A la recherche du cygne blanc!

Les drames affectant les marchés se succèdent à un rythme effréné ces dernières semaines. Des révolutions dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord aux cataclysmes naturels combinant le spectre d’une catastrophe nucléaire aux bombardements de la Libye par la communauté internationale dont les effets sur les prix du pétrole sont très difficiles à prévoir … Il semblerait bien que les occurrences exceptionnelles soient devenues monnaies courantes et que les investisseurs, analystes et autres intervenants des marchés doivent de nos jours apprendre à jongler – ou à se faire broyer – quasi quotidiennement avec des nouvelles qui – en d’autres temps – ne surviendraient que très épisodiquement. De fait, en prenant un (tout) petit peu de recul, c’est l’ensemble de la décennie précédente qui fut jonchée d’évènements exceptionnels ayant bouleversé – ou à tout le moins perturbé notoirement – les marchés financiers, sans parler de notre vie quotidienne… Passons en effet sur les attentats du 11-Septembre, sur l’implosion de la bulle des valeurs technologiques, sur la crise des subprimes, celle du crédit ou sur la désintégration du marché immobilier.

Mon cousin Nassim Taleb devra donc revoir et adapter sa théorie car le « cygne noir » est malheureusement devenu notre pain quotidien! Les marchés ne réagissent violemment que suite au « hautement improbable »  – pour reprendre une expression de NNT dans son livre “The Black Swan” -, cette volatilité extrême et malsaine étant à l’évidence provoquée par des réajustements et des liquidations de positions d’investisseurs et de spéculateurs ayant pris trop de risques … en tout cas trop par rapport à ce que leurs portefeuilles pouvaient assumer. Néanmoins, et à la décharge de ces derniers, les occurrences à probabilité infime se produisent à une cadence invraisemblable ces dernières années et – reconnaissons le – les évènements dramatiques qui se sont succédé ces dix dernières années se déroulaient en d’autres temps à l’échelle du siècle… En réalité, et ceci est également valable pour certaines catastrophes naturelles qui sont la résultante de l’activité humaine – l’investisseur est devenu son propre ennemi car les cultures du risque à outrance et de l’appât d’un gain qui doit se concrétiser coûte que coûte sont devenues globales, voire routinières.

Finie la période où papa achetait des actions pour les conserver quelques années, révolue celle où grand-papa plaçait son épargne dans des Bons du Trésor, Taleb est en réalité d’ores et déjà dépassé, lui qui préconisait une approche stratégique conservatrice essentiellement composée d’investissements sécuritaires avec une infime portion de risque. L’incertitude, les mouvements erratiques et la volatilité exacerbée meublent aujourd’hui nos vies et les placements réputés jadis les plus sûrs sont susceptibles de se liquéfier du jour au lendemain. Le « hautement improbable » fait désormais partie intégrante de la psychologie des investisseurs. Pire encore: ceux-ci misent et spéculent sur l’avènement de cet improbable dans l’espoir – évidemment – d’en tirer profit.

Je regarde partout et ne vois plus que des cygnes noirs…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *