Aux Armes, etc…

Au moment ou la France essaye de se refaire une virginité en Afrique du Nord, en nommant un étrange ministre des affaires étrangères, et en gardant un diplomate en Tunisie discutable et critiqué, un livre fait le bilan cruel et précis des petits arrangements avec la morale de nos gouvernements successifs.

Il faut, pour bien comprendre, faire un bond d’un demi-siècle en arrière et s’inviter en Libye au moment ou Kadhafi vient de s’accaparer du pouvoir.

« L’argent n’a pas d’odeur », dit le proverbe, pourtant certaines odeurs devraient tout de même décourager le commerce des armes, et les seules armes que nous pourrions défendre ne devraient-elles pas être celles évoquées par la merveilleuse chanteuse  Melissmell dans cette vidéo ?

Kadhafi, ce petit colonel déjanté, grâce à son pétrole ne manque pas de moyens financiers.

Alors, en novembre 1973 Georges Pompidou l’invite officiellement à Paris : Kadhafi va lui acheter des « Mirages », au moment même ou cette France soutient François Tombalbaye, le président tchadien, en lutte avec la Libye. lien

Il n’y a pas de petits profits…

Encore mieux, au début des années 80, avec Bob Denard et ses mercenaires et la complicité de la DGSE, la France mène une offensive contre la Libye. lien

Puis de 1983 à 1984, le gouvernement Mitterrand lance l’opération « Manta », afin de protéger le président Tchadien Hissen Habré contre Goukouni Weddeye, soutenu par Kadhafi. lien

Après l’attentat libyen dans une boite de nuit berlinoise qui, en 1986, tue 2 soldats américains et en blesse 63 autres, Reagan lance une opération militaire contre Kadhafi et pourtant Mitterrand, et son premier ministre Chirac s’opposent au survol de la France par les bombardiers américains.

On essaye de comprendre ?

On se souvient de l’attentat libyen de 1988 de Lockerbie qui fera 243 victimes, et celui du 19 septembre 1989 au Sahara dans lequel 170 personnes, en majorité françaises, trouveront la mort. lien

A la suite de l’attentat, Abdallah Senoussi, chef des services secrets libyens (et beau frère de Kadhafi) sera condamné par contumace en mars 1999 à la prison a vie. lien

Et pourtant, malgré l’embargo qui frappe la Libye, Bernard Cheynel, un agent français, soutenu par de grands industriels, convaincra Lionel Jospin de recommencer le commerce avec la Libye, permettant à Eurocopter, Dassault, et Thales (dont un des cadres s’appelle Guillaume Giscard d’Estaing)  d’écouler leurs « marchandises ».

C’est l’époque ou Dassault essaye désespérément de vendre ses « Rafales » (sans succès à ce jour) ;

Devant la contestation des anglais de Thales, coproducteurs des Mirages, qui préfèrent à une vente la  « mise à niveau électronique » de ceux-ci, la France s’incline, et en 2004, les négociations franco-libyennes reprennent de plus belle.

Mais américains et anglais tirent les marrons du feu, et la France devra patienter jusqu’en 2005 pour que la ministre de la défense, une certaine Alliot-Marie, ne réussisse à signer un accord avec le dictateur libyen, consistant à une remise en état des moteurs, et de l’électronique des Mirages. lien

A ce stade des négociations apparait Ziad Takieddine, tristement célèbre pour son implication dans la vente des sous-marins français au Pakistan. lien

C’est à l’été 2007, avec la libération des « infirmières bulgares » que la situation va se dénouer.

Elles avaient été emprisonnées accusées d’avoir inoculé le sida à des enfants, lien

L’Elysée affirme qu’il n’y a pas eu la moindre contrepartie à leur libération, mais qui peut le croire ? lien

En effet, des le lendemain de cette libération, Sarközi se rend en Libye et signe deux protocoles d’accord, l’un « dans le domaine militaire », et l’autre sur la fourniture d’un réacteur nucléaire « civil » pour soi-disant « dessaler l’eau de mer ».

Il doit falloir pas mal de naïveté, connaissant les penchants guerriers du dictateur libyen, pour croire que ce réacteur nucléaire sera utilisé pour dessaler l’eau de mer.

Quelques jours après, à Nice, Seif el-Islam Kadhafi propose une interview au « Monde » à qui il dévoile qu’il y a eu un contrat de 300 millions d’euros entre la France et la Libye portant sur des ventes de missiles Milan et de la technologie militaire. lien

(il est possible qu’il s’agisse des missiles que le dictateur libyen vient d’utiliser pour tirer sur son peuple)

L’Elysée va démentir ce contrat avec la plus grande fermeté.

Après des atermoiements divers, on apprendra que ce que visait le gouvernement Sarközi c’était avant tout la vente des Rafales, dont on sait maintenant l’échec, malgré les tapis rouges déployés et les humiliations consenties.

Vendre des armes, c’est devenu l’un des objectifs de la France de Sarközi, même à ceux qui ne souhaitent pas commercer avec elle.

Pour arriver à ses fins, le chef de l’état va même finir par aider les Saoudiens à se débarrasser de la rébellion Chiite en leur procurant des images satellites (que les américains ont refusé de leur donner) qui leur permettront de mater la révolte.

Tout cela est raconté, avec beaucoup plus de détails, par Jean Guisnel, dans son livre « armes de corruption massive » aux éditions « la découverte », dont Mediapart à proposé des extraits. lien

Aujourd’hui, la vente d’armes revient occuper le devant de la scène.

Le 1 mars 2011, le Senat n’a occupé que 2 petites heures pour traiter d’un sujet crucial :

La libéralisation du commerce des armes.

Explication officielle : « Le gouvernement répond à la demande des industriels d’alléger les procédures de contrôle des exportations. »

On peut découvrir la totalité des délibérations sur ce lien.

Patric Bouveret, directeur de l’observatoire des armements s’indigne : « en éloignant d’autant plus la perspective d’un contrôle démocratique via le parlement, ce projet de loi augure une libéralisation en marche forcée du commerce des armes ».

S’indigner est nécessaire, mais est-ce suffisant ?

Car comme dit mon vieil ami africain, en évoquant le dernier remaniement ministériel :

« On a beau se débarrasser des boulets, tant qu’il reste le canon… »

L’image illustrant l’article provient de « carnetsdenuit.typepad.com »

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