mesure exceptionnelle. Il se pose bien des solutés inutiles

Rien n’empêche l’infirmier, toutefois, d’aller aussi loin dans la science des techniques infirmière que l’on peut aller dans tout autre sujet de connaissance. Il y a place pour des docteurs en sciences infirmières, au palier de la recherche et de l’enseignement. L’infirmier qui termine son année de stage en établissement peut s’inscrire en maîtrise, ce qui signifiera une formation en rotation, pendant deux ans, à tous ceux qu’on aura jugés pertinents de ces modules courts spécialisés, après quoi il obtient sa maîtrise. Cette maitrise obtenue, il peut poursuivre en 4 ans, comme en toute autre discipline, une formation doctorale orientée sur le professorat ou la recherche.

Pierre JC Allard

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