Bagdad et Katrina

Cette semaine une grande chaine de télévision américaine, CBS, a montré des photos prises lors des tragiques événements survenus dans le golfe du Mexique lors du passage de l’ouragan Katrina. Nous avions presque oublié cette tragédie. Il était inévitable qu’un diffuseur rappelle les faits : ce mois d’aout marque le cinquième anniversaire de l’événement. Que le vent passe vite!

Ce qui est moins usuel, en l’instance, c’est que le présentateur principal du réseau de TV – un témoin-reporter de ce qui s’est passé – se soit indigné du peu de cas que les autorités gouvernementales ont fait du bien-être des sinistrés. Elles ont fait languir les résidents pendant des jours, sans aide aucune, sans eau, sans nourriture dans des conditions de misère inimaginables et pires que ce que celles subies au Pakistan d’aujourd’hui. Et le reporter – un grand monsieur bien digne – de réclamer que des têtes tombent. Comment faire ca à des citoyens américains!

Mais oui, en effet, n’est-ce pas un régime décidé à réduire l’influence du ‘big government’ qui est responsable? Responsable de ne pas avoir rescapé les réfugiés et responsable de ne pas avoir saisi l’occasion de reconstruire en mieux et sur des terres plus hautes. Actuellement,  CBS nous le rappelle, il y a toujours 100,000 citoyens de la Nouvelle-Orléans qui ne sont pas revenus vivre dans leur ville. Et pourtant, dit le reporter, la population de cette ville était ‘culturellement riche’ – il y a même, en ce lieu, quelque 250,000 personnes qui ‘parlent une certaine forme de français’! J’avoue que je ne savais pas cela.

Dans les universités américaines les livres sur la planification urbaine couvrent des murs entiers. Il y en a des centaines de ces livres sur la manière de construire la ville ‘dans le tiers-monde’. C’est-à-dire partout sauf aux Etats-Unis! Le gouvernement américain, du reste, pour se donner bonne bouche, laisse entendre que ses incursions, en Irak et en Afghanistan, par exemple, auront pour effet d’installer la démocratie et de refaire les villes.

Or les États-Unis, que ce soit à la Nouvelle-Orléans ou ailleurs dans le Nord, sont incapables de construire de belles villes. Il ne peuvent que prolonger les banlieues et qui dira que cela est bon pour la protection de l’environnent, pour l’humanité…? Depuis 50 ans au moins la grande ville de Détroit est engagée dans un processus de déclin spectaculaire et cela est un scandale à l’échelle planétaire.

Les autres villes, moyennes ou grandes, ont des centre-ville inoccupés, non vécus; on ne peut que voir les banlieues s’étendre et rendre les citoyens esclaves de leurs automobiles. Et il faudrait laisser ce modèle se répandre dans ‘le tiers monde’?

Jean Pierre Bonhomme

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