A table avec les sauvages

A table avec les sauvages

Non, il ne s’agit pas d’aller partager sa pitance avec quelques indiens d’Amazonie chassés par la déforestation, sous les yeux indifférents des caméras de satellites du monde entier, mais plutôt d’apprendre à déguster ces plantes que l’on dit sauvages, voire nuisibles.

La cuisine, c’est autant une affaire de couleurs qu’une affaire de gout, alors pourquoi se priver des couleurs de toutes ces fleurs sauvages et comestibles que la nature nous offre pour décorer nos plats ?

Aujourd’hui en Europe, on ne consomme que 30 espèces de plantes sur les 12 000 existantes, et de l’Achillée, à la violette, en passant par le coquelicot, le bégonia, l’hibiscus, la tulipe, le sureau, le jasmin, le nombre de fleurs comestibles dépasse l’imagination comme on peut le constater sur ce lien.

Tout le monde connait les fleurs de capucine dont le gout rappelle celui du cresson, avec une pointe de piquant, et qui fait merveille pour décorer une salade, avant d’être mangée et on ne peut non plus faire l’impasse sur la jolie fleur bleue sombre de Bourrache comestible et décorative. photo

Mais il y a mieux.

Le physalis ou Alkékenge : Cette jolie plante, (photo) appelée aussi « cage d’amour » propose à l’intérieur de sa « lanterne japonaise », lorsqu’elle est mure, un petit fruit rouge, que l’on aperçoit lorsque la cage qui le protégeait s’est dégradée (photo)

Il ressemble à une tomate minuscule, bourrée de vitamine c, (bien plus que l’orange) sucrée et légèrement acide, très décorative, et comestible, bien évidemment. lien

Lorsque vous faites un taboulé, n’hésitez pas à en parsemer quelques fruits, au milieu des tomates cerises, et si vous avez eu l’idée de rajouter quelques petits pois, cuits délicatement à la vapeur et passés sous l’eau froide pour garder leur belle couleur verte, des câpres, des pois chiches, votre taboulé, parfumé au curcuma deviendra un véritable arc en ciel.

Mais on peut aussi les faire sauter dans un peu de beurre, accompagné d’ail et de basilic, et le servir avec un émincé de poulet.

Les mexicains y ajoutent oignons, huile d’olive, piments, ail, miel, et un peu de vinaigre pour en faire une sauce surprenante.

Connaissez-vous l’ail des ours ? Cette plante sauvage affectionne les zones humides, et on oublie souvent qu’outre quelques feuilles ciselées dans une salade, on peut tout aussi bien y mettre ses fleurs, tout comme les jolies grappes de fleurs blanches de la ciboulette.

Avez-vous déjà dégusté des fleurs d’aphyllante ?

Ces jolies fleurs bicolores aux teintes violacées, appelées aussi « œillet de Montpellier » présentées pour décorer une salade de laitue vivace ou de roquette font merveille, d’autant que l’on peut y adjoindre des fleurs de moutarde, et servir le tout pour accompagner quelques fromages de chèvres frais.

Dans la famille « roquette », on peut évoquer la Diplotaxe ou fausse roquette, dont on peut déguster les feuilles vert sombre et les fleurs jaune vif, et qui accompagnent avec bonheur des filets de dorade si l’on prend la précaution de les hacher et de les mélanger avec un peu de beurre, comme si c’étaient des épinards.

L’aspérule odorante, quant à elle, peut vous permettre de réaliser un flanc délicat car, une fois bien séchée, elle dégage un fin parfum de vanille qui parfumera votre gâteau.

Mais oublions les fleurs un instant pour découvrir d’autres plantes comestibles, et pourtant parfois qualifiées de nuisibles, comme par exemple la renouée du Japon ? (photo illustrant l’article)

Toutes les communes de France et de Navarre recommandent vigoureusement de détruire le plus vite possible cette plante qui a tendance à envahir de plus en plus notre territoire et dont les tubercules profonds rendent l’arrachage assez illusoire.

De plus sa croissance est terriblement rapide : en une semaine elle pousse de 50 cm !

C’est Nicolas Blanche qui s’intitule lui-même « glaneur gourmand » qui nous la fait découvrir, et qui en propose une recette.

Toute la difficulté est de la ramasser au bon moment, lorsqu’elle ne fait qu’une dizaine de centimètres, autant dire qu’il faut la surveiller comme le lait qui bout.

Lorsque les pousses sont justes des petits «  bouchons » de quelques centimètres, sautées une petite minute à la poêle avec un peu d’ail et d’herbes aromatiques, c’est un régal.

Mais on peut attendre quelques jours de plus, qu’elles atteignent une dizaine de centimètre.

A ce moment, on en coupe les jeunes pousses à la base, puis on en pèle la peau, en partant du pied et une fois blanchies, les pousses peuvent être dégustées comme des asperges.

