67. Les instituts

Un institut est un centre de formation professionnelle pour les spécialistes. C’est un centre de recherche dont les travaux s’inscrivent dans le Plan général de recherche scientifique (PGRS) dont nous parlons ailleurs. L’Institut s’intéresse à tout d’une spécialité médicale et rien de ce qui touche cette spécialité ne lui est étranger.

Un « institut » se consacre uniquement à l’une ou l’autre dès spécialité que l’on a définies au sein de la médecine : cardiologie, oncologie, gynecologie… et autant d’autres qu’il parait opportun d’en identifier. À l’l’institut, tout converge vers une seule spécialité. L’institut est aussi un lieu de santé, puisque l’on y accueille et qu’on y traite des patients,

Chaque spécialité a son institut où elle évolue et se développe. Côté recherche, il est particulièrement motivant pour le chercheur en institut de travailler dans une ambiance où tout est axé vers l’objet de sa recherche, de ne fréquenter d’autres chercheurs que ceux qui recherchent le même Graal que lui et de ne côtoyer d’autres malades que ceux qui souffrent de l’affection qu’il cherche à soulager et à guérir. Pas de dissensions, pas de querelles byzantines interdisciplinaires. Tout le monde à l’institut travaille pour le même objectif.

Côté formation, même effet de motivation et d’émulation positive quand on parle tous le même langage. La réflexion continue sur un même thème et dans une même direction produit le phénomène d’« interformation » ou, dès que la rivalité inhérente à une procédure de concours est absente, chacun, sans même s’y efforcer, corrige ses inexactitudes au contact des autres et que s’améliore l’apprentissage de tous.

L’institut est le lieu où est su tout ce qu’on peut savoir d’une spécialité et c’est à l’institut que les spécialistes reçoivent leur formation. Il faut que la pratique soit jointe à la théorie et l’institut a donc une capacité d’accueil et d’hébergement. Ayant la recherche et la formation comme principales fonctions, l’institut n’en est pas moins un lieu de santé : il reçoit des patients.

Tous les malades n’y sont pas admis, toutefois, seulement quelques-uns. Ceux qui y sont admis ne le sont pas nécessairement parce que ce sont les cas les plus graves, mais parce que ce sont les plus inusités et qu’ils ont une valeur pédagogique. L’institut est là où sont référés, à la demande de leur spécialiste, ceux dont les symptômes sont atypiques et présentent un intérêt scientifique hors du commun.

Ceux qui y sont admis demeurent les patients de leurs spécialistes, mais ceux-ci y ont accès aux hyperspécialistes et aux dernières techniques dont l’usage n’a pas encore pu être généralisé dans le système. On est hors du système de santé universel, dans le volet encore expérimental et donc discrétionnaire de la médecine. Les patients peuvent à leur risque, péril ­ et parfois à leur frais – y recevoir des traitements encore inusités.

S’ils prennent cette voie, ce doit être en toute connaissance de cause. Une Nouvelle Société ne permet jamais qu’un patient soit rémunéré pour accepter un traitement expérimental. L’y soumettre sans l’avoir CLAIREMENT avisé par écrit et verbalement des risques inhérents à ce traitement expérimental – en présence de deux témoins de son choix et d’un représentant du bureau du Protecteur des droits des malades – est assimilé à un acte criminel de violence grave.

La taille d’un institut et le nombre de patients qu’il accueille ne sont pas en proportion exacte du poids épidémiologique de la spécialité dont il est l’établissement-phare, mais ce poids n’est pas non plus sans pertinence. Les instituts de Cardiologie ou d’Oncologie, par exemple, sont des établissement autonomes qui ont les dimensions et toutes les caractéristiques logistiques d’un hôpital. On leur donne la capacité d’hébergement jugée idéale, considérant que toutes les facilités de recherche et de formation y resteront concentrées.

Même ainsi, il est évident que la barre sera haute et que la majorité des patients souffrant de ces affections n’y auront pas accès, mais seront traités dans les départements idoines qui existeront dans tous les hôpitaux. Les traitement et les soins n’y seront pas plus mauvois, d’abord parce que la compétence de traiter est bien différente de celle de chercher ou d’enseigner et, aussi, parce que les relations fonctionnelles seront étroites et les communications parfaites entre ces départements et l’institut.

Chaque spécialité a son institut. Les spécialités pour lesquelles la demande n’est pas assez forte pour qu’il soit efficace d’y consacrer un établissement autonome en ont aussi le leur, où l’on recherche et où l’on apprend, mais où l’on utilise, pour la fonction hébergement un pavillon d’un hôpital attenant. Sauf pour les questions de maintenance, de soutien logistique et d’administration générale, ce pavillon suit alors les règles que définit l’institut. Beaucoup d’hôpitaux ont ainsi un Institut auquel ils peuvent s’identifier pour y trouver une source additionnelle de fierté

Ce rôle de phare que joue l’institut produit plusieurs effets bénéfiques. D’abord, sur le territoire que recouvre le système de santé, tout ce qui concerne une spécialité converge et se rejoint, scientifiquement parlant, dans une seule filière. La responsabilité administrative sur chaque patient ne change pas, la responsabilité professionnelle du spécialiste n’est pas non plus remise en cause : c’est lui qui traite et c’est lui qui est responsable. Chaque praticien, toutefois, sait qu’il n’a besoin que d’une seule source d’information et qu’il n’y a qu’un seul bassin où il peut raisonnablement aller chercher une expertise d’appoint: l’institut, qu’il connaît parfaitement et où il y a ses entrées.

Un impact, aussi, sur la qualification du personnel. Les infirmiers de l’institut, ne soignant que des patients affligés des mêmes maux, développent sur le tas une connaissance spécifique des symptômes et du syndrome de ces maladies et une compétence particulière de la meilleure façon de leur donner ces soins. C’est ici que sont donnés les « modules courts de formation ». Mêmes les préposés aux soins, dont nous avons souligné pourtant l’importance de la polyvalence, développeront des compétences plus pointues dont il faudra voir, sans préjugés, s’il ne vaudrait pas la peine qu’elles fassent l’objet d’une reconnaissance formelle.

Pierre JC Allard

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