Affaire DSK : la duplicité du procureur Cyrus Vance

L’affaire Strauss-Kahn a suscité, tant à l’oral qu’à l’écrit, d’innombrables éditoriaux, analyses et commentaires dans les médias ou sur les blogs, français ou étrangers. Un déferlement sans précédent pour un fait divers dont les péripéties ne sont assurément pas terminées. Toutes les composantes de cette affaire ont été disséquées, qu’il s’agisse de la personnalité de DSK, de harcèlement sexuel, d’abus de pouvoir, des violences faites aux femmes, ou bien du fonctionnement comparé des justices française et américaine. Retour précisément sur un aspect de ce dernier point : l’ambigu statut du « district attorney » de New York…

Inutile de revenir sur les différents épisodes de l’affaire Strauss-Kahn, ils ont été très largement exposés et débattus dans les médias traditionnels et sur la toile, y compris dans les colonnes de CentsPapiers où quelques auteurs ont fait un remarquable travail d’information et d’éclairage en observant à la loupe les éléments disponibles.

Une chose semble désormais claire, la présumée victime, Nafissatou Diallo, a été l’objet d’une honteuse campagne de presse destinée à la discréditer en n’hésitant pas, pour faire bon poids, à faire état d’éléments diffamatoires (accusations de prostitution ou de trafic de drogue). Cette redoutable contre-offensive, basée sur de douteux éléments ayant opportunément fuité des bureaux du procureur Cyrus Vance, a été développée sur deux axes : d’une part, sur les mensonges, bien réels mais somme toute bénins, proférés par Mme Diallo en vue d’obtenir son visa d’entrée aux États-Unis ; d’autre part, sur une citation mal traduite, sortie de son contexte, et construite de manière sciemment manipulatrice à partir de plusieurs communications reçues d’un compatriote incarcéré.

Aujourd’hui, toute cette contre-offensive s’effondre peu à peu. Non seulement les conversations téléphoniques de Nafissatou Diallo ne contredisent pas sa version initiale de l’agression, mais au contraire la renforcent par la grande similitude des récits. Ce constat, ajouté aux témoignages de ses collègues du Sofitel, aux informations données par sa carte magnétique professionnelle, et aux expertises des médecins, alimente un ensemble de charges tel qu’il devrait, en toute logique et dans un souci de bonne justice, conduire le procureur Cyrus Vance à renvoyer Dominique Strauss-Kahn devant un jury dans le cadre d’un procès pénal.

Cyrus Vance et l’ambition politique

Rien n’est pourtant moins sûr. Car si le procès peut être gagné par l’accusation, il peut également être perdu sur le doute d’un seul des douze jurés, l’unanimité étant requise pour un verdict de culpabilité aux États-Unis. D’où les tentatives de M. Vance de transiger avec DSK et ses avocats sur la base d’un abandon des charges les plus graves afin d’amener la défense du présumé agresseur à un plaider-coupable nettement moins lourdement sanctionné que les 75 ans encourus lors d’un procès au pénal en regard des chefs d’accusation. Un plaider-coupable surtout synonyme pour le district attorney d’une victoire, certes moins éclatante aux yeux des new-yorkais, mais non pénalisante en termes d’image dans l’optique des élections de 2012.

Car tout l’enjeu est là : dans ce scrutin de novembre 2012 au cours duquel Cyrus Vance se présentera à sa propre succession. En attendant mieux ! Car, de la même manière que son propre père à mené une carrière politique l’ayant conduit à la Maison Blanche dans l’entourage du président Jimmy Carter, le procureur Cyrus Vance Jr entend lui aussi faire carrière. Et, pourquoi pas ? suivre l’exemple de Rudolph Giuliani, devenu maire de New York – et même candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2008 – après avoir gagné ses galons au poste de… procureur.

Manque de chance pour M. Vance, en l’état actuel des choses, DSK et ses avocats continuent de refuser le plaider-coupable. Pour une raison simple : la crédibilité de Nafissatou Diallo ayant été entachée au point, croient-ils, de rendre l’issue d’un procès au pénal très incertain pour Cyrus Vance, ils attendent purement et simplement que ce dernier, par peur de la défaite, délivre une ordonnance de non-lieu à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn.

Moralité (si l’on peut dire) : ce qui compte avant toute chose pour un magistrat américain élu n’est pas que la justice soit rendue, mais que ses propres chances de réélection ne soient pas compromises. D’où la tentation pour Cyrus Vance de choisir la voie la moins périlleuse pour lui : celle de l’évitement. Et tant pis pour les justiciables qui croient encore qu’un magistrat élu a pour souci premier de servir la justice. Peut-être comprendront-ils un jour que c’est avant tout ses propres intérêts que sert un tel magistrat !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *