Askolovitch : de « l’injure faite à Mélenchon » au qualificatif « vaseux »

Claude Askolovitch, notre éminent confrère d’un peu partout à la fois (écurie Lagardère médias), signe un article dans son Journal du dimanche titré Tabou : « Deux snobismes se sont croisés en quelques jours, deux manières de penser faux, mais qui disaient la même chose. Un dessin de Plantu dans L’Express qui croquait une gémellité politique entre Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon, récitant « tous pourris » dans des uniformes nazifiants. Et l’installation par un comité de « sages » de Louis-Ferdinand Céline parmi les gloires commémorées par la France en 2011. L’honneur fait à Céline a été annulé par Frédéric Mitterrand. L’injure faite à Mélenchon prospère : c’est peu surprenant, tant l’outrecuidant « Méluche » s’est isolé des médias et des prébendiers de la raison. Faisons simple. Mélenchon et Marine Le Pen peuvent tous deux maudire le libéralisme, marteler la trahison et les complicités des élites, reprendre les dialectiques vaseuses des « petits contre les gros » : il reste une différence essentielle. Marine Le Pen pose son discours social sur un socle ethnico-religieux, dénonce l’islam envahisseur et exacerbe le rejet des musulmans. Mélenchon n’est jamais allé sur ce terrain. Il n’interroge pas les origines des « trafiquants », ne parle que de lutte des classes, de souffrances populaires, et organise la guerre des mots contre les « belles personnes », lui qui fut jadis ostracisé par les élites élégantes du PS. (…) Egaler Mélenchon aux Le Pen, c’est un péché contre l’esprit et plus encore, c’est cracher à la figure des victimes de l’islamophobie et dire aux musulmans de France qu’ils sont, ici, quantité négligeable. »

Hormis le qualificatif de « vaseuse » à propos de la défense des petits contre les gros, nous sommes tout surpris d’être d’accord avec le pourtant très sarkompatible Asko ! Reste que notre divergence est de fond. Prétendre défendre les « petits » lorsqu’on dirige le Front national est certes vaseux puisque le parti d’extrême droite propose dans le même temps, au plan économique, une tripotée de mesures ultralibérales à faire se pâmer Laurence Parisot et avec elle toute l’oligarchie de ce pays ! Le prgramme de la présidentielle de 2007 n’était-il pas pour le FN de ramener la tranche la plus haute de l’impôt sur le revenu à 20% ? Mais Mélenchon, avec la tradition de toute sa vie d’un combat fortement ancré à gauche, en quoi serait-il pour lui vaseux de porter la voix du peuple qui souffre et de vouloir améliorer son sort ? Serait-ce que, pour Askolovitch, c’est le concept de lutte des classes qui est en lui-même vaseux ? Comme s’il n’y avait pas, d’un côté, des millions de chômeurs et précaires, smicards, mal logés et sans abri et de l’autre, d’après l’Insee« les 500 premières familles de ce pays, [qui] pèsent 194 milliards d’euros, 500 familles… En France, il y a 380 000 millionnaires en euros », comme le rappelait le socialiste de gauche Gérard Filoche durant le débat sur les retraites, qui concluait en s’exclamant : « Ne les croyez pas : la France n’a jamais été aussi riche ! » C’est bien la redistribution des richesses qui pose problème. Ou l’on s’accommode de cette profonde injustice – c’est plus facile à consentir quand on fait soi-même partie des privilégiés – et l’on prétend qu’on ne peut faire autrement – le soi-disant réalisme revendiqué à la fois par la droite et par les solfériniens -, ou l’on trouve que cette situation est obscène et insupportable et l’on est alors… un « populiste » aux « dialectiques vaseuses » ? A ce compte-là, plumedepresse revendique dorénavant haut et fort d’être « le blog sabre au clair d’un journaliste engagé vaseux » !

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