Accord franco-britannique : comment Sarkozy brade l’indépendance nationale

Retour sur un accord militaire qui aggrave l’alignement de la France sur les Etats-Unis via l’Otan.

Le 2 novembre dernier, Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique, David Cameron, ont signé deux traités de coopération militaire, comprenant un volet nucléaire, une première entre les deux pays, prévoyant l’édification d’une installation commune à Valduc (Côte-d’Or), sur le site de recherche du Commissariat à l’énergie atomique.

Les médias en ont peu parlé, préférant entretenir le feuilleton du non-événement que constitue le remaniement, François Fillon succédant finalement à Fillon François pour mener la même politique avec quasiment les mêmes hommes et femmes. Cet accord militaire est pourtant loin d’être anodin : « Nicolas Sarkozy a insisté sur le caractère exceptionnel de cet accord : «C’est une décision sans précédent qui montre le degré de confiance qui règne entre nos deux nations, inégalé dans l’histoire». C’est exact ! Et c’est bien le problème, écrit sur son blog Jean-Luc Mélenchon. Sans aucun débat public préalable en France, ni consultation du Parlement, qui devra cependant ratifier certains volets de cet accord, le président de la République vient d’engager la France dans une coopération militaire extrêmement poussée avec le Royaume-Uni. »

L’eurodéputé touche juste : aucun débat public n’a effectivement eu lieu, mais l’on n’en sera pas surpris de la part de Sarkozy, pour qui gouverner démocratiquement signifie, à partir du moment où il est élu, faire tout ce qu’il veut en organisant un simulacre de concertation, dans le meilleur des cas, où sa décision est de toute façon prise d’avance, et dans le pire des cas, comme ici, sans ne rien demander du tout à personne. « Il y a un silence total sur un point, note Mélenchon. Aucune référence a une quelconque politique mondiale de désarmement ni à l’objectif de réduction des arsenaux nucléaires. L’intention n’est clairement pas d’aller dans ce sens. » Faut-il continuer l’escalade de l’armement nucléaire ? Ce sujet ne regarde pas les Français puisque leur président décide en leur nom sans leur demander leur avis.

Mais que reproche donc en l’espèce à cet accord franco-britannique le président du Parti de gauche ? « Au fil des jours une politique se confirme, dans l’indifférence générale. Car après la décision de rejoindre le commandement intégré de l’Otan en 2008, ce nouveau bond en avant vers les anglo-saxons aggrave l’alignement de la France sur l’appareil militaire de l’Empire états-unien. Le Royaume-Uni est le passe-plat du système nord-américain. Au cas présent il s’agit d’une victoire britannique. Car cet accord est largement contradictoire avec les engagements souscrits par ailleurs en faveur de «l’Europe de la Défense». Une illusion plus que jamais sans effet achève de mourir.

La France des droites qui vont se gargariser cette semaine avec la mémoire du général de Gaulle est en train de tourner la page de l’indépendance militaire «tous azimuts» qu’il avait constituée. Je ne suis pas d’accord du tout avec cette nouvelle doctrine de fait d’une défense franco-anglaise, c’est-à-dire à mes yeux franco-américaine, intégrée. (…) Cet accord est aussi un mauvais coup pour le mythe de l’Europe de la défense. Les textes de l’accord n’abordent presque pas l’Europe de la défense et, à la demande des Britanniques, les différents axes de coopération sont exclusifs. Ils ne sont pas ouverts à d’autres pays membres de l’UE. » Mélenchon enfonce le clou un peu plus loin : « cet accord est surtout une très bonne nouvelle pour l’Otan. Donc mauvaise pour la France. En effet, l’accord ne se contente pas de manifester son attachement à l’Otan. Il plaide pour que ses missions soient renforcées et son périmètre élargi. L’accord soutient également le dangereux projet de «défense antimissiles des territoires» impulsé par les USA. »

Rappelons ce que disait l’ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement Jospin, Hubert Védrine, de la réintégration de la France au sein de l’Otan : « on met également en avant l’européanisation de l’Alliance qui découlerait de l’obtention de postes importants pour des Français dans la hiérarchie de l’Otan(…). On parle pour la France de commandements de moyenne importance à Norfolk et à Lisbonne. Mais de toute façon est-ce que la nationalité des officiers qui reçoivent et transmettent les instructions du Pentagone a de l’importance, sans changement radical des modes de décision au sein de l’Alliance, ce que rien ne permet d’espérer, même aujourd’hui ?

Ce n’est pas parce que cette réintégration, conçue sous Georges Bush, prendrait effet sous le charismatique Obama, que les réalités transatlantiques disparaîtraient. L’administration américaine actuelle est plus aimable, mais a-t-elle une autre conception de l’Alliance ? Rien ne l’indique. » Et de fait, lorsqu’un changement se produisit au sommet de la hiérarchie des forces de l’Otan en Afghanistan, en juin dernier, la décision vint évidemment du président américain seul, sans sollicitation d’un quelconque avis français. Si évident que Le Monde titrait alors Obama remplace McChrystal en Afghanistan par le général Petraeus, sans même relever dans l’article la non-consultation des autorités françaises, tellement elle eût été improbable.

Pire : « Le général britannique Nick Parker assumera les fonctions de chef par intérim des forces de l‘Otan en Afghanistan, à la suite de la révocation du général McChrystal, a annoncé mercredi 23 juin Downing Street, précisait le quotidien. (…) Le premier ministre britannique, David Cameron, et Barack Obama « se sont mis d’accord sur le fait que le général Petraeus », qui devrait occuper à terme ces fonctions, « était la bonne personne pour prendre le commandement » des quelque 140 000 soldats de l’Otan en Afghanistan, a ajouté un porte-parole du Premier ministre britannique dans un communiqué. » Donc non seulement on ne consulte pas la France, mais on se soucie par contre d’afficher l’assentiment officiel des… Anglais, les mêmes avec qui nous sommes désormais étroitement liés par les traités du 2 novembre. Oubliées les grotesques promesses de Sarkozy d’une influence accrue de notre pays : au sein de l’Otan, nous sommes sous les ordres américains, point. Alignement confirmé par cet accord avec les Anglais, caniches de Washington depuis toujours. Quelques jours après la célébration du 40e anniversaire de sa mort, le général de Gaulle, dont Sarkozy l’imposteur prétend inspirer son action, doit se retourner dans sa tombe.

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