69. Autres lieux de santé

Les autres lieux de santé sont pour cure fermée ou de type ambulatoire. Ils existent dans le volet universel de la santé pour répondre à des besolns pointus, mais prolifèrent surtout dans le volet discrétionnaire. Ils offrent du bon et du moins bon. Dans le cadre de son volet universel et gratuit, le système de santé ajoute à ses hôpitaux, instituts et résidences, quelques autres lieux de cures fermées ciblés pour ceux qui exigent exceptionnellement des soins constants ou une surveillance ou pour ceux dont la mobilité est temporairement réduite.

On trouve donc des établissements spécialisés où, sur prescription de son médecin ou spécialiste, le patient peut être admis pour des traitements préventifs ou préparatoires. Durant une grossesse difficile, par exemple, ou dans les jours ou semaines qui précèdent une intervention chirurgicale majeure, comme une greffe d’organe.

Des centres d’accompagnement doivent aussi être prévus pour ceux dont la condition mentale est instable, suite à un choc ou un traumatisme, ou pour tout autre raison, sans qu’il soit nécessaire de leur imposer le stress supplémentaire d’une admission en résidence psychiatrique. Des centres de cure fermée doivent également être disponibles pour le traitement et les soins lié au sevrage d’une assuétude, alcool, nicotine ou autre toxicomanie.

On peut mettre aussi en cure fermée, dans des établissements ad hoc, les convalescents dont il est avantageux pour le système de dégager les hôpitaux parce que la phase traitement est terminé, mais dont le besoin pour des soins est encore important et qu’il serait téméraire ou simplement inopportun, compte tenu des circonstances particulières à chaque cas, de renvoyer à domicile, même avec une présence infirmière permanente.

Le système, toutefois, offre surtout d’autres lieux de santé du type « clinique », pour traitement en mode ambulatoire. En mode ambulatoire, les patients ont d’abord accès aux cliniques de divers spécialistes pour qui le choix peut se poser d’exercer dans une polyclinique ou de s’installer plus près de leur clientèle. L’accès fréquent aux équipements lourds d’examen et d’analyse influe bien sûr sur ce choix, mais les avantages de cet accès facile peuvent être plus que compensés par ceux de l’intimité, de la discrétion et de la proximité au patient d’un clinique excentrique.

Le système de santé verra naître aussi des lieux de santé où un demande discrétionnaire payée par le client se développera en parallèle à la demande dans le cadre des services payés par l’État. Cette situation sera fréquente dans les domaines comportant une composante d’esthétique ­ dentisterie, optométrie, chirurgie corrective, etc. ­ mais aussi dans tous les domaines où la frontière peut-être bien ambiguë entre l’essentiel et le discrétionnaire, comme tout ce qui touche au mieux-être mental ou au conditionnement physique.

Plus loin dans la banlieue de la santé, on passe de ces cliniques où l’on chevauche la frontière entre ce qui est prescrit et ce qui ne l’est pas, à celles qui se situent carrément dans le volet discrétionnaire. Dans le volet discrétionnaire, on trouve d’abord la clinique de l’hyperspecialiste, celui dont le rôle commence quand on a épuisé tout ce que la médecine formellement reconnue peut offrir. Dans le cadre de la médecine expérimentale, le traitement chez un hyperspécialiste, en clinique externe ou même en cure fermée, peut être est une alternative à l’admission à un institut.

On trouve aussi, au volet discrétionnaire, les cliniques de ceux dont le consensus populaire n’a pas encore choisi d’intégrer les services au noyau d’universalité. La frontière est alors essentiellement administrative; entre physiothérapie et massothérapie, par exemple, ou entre diététique et naturopathie. C ‘est le seul consensus populaire, en définitive, qui place la barre avant ou après la psychanalyse, l’hypnothérapie, la programmation neurolinguistique, les cours de développement personnel, la gymnastique, les yogas et les arts martiaux de diverses obédiences, etc.

Tout lieu de santé doit être sous la garde d’une personne possédant la compétence de faire ce qu’on prétend qu’il y sera fait, mais ce n’est pas à l’État de juger de l’utilité de la démarche elle-même. Chaque employé qui y collabore à une relation d’aide doit avoir reçu la formation paramédicale prescrite par la Régie pour les fonctions qu’il exerce, mais si aucune formation ne l’est, parce que la science juge l’intervention inutile, mais inoffensive, l’État n’a pas à intervenir.

Il ne doit pas y avoir d’autres limites, à ce que l’on peut trouver au volet discrétionnaire de la santé, que celles qu’imposent, d’une part, la divulgation transparente du service offert et de la compétence du traitant et, d’autre part, le respect rigoureux des engagements pris. Naturellement, le meilleur va côtoyer le pire, mais même l’imagination doit avoir sa place en santé, car le mieux-être est subjectif et cen’est pas la crédulité , mais seulement la fausse représentation qui est interdite.

La longue file de ces autres lieux de santé à services non prescrits et à crédibilité diverse et variable va donc traverser toute la banlieue de la santé et s’enfoncer loin dans la brousse. Toutes les médecines douces, toutes les thérapies, toutes les croyances vont pouvoir avoir pignon sur rue et créeront sans doute une immense cour des miracles Cela ne regarde pas l’État pour autant qu’elles tiennent leurs promesses et ne promettent rien qui ne puisse être tenu.

Il est important dans le domaine de la santé que la porte ne soit fermée à rien, car l’histoire de la médecine et la réalité sont là pour nous rappeler que, bien souvent, la vraie solution à nos maux n’est pas encore là . En attendant qu’elle y soit, il ne faut surtout pas que l’espoir soit interdit de séjour.

Pierre JC Allard

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