908. Le scénario optimiste

[Ce texte prend comme exemple le cas du Québec. Je ne crois pas que les non-Québécois que la chose politique intéresse aient beaucoup de mal à en transposer les recomandations ]

Qui a le pouvoir formel d’instaurer la DC? Les 125 députés élus à l’Assemblée nationale. L’objectif immédiat des forces du changement est donc de faire élire, aux prochaines élections provinciales ou fédérales , une majorité de députés susceptibles de forcer le passage à la démocratie contractuelle. Ceci dit, il ne faut pas penser qu’instaurer la DC n’est possible que si la prochaine Assemblée est constituée au départ d’une majorité de députés indépendants élus sous l’étiquette de convenance d’un Parti DC ou que ceux-ci détiennent tout au moins la balance du pouvoir à l’Assemblée

Le passage à la DC devient possible et même probable dès que sont élus en nombre suffisant des députés d’un parti dont on peut penser qu’il pourrait trouver avantage à promouvoir ce changement vers la DC. Le premier élément d’une stratégie est donc de faire élire les candidats d’un Parti DC, mais il est important aussi de cibler les occasions de convertir à la DC, en bloc ou un par un, les députés des autres partis.

L’élection de députés du Parti DC

Les électeurs ont déjà pour la plupart, envers l’un ou l’autre des partis, une préférence basée sur des éléments qui n’ont rien à voir avec le concept de la démocratie contractuelle. Ce concept de DC est accueilli favorablement par une majorité de ceux à qui on l’explique, mais il n’y a que bien peu d’électeurs qui connaissent ce concept et, même s’ils le connaissaient tous, l’influence des médias pourrait en convaincre beaucoup qu’un problème ponctuel « d’importance vitale » justifie qu’ils demeurent attachés une fois de plus aux lignes de clivage traditionnelles: Bleu vs Rouge, Souverainiste vs Fédéraliste, Gauche vs Droite…

Pour obtenir rapidement un pourcentage significatif du vote populaire, un Parti DC doit donc obtenir l’adhésion en masse d’électeurs qui lui « prêteront », le temps d’un changement des règles du jeu, une loyauté qu’ils ont déjà accordée à un autre idéal ou un autre parti et que la DC ne tient pas à ravir à ces partis. Où la DC peut elle aller « emprunter » ses électeurs?

Chez les autres partis, bien sûr, en respectant l’ordre de préséance qui découle des affinités pour le changement des membres des divers partis… et ce principe universel qu’on ne prête qu’aux riches. Il est plus facile d’obtenir le soutien d’un militant de tiers-parti qui a déjà fait son deuil d’une victoire que celui d’un membre encarté du parti au pouvoir… et il est aussi plus facile de convaincre si on semble avoir une chance de gagner.

Un Parti DC doit donc obtenir d’abord le soutien de militants et de petits groupes qui n’ont rien à perdre à le soutenir, monter en puissance dans les sondages, en retirer la crédibilité qui lui permettra d’obtenir des appuis plus importants, grimper encore dans les sondages, viser des noms plus prestigieux, etc. C’est la trajectoire du PQ passant de rien à Chaput, de Chaput à Aquin… puis à Levesque et au pouvoir.

Il faut donc séduire d’abord à la périphérie, sans oublier cependant que certains baisers sont mortels… Il est clair, qu’une foule de groupuscules farfelus ou même carrément néfastes ne peuvent que trouver séduisante la prise de position anti-establishment inhérente à la DC, comme tout mouvement marginal ne peut que souhaiter ardemment la création d’une Chambre consultative qui abaissera à 1% du vote populaire le seuil à partir duquel une idée aura une tribune où s’exprimer. Cette clientèle, dans la mesure où elle réagit rationnellement est normalement acquise à la DC dès le départ. La DC, toutefois, n’a aucun intérêt à courtiser ces groupements.

Tout le monde peut appuyer la DC, mais la DC n’appuie personne. Les règles étant ainsi posées, le soutien que ces mouvements marginaux ou extrémistes peuvent souhaiter apporter à la DC transparaîtra évidemment dans les sondages, mais que ces mouvements ne s’attendent pas à ce qu’on les en remercie; ceux qui souhaitent l’avènement d’une Nouvelle Société telle que décrite dans ce site n’en resteront pas moins, dans un régime devenu démocratique, les adversaires irréductibles de ceux qui ont d’autres visées.

