Bettencourtgate : et maintenant dehors, Eric Woerth !

Il reconnaît avoir menti tout en disant n’avoir jamais menti…  Il faut arrêter, là.

Même pris à la gorge, il ne désarme pas ! « Eric Woerth affirme ne pas être intervenu dans l’octroi de la Légion d’honneur à Patrice de Maistre, le financier des Bettencourt, écrit L’Express en introduction de son dossier Le système Woerth. Une lettre qu’il a envoyée, en 2007, à Nicolas Sarkozy, découverte lors d’une récente perquisition, prouve le contraire. » Il a donc, une fois de plus, menti. Dès le 7 juillet, nous dressions déjà la liste de plusieurs contre-vérités, proférées par le ministre et contredites par les faits, et nous écrivions encore le 14 août dernier Woerth à nouveau convaincu de mensonge. Une sale habitude, donc. Mais voyons l’intéressante motivation qu’il fait valoir auprès de Sarkozy pour accorder à Maistre sa breloque : « Une « faveur » destinée à le remercier d’avoir collecté des dons pour l’UMP à l’approche de l’élection, révèle l’hebdomadaire qui commente : Ce coup de théâtre intervient dans le volet le plus sensible du dossier Woerth: l’existence présumée d’un « trafic d’influence. » Alors, le compte d’Eric Woerth est-il enfin bon ? Toujours pas, à l’heure où ces lignes sont écrites. Français Fillon a confirmé tout-à-l’heure que ce sera bien lui – sans le nommer – qui défendra à l’Assemblée le projet de réforme (antisocial) des retraites. Quant à l’incriminé, il a avoué, contraint et forcé par la publication de L’Express, son intervention pour réclamer la Légion d’honneur. En la minimisant : « J’ai fait comme de multiples députés, c’était d’une grande banalité tout cela. Je n’ai jamais dit que (la lettre) n’avait pas existé, personne n’a dit qu’elle n’avait pas existé. Vous en tirez des conséquences fausses » , tente-t-il de se défendre, cité par l’agence Reuters reprise par Le Point. Il n’a pas dit que la lettre n’avait pas existé, d’accord, mais personne ne connaissait l’existence de ce courrier ! Et puis tous les députés sont-ils trésoriers de l’UMP et veulent-ils récompenser d’une Légion d’honneur des personnalités auxquelles le parti est redevable, en remerciement de leurs bons et loyaux services pour la cause ? Notons que cette distinction est accordée au nom de la France. Or Maistre a été médaillé, non pour avoir servi le pays, mais le parti présidentiel. Nous sommes bien en présence d’une confiscation de l’appareil d’Etat en faveur d’un clan. Ce que L’Express résume en ces termes : « la Légion d’honneur, créée par Napoléon pour récompenser les « mérites éminents » acquis au service de la nation, peut-elle servir à remercier le bienfaiteur d’un futur président ? » Poser la question… Et Woerth ose reprocher aux journalistes une « fixation malsaine et assez perverse » (voir la vidéo) ! Il n’a peut-être jamais nié avoir écrit une lettre dont personne ne soupçonnait l’existence, puisqu’on ne lui a par définition jamais posé cette question-là, mais il a bel et bien démenti être intervenu dans l’attribution de cette Légion d’honneur. Or, il avoue désormais que si, mais déclare : « Je n’ai jamais menti sur rien et à qui que ce soit. » Nous titrions notre dernier billet sur l’affaire Woerth de plus en plus loin dans le foutage de gueule, mais il s’acharne à toujours repousser les limites ! « Oui, j’ai menti, mais je n’ai jamais menti » , prétend-il aujourd’hui.