Mais on peut aussi les découper en petits tronçons de 3 cm, les faire sauter dans un peu d’huile d’olive, arrosées en fin de cuisson avec du mirin (alcool de riz) de sauce soja, d’une goutte d’huile pimentée, et de graines de sésame torréfiées.

Sinon, dans son livre (sauvagement bon / tétras édition, octobre 2010) Nicolas Blanche nous rappelle que cette plante pouvant se consommer autant sucrée que salée permet de réaliser de délicieuses tartes qui se dégustent froides.

Une fois préparés comme expliqué précédemment, partagées en 2 dans le sens de la longueur, les petits tronçons de Renouée sont déposés sur un fond de tarte, (pate brisée) sur lequel on va verser un mélange (2 œufs, 50 gr de fleur de sucre, 100 gr de crème fraiche) que l’on recouvre avec 50 gr de sucre supplémentaire, avant d’enfourner pendant 30 minutes à 180°.

Un autre « nuisible » pourrait s’inviter aussi à notre table, le Phytolaque. photo

Cette grande plante aux baies toxiques peut malgré tout faire le bonheur de nos assiettes, car en effet, les jeunes pousses de Phytolaque peuvent se préparer de la même manière que vous avons procédé avec la Renouée Japonaise.

Bien sur il est vraisemblablement inutile de s’attarder sur les orties, dont les propriétés urticantes pourraient pourtant éviter des rhumatismes, pourvu que l’on prenne le risque de fouetter nos articulations souffrantes avec cette plante si bénéfique.

Rappelons quand même que les jeunes pousses d’orties riches en protéines font de délicieux potages, et qu’il n’y a pas si longtemps, on utilisait leurs fibres pour réaliser de solides cordages.

Nicolas Blanche nous invite sur son blog pour découvrir d’autres recettes surprenantes. lien

Sur ce lien la longue liste des plantes sauvages que l’on peut consommer.

C’est Marc Veyrat, le très médiatisé cuisinier annecien au grand chapeau noir, qui va maintenant nous faire découvrir l’épiaire des bois.

Cette fleur, qui apparait au début de l’été, et qui ressemble à une petite ortie, exhibe de jolies fleurs violettes, mais a un inconvénient, elle sent mauvais, on pourrait même affirmer qu’elle pue.

Pourtant, si l’on prend la précaution d’en prélever une feuille et si on la malaxe entre ses doigts, par un étonnant miracle, elle va exhaler un fin parfum de champignon des bois.

On peut donc la cuire à feu très doux dans un peu de beurre pendant 3 petites minutes, après l’avoir lavée, et hachée, on la couvre de crème et on finit la cuisson 5 minutes, puis on laisse refroidir, on filtre, et on garde au frigo jusqu’au lendemain.

N’hésitez pas le lendemain a cuire quelques fèves, ou petits pois, que vous allez savourer avec votre crème d’épiaires.

Les jardiniers soigneux n’hésitent pas à arracher le pourpier qui envahi les allées de son jardin de légumes au garde à vous.

Et pourtant le pourpier est une plante comestible tout à fait intéressante.

En salade, ou même cuit, il a un gout assez particulier entre la verveine et le citron. lien

Connaissez-vous la berce ?

Elle peut atteindre près d’un mètre cinquante de haut et à toutes les qualités.

Sa racine aphrodisiaque et stimulante à quasi les même effets que le célèbre ginseng, et combat l’hypertension : ses boutons floraux, tout comme ses feuilles se mangent comme n’importe quel légume. lien

Elle dégage un subtil parfum proche de la mandarine, et de la noix de coco, mais réclame la plus grande prudence, elle pourrait être confondue avec la cigüe, qui a couté la vie au grand Socrate.

Quant à la Bardane, connue pour ses fleurs séchées qui se prennent dans le poil des chiens, et qui a manifestement inspiré l’inventeur du velcro, sa racine peut se manger crue, ou cuite, dégageant un subtil gout d’artichaut.

on peut aussi cuisiner ses jeunes pousses comme des épinards. lien

Au passage saluons la délicieuse marjolaine proche de l’origan, dont on utilise les fleurs pour parfumer les pizzas, chères à notre autocrate présidentiel lequel vient de doter son dernier air bus ‘sarko one » de deux fours qui nous ont couté la plaisanterie de 75 000 euros chacun, pendant que les citoyens fauchés courent la campagne afin de ramasser des plantes sauvages pour se nourrir.

La Cour des Comptes l’ayant épinglé une fois de plus, il a fait un « gros effort » en réduisant ses dépenses annuelles passant de 113,6 à 112,2 millions d’euros, au moment ou certains se demandent comment on pourrait financer le R.U.. lien

Mais comme dit mon vieil ami africain :

« Une maison de paille où l’on rit vaut mieux qu’un palais où l’on pleure ».

L’image illustrant l’article provient de « entrelesbranches »

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