Oubliant ces groupuscules, la première véritable clientèle-cible de la DC est la Gauche. Ni le NPD, ni le PSD, ni quelqu’autre regroupement de gauche n’a aujourd’hui la moindre chance de faire élire un seul député à l’Assemblée nationale, ni même d’avoir l’écoute sérieuse des médias. Au contraire, en se désistant de ses candidatures en faveur d’un candidat DC éventuel, la Gauche gagne sur trois plans:

1- Elle crée, de par son seul désistement, un événement médiatique dont elle recueille quelques retombées positives et un succès d’estime. Bourgault se sabordant pour Levesque s’assurait au moins les éloges de l’Histoire;

2 – Elle libère, pour des candidatures éventuelles DC, des personnalités qui, sans être partiaux envers l’un ou l’autre des partis de gauche, ont néanmoins une ouverture au changement et une sensibilité au progrès social;

3 – Elle ajoute aux intentions de vote pour la DC dans les sondages un 5% qui représente ce que la Gauche peut livrer du vote populaire. Dans les circonscriptions où la DC pourra aligner un indépendant local prestigieux et jouir d’autres désistements, ce 5% pourra faire une différence réelle en faisant de la DC une solution crédible. Or, n’oublions pas que plus de 70 % de la population est favorable à la DC; il suffit que la DC paraisse crédible pour qu’elle recueille le vote de tous ceux qui ne sont vraiment inféodés à aucun parti… et qu’elle gagne!

Qu,est-ce qui peut faire obstacle à ce désistement de la Gauche au profit de la DC? Un seule chose; le financement accordé par l’État aux partis politiques au prorata des votes obtenus lors de l’élection précédente. Le Parti DC, toutefois, n’ayant pas à se bâtir une cagnotte pour d’autres élections, des ententes seraient possibles qui retourneraient aux partis s’étant désisté en sa faveur, selon des modalités qui pourraient faire l’objet de négociations préalables, la somme totale qui échoira ainsi par la suite au Parti DC.

Bénéficiant d’un apport considérable de votes « pour le changement » accordés au Parti DC par des électeurs qui ne se seraient pas prononcés en faveur de l’un ou l’autre d’entre eux, chaque parti se désistant en faveur du Parti DC pourrait raisonnablement espérer retirer PLUS de son désistement que s’il avait poursuivi la bataille en solo.

Derrière ces considérations financières, il y a surtout que toute victoire de la DC est naturellement un avantage pour les petits partis de gauche qui, au niveau d’une élection postérieure pour l’Exécutif dans une structure de DC, recueilleraient certainement plus de 1% des votes au premier tour de scrutin et auraient donc enfin une voix à la Chambre consultative que les médias ne pourraient plus ignorer. Mieux, si la Gauche profite pour une fois de sa tendance naturelle à se scinder en factions, c’est peut-être trois ou quatre tendances de la gauche qui passeraient le cap du 1% et seraient représentées à la Chambre consultative !

Après avoir obtenu le désistement en sa faveur de la Gauche, un Parti DC doit mettre l’ADQ dans sa mire. Ce qui est vrai pour les partis de gauche l’est encore plus pour l’ADQ. Ce parti n’a aucune chance de faire élire un nombre significatif de députés à la prochaine élection mais cherche à augmenter sa visibilité et à préparer l’avenir en offrant des solutions crédibles. Il a tout à gagner à une victoire de la DC qui lui offrirait l’occasion d’une présentation équitable de son programme dans le cadre d’une élection pour l’Exécutif et lui permettrait certainement par le suite d’être présent à la Chambre consultative.

[Notre sondage maison – que confirmerait indubitablement le sondage scientifique que pourraient tenir les intéressés – indique clairement, d’ailleurs, que, dans un scrutin à deux tours, l’intention de vote pour l’ADQ au premier tour augmente de façon spectaculaire.]

Si, après une analyse sans complaisance de la situation, l’ADQ faisait le constat que ces motifs – (de même que l’avantage de consacrer toutes ses ressources à une élection pour l’Exécutif plutôt que de les saupoudrer sur 120 courses sans espoir!) – justifient qu’elle se désiste partout au profit de la DC sauf dans les trois ou quatre circonscriptions où elle a une chance de faire très bonne figure, La DC et l’ADQ y gagneraient toutes deux.

L’ADQ serait finalement jugée sur le pourcentage de votes obtenu dans les circonscriptions où elle aurait présenté des candidats (sans doute, en moyenne, plus de 30%) ET sur l’augmentation des intentions de vote en faveur de la DC dans les sondages qui suivrait le désistement de l’ADQ. Or, les intentions de vote en faveur de la DC n’augmenteraient pas alors uniquement de celles venant de l’ADQ, mais aussi de celles d’une foule d’indécis convaincus d’y adhérer par la simple crédibilité accrue de la DC résultant du désistement des candidats ADQ. Un gain net pour l’image de l’ADQ et aussi, comme nous l’avons vu plus haut, pour sa trésorerie.