Pour en finir avec les rapports personnels entre Maistre et Woerth, Reuters rappelle : « Un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) publié en juillet a conclu qu’il n’existait pas de trace [écrite ! NdA] d’une faveur d’Eric Woerth pour Liliane Bettencourt. Mais le rapport a par ailleurs montré que Patrice de Maistre avait obtenu qu’Eric Woerth saisisse une cellule spéciale du ministère du Budget en 2007 pour un problème fiscal d’un de ses proches, qui a été conclu avantageusement. Le rapport de l’IGF a aussi relevé qu’Eric Woerth avait saisi la même cellule en 2009, toujours à la demande de Patrice de Maistre, à propos des conséquences fiscales d’un projet financier concernant la fondation Bettencourt. L’ensemble des faits, susceptibles de constituer un « trafic d’influence » , intéressent deux magistrats, le procureur de Nanterre Philippe Courroye qui dirige l’enquête de police, et le procureur général de la Cour de cassation Jean-Louis Nadal. » Le premier, que nous appellons Courroye-de-transmission, est aux ordres de l’Elysée (lire Et Courroye refusa de répondre…, 23 juillet). Mais ce n’est nullement le cas du second, qui pourrait saisir la Cour de Justice de la République pour juger des actes du ministre. Une fois sa démission remise, et on ose penser qu’elle est désormais (enfin !) inéluctable, il faudra que la justice détermine le fond de l’affaire, au-delà du cas Woerth. Parce que le bettencourtgate est une véritable affaire d’Etat. « Patrice de Maistre a été entendu pendant six heures par la police, le 25 août,  rapporte L’Express. Les enquêteurs l’ont questionné uniquement sur les conditions d’obtention de sa Légion d’honneur. Ils lui ont présenté la fameuse lettre de Woerth à Sarkozy. « Mon client a déclaré aux policiers que c’était la première fois qu’il la voyait, précise son avocat, Me Pascal Wilhelm. Il n’en avait jamais entendu parler. Je tiens à souligner le fait que cette lettre évoque un financement politique légal. »   De fait, aucun élément matériel ne prouve l’existence de circuits financiers occultes destinés à alimenter la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. » Pas si vite, chers confrères !

Et le témoignage de l’ancienne comptable de Bettencourt, conforté par plusieurs sources ? Lisons le résumé publié le 8 juillet par 20 minutes : « D’après le récit de Claire Thibout, cité par Le Monde, « Il y avait des enveloppes d’espèces qui étaient remises par Monsieur Bettencourt ou de temps en temps par Madame Bettencourt à des politiques ». Parmi ces hommes politiques : Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, Edouard Balladur, Bernard Kouchner, le couple Chirac Mais l’ex-comptable n’a jamais assisté à aucune remise d’enveloppes même si elle raconte comme elle aidait André Bettencourt à préparer ces rencontres. » Mais elle dit aussi qu’après le départ des politiques, les enveloppes étaient ewvides… 20 minutes poursuit : « Concernant la fameuse somme de 150 000 euros retirée peu avant les élections présidentielles de 2007, Claire Thibout confirme ce qu’elle avait dit à Mediapart : « Patrice de Maistre m’avait demandé avant les élections présidentielles de 2007 d’aller lui chercher 150 000 euros à la banque (…). Je lui ai demandé pourquoi une telle somme, il m’a répondu qu’il devait organiser un dîner avec Eric Woerth pour la lui remettre. Il voulait que cela se passe par l’intermédiaire de Liliane Bettencourt (…) Je lui ai dit que ce n’était pas possible surtout pour l’usage qu’il voulait en faire. Il s’est énervé ». Ne pouvant remettre une telle somme sans attirer l’attention de Tracfin, l’organisme anti-blanchiment du ministère des Finances, Patrice de Maistre aurait récupéré 50 000 euros et, pour le reste, aurait dit : « Des fois ça sert d’avoir des comptes en Suisse. » A part ça, Eric Woerth n’aurait pas « une tête à couvrir la fraude fiscale » ! Derrière l’ex trésorier de l’UMP, le président de la République, donc. Si Claire Thibout dit vrai, et il n’y a aucune raison qu’il en soit autrement, le financement de la campagne de Sarkozy est illégal et son élection par conséquent illégitime. Voilà bien pourquoi, malgré l’ahurissant scandale, il n’est pas encore tombé. Souhaitons que son départ – l’hypothèse inverse, répétons-le, est inimaginable – déclenche l’effet château de cartes jusqu’à l’imposteur de l’Elysée !

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Une pensée sur “Bettencourtgate : et maintenant dehors, Eric Woerth !

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    9 septembre 2010 à 18 06 44 09449
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    Woerth maintenu envers et contre tous !

    Que peut-on reprocher à l’un des dix doigts du Roi de France ?
    -D’avoir menti à une presse qui lui a porté atteinte en diffusant ses empreintes ?
    -D’avoir remis au goût du jour la notion de privilèges qui existe depuis toujours ?
    -D’avoir servi indirectement son pays, en favorisant directement son parti ?
    -D’avoir misé sur les plus grosses fortunes pour permettre à son Roi de décrocher la lune ?
    -D’avoir un peu souillé l’éthique du grand public pour confirmer la primauté du politique ?
    Mais le majeur n’a rien fait d’autre qu’obéir à la volonté générale, incarnée par son Roi et exercée par les neuf autres doigts.
    On ne peut pas le couper sans couper la main, le bras et la tête de celui qui l’a maintenu rien que pour nous montrer ce que c’est qu’un doigt d’honneur.

    http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20de%20Woerth

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