À la recherche de la science secrète du Seigneur(1)

L’enquête de la Sûreté.

Il est toujours un peu inquiétant de s’aventurer sur un sol inconnu; mais pour un esprit aventureux, ça représente toujours une bouffée de chaleur exaltante dont le feu est alimenté par le combustible de la curiosité.

Mon inquiétude ici est de fouiller partout en relevant toutes les pierres, toutes les vieilleries qui traînent devant nous.  Je ne sais vraiment pas quel genre d’animal rampant, quelle couleuvre, scorpion ou serpent pourront ressurgir et attaquer lorsque nous déplacerons les objets qui traînent depuis des millénaires.  Soyons un peu prévoyant et prenons le soin d’enfiler une paire de gants.  Bon !  Il n’est évidemment pas nécessaire de prendre des gants blancs.  Il est préférable de choisir des gants solides qui nous préserveront des mauvaises surprises.

Partir à la recherche d’une science secrète qui date de millénaires peut nous sembler, à première vue, une entreprise impossible.  Mon expérience de chercheur aventurier m’a appris que tout dépend de l’angle d’attaque adoptée.  Allons-y donc de la façon la plus naturelle possible en commençant par les informations qui nous furent inculquées lors de notre initiation à notre propre culture.

La première question à se poser devient alors : Y a-t-il une science secrète millénaire qui est véhiculée par notre propre culture ?

Aussi surprenant que cela puisse nous paraître, la réponse est : Oui, il y en a une.  De plus, le concept de cette science secrète millénaire nous a été donné au tout début de notre initiation à la culture occidentale.  Aussi inconcevable que cela puisse nous paraître, aussi inacceptable que cela puisse sembler à ceux qui défendent la rationalité objective matérialiste terre à terre, déjà à l’âge de 6 ou 7 ans, notre culture nous inculque le concept d’une science secrète datant de l’origine de l’humanité. Lorsque nos enseignants commencent à ouvrir l’esprit des enfants sur le monde de la connaissance, ils dépensent une assez grande partie de leur temps disponible, à leur développer ce fameux concept de science secrète.  Il n’est pas nécessairement souligné expressément ni présenté avec emphase, mais il est quand même présent au tout début de l’enseignement; et chacun de nous avons été sujets à son influence.

Je parle évidemment de la Science du Bonheur et du Malheur que l’on rencontre lors de notre tout premier cours sur la religion ou sur l’histoire de l’humanité, selon la tradition. (Évidemment, depuis l’exclusion des cours de religions dans notre système d’éducation, le questionnement disparaît peu à peu).

La Bible, ayant été considérée longtemps comme le plus ancien écrit de l’humanité, nous parle d’une époque où la femme et l’homme originels sont circonscrits à l’intérieur d’un jardin pour l’entretenir et dont le propriétaire est appelé : Le Seigneur.  Curieusement, dans ce jardin, toutes sortes de choses sont disponibles à l’homme et à la femme.  Ils ont accès à absolument tout.  Parmi ces choses auxquelles ils ont accès, il y en a une cependant qui leur est strictement défendue.  On appelle cet objet : «le fruit de l’arbre de la science du Bonheur et du Malheur».

Eh bien, vous voyez !  Tout dépend toujours de l’angle avec lequel nous abordons un problème.  Un simple retour en arrière dans notre jeunesse nous a permis de trouver en 3 secondes ce que nous croyions, à première vue, impossible à trouver.  La science secrète millénaire existe bel et bien !  Bon !  Évidemment, on peut toujours balayer cette information du revers de la main; mais ce serait balayer inconsidérément une des premières bases de notre culture occidentale (Malheureusement, c’est ce qui se fait actuellement sous la bénédiction des autorités).  Il est évident que même le pire des imbéciles refuserait d’enlever et de jeter l’un de ses souliers pour marcher sur un sol empierré (cela n’est plus du tout certain).

