Bourses et revenu parental; pas si simple…

 Cet texte de  Elyan est un commnentaire importé des « 7 du Québec »  sur une article de Raymond Viger

J’ai employé mes énergies cette semaine à aider une jeune fille de 18 ans, issue d’une famille monoparentale, qui étudie au CEGEP depuis l’été 2011, soit alors qu’elle avait 17 ans, et pour laquelle le gouvernement avait calculé que sa mère devait lui donner 3,084$ par année, ce que cette dernière n’a jamais fait. Cette jeune fille avait dû louer un appartement pour se rapprocher du CEGEP situé trop loin de chez elle.

Le gouvernement, même s’il détermine la somme que le répondant doit verser et procède à la diminution de l’aide accordée à l’étudiant, n’effectue aucun contrôle pas plus qu’il n’offre à l’étudiant la possibilité de prouver qu’il ne reçoit pas dans les faits les sommes qui étaient prévues lui être versées. Que faire lorsque le répondant ne veut pas ou ne peut pas payer?

Dans le cas présent, cette jeune fille dont la mère l’a délaissée même lorsqu’elle était mineure alors que la Loi l’obligeait en tant que parent à subvenir à ses besoins (études ou pas), avait 4 solutions: se marier pour que sa mère ne soit plus considérée répondante pour les prêts et bourses, contacter la DPJ avant d’avoir atteint 18 ans pour faire reconnaître l’inaptitude de sa mère à pourvoir à ses besoins (ce qu’elle ne peut plus faire maintenant qu’elle a 18 ans), abandonner ses études pendant 2 ans ou la poursuivre en cour. On parle ici de situations crève-coeur tout autant que pénibles financièrement.

Le statut de répondant de sa mère la suivra tout au long de ses études et la pénalisera de 3,000$ par an. Le montant de prêts et bourses avait été calculé en fonction du revenu de travail à temps partiel de la jeune fille et de la somme que sa mère devait lui fournir. Elle a dû se trouver plus de travail pour combler le manque à gagner (ne surtout pas perdre son boulot ni tomber malade car il n’y a ni chômage, ni congé maladie, ni sécurité sociale pour elle, pas plus qu’il n’y a pour elle, ni pour ceux dans son cas, l’appui moral des parents, l’encouragement, encore moins la sécurité). Marche ou crève.

Cette jeune fille doit refaire une demande de prêts et bourses avant l’automne. Nous avons donc tenté toutes les pistes (orienteur, psychologue qui auraient peut-être pu démontrer la détérioration de sa situation familiale et permettre que la répondante soit écartée du dossier) et, même en multipliant les démarches, nous nous sommes butées à des portes closes, car il est évident que ces intervenants n’ont que des pouvoirs limités une fois la majorité atteinte et ne peuvent de ce fait agir pour le bien de l’enfant, le fardeau de la preuve étant dorénavant sur les épaules de cette jeune fille. Comment prouver qu’une situation familiale est détériorée lorsque la partie adverse n’a aucune obligation à participer à cet exercice et encore moins d’intérêt à le faire et comment prouver que l’on a rien reçu lorsque personne ne veut vérifier?

Elle a dû choisir la seule option logique qu’il restait: poursuivre sa mère en cour. On peut comprendre qu’elle ne recouvrera pas aisément, peut-être pas du tout, les sommes qui lui sont dues et que son choix en était un de survie financière. Lorsque la situation familiale n’est pas dégradée comme celle de cette jeune fille, que les parents répondants ne peuvent payer pour diverses raisons (et ces raisons sont la plupart du temps tout à fait compréhensibles considérant qu’à 60,000$ de revenu brut familial pour une famille de 4, la contribution s’élève à près de 6,000$), quelle tristesse que de songer aussi à ces jeunes et à leurs parents qui doivent composer avec un système qui leur indique clairement qu’ils ne sont pas assez riches pour se permettre le luxe des études supérieures et que pour y parvenir ils devront en baver. On leur dit qu’ils paient leur juste part? Ils n’ont la plupart du temps aucun filet de sécurité sous eux, gagnent moins que le salaire minimum et devront rembourser plus tard la partie prêt du programme.

Comme vous dites si bien, 2 années à abandonner les études c’est presque signer une reddition. C’est un non-sens de productivité, une claque aux rêves, aux espoirs et à la détermination d’une jeunesse qui cherche à justement ne pas faire partie des laissés-pour-compte de la société.

Une pensée sur “Bourses et revenu parental; pas si simple…

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    10 juin 2012 à 12 12 12 06126
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    Félicitations à Elyan pour son texte.

    Le système de prêts et bourse au Québec est très complexe et pénalise beaucoup d’étudiants. Présentement, la publicité des libéraux qui circule sur les réseaux de télévisions dit que 50 % des étudiants ont maintenant accès aux études supérieures, avec les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement Charest. Seulement 50 % ont accès aux études supérieures, imaginées avant alors? Quand on me demande pourquoi les étudiants se battre encore avec le gouvernement? Je crois que vous connaissez déjà la réponse à cette question. Les étudiants veulent la gratuité scolaire pour tout le monde.

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