Beauchemin a raison !

Jacques Beauchemin, sociologue à l’UQAM, est venu expliquer brièvement à l’émission 24 heures en 60 minutes de Anne-Marie  Dussault ce dont tout le monde se doutait, mais dont tous les grands pontes de notre société préfèrent ne pas parler, parce qu’ils ne s’en sentent pas complètement innocents et choisissent de fermer les yeux quand ils voient la proverbiale matière innommable se rapprocher du ventilateur.

Il a dit quoi, le Professeur Beauchemin ?  Il a dit que l’on ne peut expliquer l’opiniâtreté des étudiants qui font la grève à corps perdu – et sont prêts à y sacrifier plus qu’ils ne peuvent raisonnablement en tirer – que si l’on comprend que les frais de scolarité n’ont que la valeur d’un symbole: ils cachent autre chose.

Ils cachent quoi ?  Le mépris et l’humiliation. Le symbole de quoi? Le symbole d’une victoire sur l’État qui marque la fin de leur humiliation et une résurrection dans la dignité.

L’État, pour les jeunes qui sont dans la rue, c’est le visage joufflu et arrogant des baby-boomers en pantoufles, les bien-arrivés trop gras, trop douillets, trop condescendants, sans une once de mérite pour justifier leur suffisance. Ceux qui ont parlé pendant 50 ans de l’indépendance sans la faire, qui ont parlé d’un « modèle québécois » qui s’est effondré devant tous les corporatismes, qui ont détruit le système de santé, transformé le système d’éducation en une triste plaisanterie et le système judiciaire en antre de l’iniquité  Ceux qui ont fait de la corruption le premier outil du business et de la gouvernance.

Ceux qui font une grève pour des principes MÉPRISENT l’État.  Ils méprisent ce que cet État représente et ceux qu’il représente.  Ils n’ont aucune confiance dans toutes ces élites autoproclamées – politiciens, banquiers, avocats, journalistes et petits riches de tous acabits –  qui leur racontent des sornettes en forme de principes, et de valeurs auxquelles il est clair qu’eux-mêmes ne croient pas.

Ils méprisent ceux qui les trahissent en riant – parce  que tricher et trahir pour gagner, c’est ça, la vraie sagesse des « élites », n’est-ce pas ? – et ils sont profondément HUMILIÉS d’être assujettis à cet État qu’ils jugent méprisable et dont ils ne reconnaissent pas l’autorité morale.   Ils sont à laver cette humiliation en lui disant  N O N !   Ce « non » à l’État, c’est le oui à leur dignité.  Or, sans autorité morale, un État ne pèse pas lourd face à ses citoyens. S’il ne facilite pas cette résurrection dans la dignité, mais s’y oppose, c’est l’État qui sera brisé.

 

Pierre JC Allard

3 pensées sur “Beauchemin a raison !

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    11 mai 2012 à 10 10 27 05275
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    (Y)

    Et vlan dans les flancs.

    Ça ne pouvait pas venir d’un prof de l’U de M !

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    11 mai 2012 à 15 03 28 05285
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    @ Lenoogernaire

    La distance de cheque quidam au pouvoir n’est oas une constante… NI le sentiment qui prévaut. Il y a eu des périodes de ressentiments, voire de haine entre les segments de la société civile mais il faut reconnaitre que non seulement les étudiants, mais une majorité des Québécois, MÉPRISENT l »État et la société actuelle. C’est est un phénomène nouveau.

    PJCA

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    11 mai 2012 à 17 05 29 05295
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    Voir mon dernier commentaire dans « tu ne tueras point »;

    Et les liens, surtout.

    Le mépris, voix du moi cassé. Alice Miller dans l’Avenir du drame de l’enfant doué.;-(

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