BOOM au Mile-End. La légende des Kimchis

 

Je vais vous raconter ce qu’on appelle une légende urbaine : une petite histoire qui circule de bouche à oreilles pendant quelques temps. Pour faire la conversation, mais aussi pour passer un message. Car vraie ou fausse, souvent éxagérée, la legende urbaine, comme une fable, a une morale

Il y a une trentaine d’années, dans un quartier de Los Angeles, il y a eu pas mal de violence.  En particulier contre les petits propriétaires de ce qu’on appellerait ici maintenant des « dépanneurs ». Je devrais dire les « petites propriétaires », car un hasard avait voulu qu’un nombre élevé de ces échoppes soient tenues par des Coréennes, surnommées « Kimchis ».  Menaces, intimidations… une autre de ces phases cauchemar du rêve américain.

Puis, un entrefilet dans le LA Times : « Old Korean Lady blows intruder’s head. »   Un fait divers.  Mais même incident le lendemain, trois dans les jours qui suivent…  Puis d’autres encore, faisant la manchette, pour environ ces 9 jours traditionnels de gloire, qu’on dit aux USA que vaut une nouvelle insolite.

Étant bien curieux,  j’ai passé une semaine à acheter mes cigarettes – horrible époque ! :-) – chez des Coréens.  J’ai appris des choses.  J’ai appris que l’on avait jasé un peu avec les policiers et que la règle non écrite était que l’on n’embêterait pas les proprios en « légitime défense », celle-ci incluant une décharge dans la nuque pendant que l’assaillant fuyait vers la porte.

Un sevère avertissement – voire une contravention – serait cependant servi a ceux qui pourchasserait l’intrus sur le trottoir et tirerait en risquant de blesser des innocents. Une limite injuste, selon mes interlocutrices, puisque « Personne dans ce secteur n’est innocent ». Mais bref…

La légende s’est vite propagée, dans tout South Central, que si vous semblez menaçant dans un dépanneur coréen, il y aura probablement une aïeule souriante disposée  à vous faire voler le chef sans sommation avec le fusil de chasse à canon coupé qu’elle a toujours à ses pieds.

Les tentatives de hold-up ont pratiquement cessé.  Je me demande si on lancerait encore beaucoup de cocktails Molotov dans les vitrines des restaurants du Mile-End, si quelques-uns des malfrats qui s’y essayent ne retournaient pas vivants à leur voiture.  Je ne préconise pas cette approche. Je souligne seulement qu’elle existe.

Pierre JC Allard

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