Bernanke: l’aveu

Les États-Unis et la Chine sont étroitement interdépendants. A cet égard, le Président de la Fed Bernanke a jeté la semaine dernière un (monumental) pavé dans la mare en reconnaissant que la Chine détenait pour au moins 2’000 milliards de dollars de Bons du Trésor US alors que les statistiques officielles publiées par la Trésorerie de son pays font état de chiffres deux fois moins importants… Cette reconnaissance publique de données connues des spécialistes mais ignorées du grand public et des médias contribue à clarifier (ou à confirmer) la situation: oui, les chinois sont très très dépendants du billet vert. Les Etats-Unis ont certes des problèmes inextricables d’endettements mais les soucis chinois sont aussi délicats car, ma foi, il leur incombe également d’utiliser ces dollars… Cette accumulation de papier américain n’est que la résultante logique d’une politique chinoise à l’exportation ayant simplement consisté à maintenir sa monnaie à des niveaux bas (donc en la vendant contre du dollar) dans le but de promouvoir son industrie exportatrice. Le remède se révélant aujourd’hui tout aussi nocif que le mal, la Chine se retrouve avec des masses de billets verts dont la valorisation est menacée de s’effondrer au moindre coup de tabac susceptible de s’abattre sur le pays émetteur. Sans aller jusqu’à envisager d’éventuelles tourmentes américaines, ces immenses réserves en dollars perdraient également une partie non négligeable de leur valeur en cas de simple ré évaluation du Yuan… La Chine se retrouve donc d’autant plus condamnée à une fuite en avant qu’elle n’est pas près de cesser de thésauriser ce papier américain: Ou investirait-elle sinon les excédents de sa balance des paiements de l’ordre de 40 milliards de dollars par mois? En effet, le dollar et les marchés obligataires US sont toujours rois, l’Union Européenne n’étant -de loin- pas un concurrent sérieux à ce point de vue. En d’autres termes, la Chine n’abandonnera l’indexation de sa devise vis-à-vis du dollar que le jour où elle aura trouvé une destination alternative ou écouler ses gigantesques réserves. Ce qui était à l’origine un problème de commerce extérieur s’est aujourd’hui transformé en une équation financière quasiment insoluble.

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