Nous avons décidé, au tout début de cette série d’articles, de nous protéger les mains avec des gants, nous n’allons certainement pas accepter maintenant d’enlever l’un de nos souliers; enfin, pas moi, en tous les cas ! Cependant, il serait sûrement préférable qu’à partir de ce moment-ci, nous adoptions le comportement d’un détective enquêteur de la Sûreté pour rester objectif dans notre recherche.  Commençons par appréhender ce fameux Seigneur pour le reconduire à la salle d’interrogation.

– Passez-lui les menottes, sergent !

– Oui, lieutenant.  Allez ouste ! Au poste citoyen ! Et baissez votre tête pour monter dans la voiture.

Cette histoire de la Genèse nous indique que le propriétaire du jardin laisse toute liberté à l’homme de prendre tout ce qui lui plaît.  Il émet cependant la première loi divine : – «Ne t’avise surtout pas de goûter au fruit de l’arbre de la science du Bonheur et du Malheur !  Cette science est la seule chose qui te soit défendu ici ! Compris homme ?»  Il est facile de saisir que si cette science est défendue aux humains, elle devient illico une science «secrète».  Ce n’est pas très sorcier à comprendre, non ?  Sans oublier que ceci est «le premier commandement de Dieu».  Ce qui n’est jamais relevé nulle part !

Peut-être que si nous regardions d’un peu plus près en quoi consiste cette science secrète, nous pourrions nous servir de nos découvertes comme base pour notre recherche.  Si nous ne trouvons aucune information dans le texte de la Genèse, il ne nous restera qu’à chercher ailleurs.  Ce n’est pas les endroits qui manquent !

Par contre, si cette science est aussi importante qu’elle le semble, celui qui la connaît, Seigneur ou pas, aura des difficultés à s’empêcher de nous en livrer quelques signalements.

C’est tout à fait «humain» de se vanter de ce que l’on sait et que les autres ne connaissent pas. Et puisque l’homme est supposé avoir «inventé» un Dieu à son image et à sa ressemblance, il serait étonnant que ce Seigneur ne se laisse pas aller à cette faiblesse humaine.

Que pouvons-nous trouver au sujet de cette sacrée science secrète ?

– Premièrement, cette science est rattachée à un arbre qui se tient au milieu du jardin; c’est l’arbre de la science de la connaissance de ce qui est Bon ou Mauvais; on l’appelle aussi l’arbre de vie.

– «..L’arbre de vie au milieu du jardin est l’arbre de la connaissance de ce qui est Bon ou Mauvais. »

–  Qu’est-ce que je vous disais !  C’est plus fort que lui, le vieux veut nous impressionner avec son secret.  Ne l’interrompons pas et faisons comme si le sujet ne nous intéresse pas; il va probablement nous en dire plus long.  Souhaitons qu’il en dise trop.

– «Un fleuve sortait d’Éden pour irriguer le jardin; de là, il se partageait pour former quatre bras.»

-Bon !  Nous allons déléguer deux personnes d’entre nous pour continuer d’enregistrer la déposition du Seigneur.  Je demanderais aux autres de venir avec moi discuter du problème que ses dernières élocutions créent dans le dossier.

Tous les inspecteurs se rassemblèrent tout de suite dans la salle commune et le lieutenant prit la parole :

– Messieurs, révisons ce que nous avons.  Au début, le Seigneur a planté un jardin «en Éden».  Il est donc clair que le jardin est à l’intérieur de l’Eden.  Maintenant, le vieux vient d’affirmer qu’un fleuve sortait d’Eden pour irriguer le jardin.  Avouez que ça ne tient pas debout.  Comment un jardin à l’intérieur de l’Eden peut-il être irrigué par un fleuve qui sort de l’Eden ?  Je crois que notre Seigneur radote quelque peu.  C’est peut-être dû à son âge.  Qu’en pensez-vous ?

– Nous n’avons vraiment pas l’impression que le vieux est déficient, lieutenant.  Nous dirions plutôt qu’il a sa façon à lui de présenter les évènements.  Il est un peu tôt pour le cataloguer.

– D’accord !  Retenons pour l’instant que son fleuve se sépare en 4 bras et que ces bras sont ceux qui irriguent le jardin.  Si on lui dit tout de suite qu’il radote, il ne dira plus un seul mot et nous perdrons toute possibilité d’acquérir d’autres informations.  Retournons à la salle d’interrogation.

