Affaire Lagarde-Tapie : Sarkozy récompense l’auteur du faux en écriture

Le 22 mars 2011, qu’apprenait-on ébahi dans l’affaire Lagarde-Tapie, révélé par L’Obs.com ? « La Première chambre de la Cour des Comptes vient de décider de transmettre au procureur général de la Cour de discipline budgétaire et financière, un rapport mettant en cause Jean-François Rocchi, le président du CDR [Consortium de réalisation, structure chargée de solder l’affaire pour le compte du Crédit lyonnais, NdA]. Un fait rare et grave pour ce haut fonctionnaire qui dépend de Bercy. » L’Obs titre « deux hauts fonctionnaires renvoyés devant la Cour de discipline budgétaire », mais il faut attendre le 31 mars pour que Marianne apporte les précisions suivantes : « Le rapport de la cour des comptes sur l’affaire Tapie que Marianne a pu consulter est accablant. La Commission des Finances de l’Assemblée s’apprête à le rendre public. Pour toucher ses millions Tapie aurait profité d’un faux en écriture de la part de hauts fonctionnaires. Une falsification qui pourrait être télécommandée depuis Bercy. (…) « Le compromis est signé le 16 novembre 2007. Sa version diffère de celle approuvée par le Conseil d’administration (NDLR : du CDR) du 2 octobre sur un point important tenant à la qualification de la demande d’indemnisation des époux Tapie. » Kesako ? L’explication vient plus loin. Le compromis est la base sur laquelle le CDR était prêt à passer un deal avec les époux Tapie. Ce texte a été voté lors d’un conseil d’administration du 2 octobre. Dans sa version initiale, note la cour, il est ainsi rédigé : « Les parties b (NDLR : CDR et EPFR)  limitent le montant de l’ensemble de leurs  (NDLR : des époux Tapie) demandes d’indemnisation à 50 millions d’euros. » Mais, comme « la rédaction (…) a été remplacée » ce qui donne dans sa version modifiée :  « Les parties b limitent le montant de l’ensemble de leurs demandes d’indemnisation, d’un préjudice moral, à 50 millions d’euros. » Autrement dit, quelqu’un aurait ajouté les mots « d’un préjudice moral ». Ce qui n’est plus du tout la même chose… puisque l’on passe d’un plafond sur le montant global engageant l’Etat, à une limite sur le seul préjudice moral, une des nombreuses demandes des époux Tapie… » Et Tapie touchera 260 millions d’euros… Pour ce faux en écriture, voilà donc Rocchi traduit devant la Cour de discipline budgétaire et financière, qui dépend de la Cour des comptes.

Dernier rebondissement début novembre, signalé par Mediapart : « Nicolas Sarkozy a décidé de reconduire à la présidence d’un établissement public l’une des personnalités les plus gravement mises en cause dans le scandale Tapie-Lagarde. Il s’agit de l’ancien président du Consortium de réalisations (CDR), Jean-François Rocchi. Il a été renvoyé devant la Cour de discipline budgétaire pour des irrégularités que lui impute la Cour des comptes dans cette affaire. Le chef de l’Etat l’a malgré cela confirmé dans sa fonction de président de l’Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique (Erafp), par un décret en date du 8 novembre. Alors que la justice avance sur plusieurs fronts, l’Elysée signifie ainsi explicitement que le chef de l’Etat ne désavoue pas et même qu’il place sous sa protection ce haut fonctionnaire qui a scrupuleusement suivi les ordres que Christine Lagarde lui a donnés dans l’affaire Tapie. […] L’Erapf a été créé en 2003, à la suite de la réforme des retraites (voir son site Internet). C’est un organisme hybride. Disposant d’un statut d’établissement public et placé sous la tutelle de la Caisse des dépôts, c’est une sorte de fonds de pension pour la fonction publique, qui gère les compléments de retraite des agents publics générés par les primes qu’ils reçoivent pendant leur carrière. Peu connu du grand public, l’organisme est pourtant important puisqu’il brasse de grosses sommes d’argent, grâce à ses 4,6 millions de cotisants, […] De fait, dès que le scandale Tapie a pris de l’ampleur, Nicolas Sarkozy n’a cessé d’envoyer des signes de soutien à Jean-François Rocchi. Il l’a fait une première fois en le portant à la présidence du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), poste que l’intéressé occupe toujours. Et il le fait une nouvelle fois en le confirmant à une seconde présidence, celle de l’Erapf. » Remarquez, Christine Lagarde, poursuivie pour « complicité de faux » et « complicité de détournement de biens publics », chefs passibles de 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende, a bien été portée à la tête du FMI ! En attendant pour revenir à Rocchi, ses deux nominations successives par Sarkozy sont un magnifique bras d’honneur adressé à la justice, la morale et la décence.

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