La DC, d’autre part, enrichie d’un 10 à 12% supplémentaire des intentions de vote par l’ADQ – en plus du 5% que pourrait lui apporter la Gauche – passerait sans doute le seuil de 20 % à partir duquel il serait vraisemblable que certains de ses candidats soient élus. Quand ce seuil est atteint, une toute nouvelle dynamique est créée.

En effet, un Parti DC qui recueille plus de 20% des intentions de vote à l’échelle du Québec et dont certains candidats ont une chance raisonnable d’être élus devient la source de nouvelles la plus prometteuse pour les médias, lesquels doivent porter 125 jugements différents sur 125 candidats disparates sans que le principe même de la DC, toutefois, ne puisse vraiment être remis en cause par aucun de ces jugements.

Quand ce seuil du 20% est atteint et que l’attention des médias se concentre sur la DC, la sympathie déjà connue de la population pour la démocratie contractuelle n’est plus stoppée par la certitude de son échec électoral. Chaque point gagné dans les sondages en attire donc d’autres, et un momentum est créé qui peut facilement mener à un raz de marée en faveur des candidats de la DC. Tout devient possible.

La conversion des partis traditionnels

Quand tout devient possible, les partis traditionnels doivent réviser leurs stratégies pré et post-électorales selon que le vote DC – au-delà de ses composantes Gauche-Droite-ADQ de base – semblera être acquis majoritairement au dépens de Libéraux ou des Péquistes. Ils doivent aussi tenir compte de la notion de « deuxième chance, c’est-à-dire de leurs chances de former le Gouvernement si la démocratie contractuelle est instaurée et qu’est lancée une nouvelle élection pour l’Exécutif sur la base du suffrage universel et d’un scrutin à deux tours.

Ainsi, un Parti Libéral tirant de l’arrière quant au nombre de circonscriptions où il a l’avantage mais convaincu que son chef pourrait l’emporter au suffrage universel aurait tout intérêt à ce que la DC triomphe et impose une nouvelle élection sur cette base. Or, un appui tactique important – voire le désistement pur et simple – du candidat libéral dans les circonscriptions qui semblent acquises au PQ mais où celui-ci n’a pas la majorité absolue des votes aurait pour conséquence l’élection d’un nombre non négligeable de députés DC.

Selon le résultat des sondages et l’analyse qu’en feront ses stratèges, la même approche peut d’ailleurs convenir au Parti Québécois dans toutes les circonscriptions où la proportion de non-francophones exclut l’espoir d’une victoire péquiste. Le Parti Québécois pourrait aussi faire alors le calcul de la « deuxième chance », misant sur le charisme de son chef pour une victoire au suffrage universel dans un régime de démocratie contractuelle si un partage inopportun du vote lui faisait perdre une majorité des circonscriptions dans une élection selon les règles actuelles.

Si un Parti DC peut montrer dans les sondages ce 20% des intentions de votes qui correspond au plein des appuis de la Gauche, de la Droite et de l’ADQ, les jeux deviennent totalement ouverts et toutes les alliances sont possibles puisque la DC, par définition, serait absente d’un nouveau scrutin pour l’élection du Premier Ministre (Exécutif). Une victoire de l’option DC peut apparaître alors, pour chacun des deux partis traditionnels, un moindre mal que l’élection du parti traditionnel rival et même une chance inespérée de reconquérir ex-post, selon les règles de la DC, le pouvoir qu’il aurait perdu selon les règles électorales actuelles.

Ce scénario optimiste a-t-il une chance de se réaliser? C’est une chance qui dépend pour une part de ceux qui prendront le flambeau de l’option DC et de leur acharnement à diffuser son message mais qui dépend, surtout, de l’habileté dont feront preuve les leaders de la Gauche et de l’ADQ ou de toute autre formation politique en devenir.

En effet, la DC, de par sa nature, peut susciter des candidats prestigieux locaux mais pas de véritable chef puisque son objectif n’est pas de former le gouvernement. C’est sur ceux pour qui l’avènement de la DC représenterait un avantage au moment de l’élection démocratique d’un Premier Ministre et de son équipe qu’il faut donc compter pour ramener chez nous la démocratie par le biais de la DC. S’ils ne le font pas aujourd’hui, d’autres viendront demain qui le feront.

Pierre JC Allard

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