………………………………

Messieurs, est-ce que le suspect a livré d’autres informations ?

– Pas vraiment, lieutenant.  Il a parlé d’une menace de mort pour l’homme, si jamais celui-ci s’avisait de manger de l’arbre de la connaissance en question.  Rien de plus.

– Des menaces de mort ?  En avez-vous pris note ?

– Oui monsieur; tout est enregistré.

– Merci ! On continue l’interrogatoire.

– Dites-moi Seigneur : dans ce jardin, l’homme vivait comment ?

– «Tous les deux étaient nus, l’homme et sa femme, sans se faire mutuellement honte.  Or le serpent était la plus astucieuse des bêtes des champs que le Seigneur avait faites.

Il dit à la femme : «Vraiment !  Dieu vous a dit : «Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin…»  La femme répondit au serpent : «Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin, mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit :

«Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas afin de ne pas mourir».

Le serpent dit à la femme : «Non, vous ne mourrez pas, mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais.»

La femme vit que le fruit de l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance.  Elle en prit un qu’elle mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea.  Leurs yeux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient nus.  Ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des pagnes.»

– Bon ! Écoute! Le vieux; Oublions la haute couture pour l’instant et venons-en aux faits !  Est-ce que vous avez tué l’homme et la femme, lorsque vous vous êtes rendu compte qu’ils avaient mangé du fruit de l’arbre de la connaissance défendu ?

– Non monsieur !  Jamais !  Je les ai simplement chassés de mon jardin.  J’ai aussi condamné le serpent à ramper dans la poussière pour le reste de ses jours.  Je ne pouvais évidemment pas les tuer parce qu’à cause de ce maudit serpent, l’homme était devenu comme l’un de nous. Donc, tout ce que je pouvais faire était de les chasser du jardin et de mettre des gardes à ses portes.

– Dans ce cas cher Seigneur, nous ne pouvons rien retenir contre vous.  Vous avez pleinement le droit de décider de ceux qui fréquentent votre propriété privée.  Vous êtes libre de retourner à vos travaux maraîchers et nous nous excusons de vous avoir créé des inconvénients.  Je vous demanderais cependant de ne pas quitter la province et de rester à notre disposition pour quelques jours.  Avez-vous besoin d’être reconduit quelque part ?

À ces mots, le vieux disparut d’un seul coup de la salle d’interrogation.

Le lieutenant et ses aides furent un peu étonnés; mais comme ils en avaient vu bien d’autres, ils ne s’attardèrent pas sur le phénomène.  Il était évident qu’aucun d’eux n’était superstitieux.

À suivre

L’Artiste

Suite:

2 pensées sur “À la recherche de la science secrète du Seigneur(1)

  • avatar
    11 août 2010 à 3 03 16 08168
    Permalink

    Voilà! C’est parti! C’est ici, dans la section « Dieu et Religion » que vous trouverez pourquoi la Genèse fait partie de l’histoire de l’humanité.

    La série d’article « À la rcherche de la science secrète du Seigneur » s’installe en complémentarité, avec deux autres séries d’Articles: « L’Énigme Égyptienne » qui vient de débuter et « Le mystère Sumérien » qui sera bientôt là.

    Bien du plaisir à tous.

    Amicalement

    André Lefebvre

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  • avatar
    11 août 2010 à 10 10 38 08388
    Permalink

    Vous découvrirez, également, que certains textes anciens méritent un statu de « protection du patrimoine humain » au lieu de « dévalorisation de l’intellect ancien », comme on le remarque actuellement.

    Je m’opposerai toujours à considérer l’intellect des hommes d’il y a longtemps, jusqu’à ce qu’un homme d’aujourd’hui me prouve posséder une pensée plus aiguisée que celle Socrate ou Platon. Pour l’instant, personne n’arrive à leur cheville.

    Donc les « anciens » n’étaient absolument pas des « cons ». Même Socrate les qualifie de « sages ».

    André Lefebvre

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