62. Les figurants

On les dit figurants, parce qu’ils ne chantent pas les grands arias, mais il chantent souvent dans les choeurs et quantitativement ce sont eux qui font presque tout le travail. On peut les diviser en quatre (4) groupes. D’abord, les gestionnaires. Le système de santé est… un système. Il apparaît comme des flux de personnes, de choses, d’idées, de décisions. Un flux de documents, surtout, jadis scripturaux, maintenant électroniques qui sont la représentation symbolique tous les autres flux. Ces documents vont d’un gestionnaire à l’autre et constituent une image virtuelle du système lui-meme et de son fonctionnement.

Les gestionnaires travaillent sur cette représentation et gèrent. Pour le faire, ils ont besoin d’une double compétence. D’abord, une compétence de gestion au sens strict, obéissant aux principes désormais bien connus qui permettent d’administrer toute entreprise, avec un but, des moyens, des résultats et des contrôles. On peut gérer la médecine comme une entreprise et c’est ainsi qu’il faut le faire. La deuxième compétences, c’est la connaissance de ce qui est géré.

Cette compétence n’est pas aussi indispensable qu’il y paraît, puisque ce n’est jamais la réalité elle-même, mais sa représentation virtuelle que le gestionnaire doit gérer, mais Il est tout de même bon que celui-ci se souvienne qu’il y a une réalité avec de vrais humains derrière les chiffres et les diagrammes fléchés. Dans les programmes de formation à la gestion, il y a donc une option spécifique qui permet d’acquérir cette connaissance de la réalité du milieu de la santé. Ceux qui la choisissent et y feront carrière doivent avoir une vision d’ensemble du système et de l’éthique qui le sous-tend.

Au niveau de l’apprentissage, cette option comporte cependant autant de branches que la réalité de la santé met en jeu de problématiques complémentaires et c’est de façon à optimiser l’investissement en formation que chaque branche se subdivise elle-même en divers modules. Chaque module explicite les exigences d’une des diverses fonctions que requiert l’administration du système de santé, de sorte que le futur gestionnaire comprenne bien les différents aspects de ce qu’il auro à gérer et apprenne à le faire, partie en formation, partie comme stagiaire.

Les gestionnaires reçoivent tous une formation de niveau professionnel comportant certification, plus ou moins longue selon le poste qu’ils occuperont, mais avec des passerelles leur permettant un plan de carrière illimité selon les modules qu’ils y ajouteront. Un module peut être axé sur la logistique du transport en ambulance, un ensemble de modules permet d’acquérir la compétence de gérer une résidences pour personnes âgées ou un hôpital, à la limite le système de santé tout entier, avec toutes ses contraintes et ses ressources.

Les deuxième figurants sont les techniciens. Nous n’en dirons qu’un mot, car en dire plus serait un autre projet. Les équipements joueront un rôle croissant en santé : c’est la voie vers l’abondance. Les techniciens qui assurent la conception, la fabrication et la maintenance de ces équipements nt aussi une formation professionnelle modulaire et ils ont aussi un plan de carrière illimité dont nous parlons ailleurs.

Troisième type, les « préposés aux soins ». Le préposé aux soins s’occupe des patients. Ce n’est pas une ressources infirmière, car il n’a pas de formation polyvalente, mais des compétences spécifiques qui, même si elles s’additionnent, ne lui confèrent pas une qualification professionnelle. Il n’en est pas moins indispensable. Il est une ressource « paramédicale » qui s’acquitte de tâches précises pour accomplir lesquelles il a été formé.

Il n’y a pas de formation pour les postes de préposés aux soins, ils sont trop disparates, il n’y a que des modules de formation paramédicale orientés vers les diverses tâches dont les préposés doivent s’acquitter. Certains préposés possèdent des compétences, d’autres en ont de différentes, complémentaires. Il n’y a donc pas de préposé parfait qui serait le préposé à tout faire et pourrait s’occuper de tout. Chaque poste se définit ad hoc.

Cette approche n’est pas affaire de principe, mais simplement de pragmatisme. Créer une polyvalence idéale des préposés exigerait un effort de formation hors de mesure avec la performance qu’on en tirerait au niveau des activités qu’on attend d’eux. La composante commune à la formation des préposés, c’est celle qui permet une connaissance superficielle du milieu hospitalier et de son fonctionnement et, surtout, une ouverture d’esprit aux besoins de l’être souffrant. On n’enseigne pas la compassion, mais on peut montrer comment l’exprimer. Ils sont omniprésents dans le système et obéissent chacun a des instructions qui correspondent à sa compétence.

Le quatrième figurant est le « préposé à l’Intendance », affecté à des taches qui ne sont en rien différentes de celles qu’il effectuerait hors du système de santé. Il travaille à la sécurité, au transport, à l’entretien, par exemple. Il relève directement du Service de l’Intendance qui le gère et veille à ses affectations. Dans certains systèmes de santé, il existe parfois une grande confusion au sein du personnel auxiliaire, entre « préposés aux soins » et « préposés aux tâches d’intendance ». Cette confusion doit être dissipée, la distinction faite et les tâches clairement réparties entre ces deux types de travailleurs .

On ne veut pas que le préposé à l’Intendance pose des gestes ayant un impact direct sur le patient. Sa tâche peut prévoir qu’il rendra service aux infirmiers en suivant des instructions : vider les bassines, ouvrir les fenêtres, changer les draps quand le patient n’est pas là mais il ne doit pas décider d’ intervenir directement auprès d’un patient.

Le préposé à l’intendance s’occupe normalement des tâches qui n’exigent pas de compétences particulières. Ici, ce qu’il faut lui enseigner, c’est ce qu’il ne faut PAS faire : lui apprendre à traiter le patient comme un vase précieux dont on ne s’approche pas. Bien sur, on peut penser que des circonstances extraordinaires pourraient se produire où le préposé à l’intendance serait mis à contribution. Évacuation des patients en cas d’alerte à la bombe par exemple Mais ce sont des instructions propre à chaque lieu de santé.

Pierre JC Allard

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