7-Ça, c’est du sport !

1. L’EFFET MAURICE RICHARD

On dit souvent du mal du sport offert en spectacle, comme s’il s’opposait au sport de participation. Comme si celui qui arrache 100 kilos ou court le mille en 4 minutes ne pouvait pas être aussi un spectateur. Or, c’est une erreur – car la popularité du sport-spectacle accroît le nombre des participants amateurs – et c’est une grave injustice pour le sport-spectacle qui a ses mérites bien à lui.

Le mérite, par exemple, de créer un esprit de corps. Les Québécois ont le goût de se serrer les coudes et de faire corps; on le voit à la St-Jean, quand des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue. Mais la St-Jean, c’est une fois par année, alors que l’esprit de corps est un besoin de tous les jours.

Pour continuer le bain de foule, il y a donc les Feux d’artifice, le Festival du Jazz, le Festival « Juste pour rire ». On s’agglutine à qui mieux mieux durant tout l’été. Mais tout ça nous laisse sur notre appétit, car pour vraiment vibrer ensemble il faut un défi, et c’est alors que le sport devient nécessaire. Idéalement, le sport-spectacle auquel on participe – le Tour de l’Ile en vélo et le Marathon – mais aussi le sport-spectacle pur: les Expos, le football, le hockey. Le hockey surtout, parce qu’on aime mieux s’unir pour gagner que pour perdre et que, quand on gagne, on a l’Effet Maurice Richard.

L’Effet Maurice Richard, c’est quand on s’identifie à un gagnant de chez nous, que chacun devient quelqu’un, et que, tous ensemble, on devient quelque chose. C’est quand la solidarité et la fraternité deviennent fierté, puis enthousiasme, et qu’on sait qu’on peut conquérir le monde.

2. DE PAIN… ET DE FIERTÉ

Et là, on commence vraiment à vivre, parce que – comme disait un Homme très célèbre – « L’homme ne vit pas que de pain . » Mais bien sûr que non..! L’homme vit aussi – surtout – de fierté et d’enthousiasme. C’est pour çà que le sport est si important.Le sport est irremplaçable. Parce que, pour être une société, il faut gagner ensemble – ou s’identifier ensemble à un gagnant – et qu’il vaut mieux un peu de cassage de gueules sur une patinoire que de se mettre tous un képi sur la tête et de partir à la conquête du Labrador. Il faut du sport de participation, parce que ça fait des enfants forts, mais aussi du sport-spectacle, parce que c’est le moyen le plus simple de se sentir une grande famille.

Pour la même raison, les Romains voulaient « du pain et des jeux ». Aujourd’hui, que ce soit à Liverpool, à Naples ou au Québec, la première nécessité sociale après le BS, c’est le sport! D’abord manger; mais, tout de suite après, une chance raisonnable d’accéder ensemble à la fierté en s’identifiant à une équipe gagnante.

Et pas en regardant la télévision; en se touchant. 500 000 personnes qui regardent la coupe Stanley chez elles ne peuvent être que frustrées, car on veut se sentir gagner ensemble; c’est çà le vrai besoin, pas de regarder glisser un morceau de caoutchouc. C’est si vrai que, quand on gagne, on sort fêter dans la rue. Et que si le besoin d’une victoire ou d’un bain de foule a été déçu, les gens, à défaut d’avoir gagné ensemble, commencent souvent spontanément à briser quelque chose ensemble. Il faut bien qu’adrénaline se passe…

3. LE SPORT QUI RASSEMBLE

Le sport, dans une société comme la nôtre, est une nécessité vitale: c’est notre meilleure réponse au besoin social d’être ensemble. Une Nouvelle Société doit donc prendre conscience de l’importance primordiale du sport comme spectacle, et encourager à fond l’esprit de corps en amenant les gens à se réunir pour le sport sous toutes ses formes. Il faut faire le plein de nos équipements et d’abord remplir le stade olympique: 43 739 spectateurs pour le baseball.

Le remplir tous les jours et plusieurs fois chaque jour. Disons 16 heures par jour, car le stade devrait être presque toujours en activité. Il devrait être un temple du sport où se succèderaient, quasi sans interruptions, les matches des sports traditionnels et diverses compétitions simultanées sur le terrain: l’équivalent de vivre des jeux olympiques permanents.

On y verrait sans cesse se mesurer, dans des épreuves d’athlétisme, de piste et pelouse et autres disciplines, des équipes formées dans les milieux de l’éducation ou du travail. Le sport deviendrait une composante toujours présente de la vie quotidienne. Le stade olympique serait un lieu de rencontre coutumier de la population, une étape naturelle dans la journée du citoyen moyen, qui irait y passer son heure de lunch ou une partie de sa soirée, soit pour voir, soit pour participer à divers événements.

Rien n’est plus facile à utiliser comme point de rassemblement qu’une épreuve sportive. Rien ne ferait plus plaisir au monde ordinaire. Mais, pour que ce rêve devienne réalité, il y a quelques conditions à remplir…

4. L’EFFET HYGRADE

La première est qu’il faut que les portes du stade soient ouvertes. Le sport est un besoin social vital et, comme tout ce qui est vital, le sport doit être GRATUIT. Et ça, c’est tout à fait possible.

Vous ne payez rien pour le match que vous voyez à la télévision. Et votre boite aux lettres est sans doute pleine, tous les matins, de dépliants et de divers journaux gratuits… qui font de bien meilleurs profits que la plupart des journaux qui vous sont vendus! Donner, c’est payant… si vous avez un commanditaire. Les droits de télévison sont une des sources majeures de financement de la plupart des événements sportifs, et ce sont les annonces qui font vivre nos journaux, pas les lecteurs.

Pourtant, le lecteur est indispensable, comme il est indispensable que l’on regarde la télévision si l’on veut que la télédiffusion gratuite de spectacles continue; parce qu’un commanditaire ne finance que des spectacles qui sont populaires, et n’annonce que dans les journaux qui sont lus ou au moins largement distribués. Quand c’est gratuit il y a plus de lecteurs… et quand il y a plus de lecteurs on peut avoir les commanditaires pour que ce soit gratuit. L’effet Hygrade.

Maintenant, il faut se souvenir que le stade aussi est un endroit où l’on annonce. Sur les murs, sur l’écran, partout. Ces annonces ont un prix. Un prix qui pourrait augmenter de façon prodigieuse si le stade était rempli. Augmenter de telle sorte que ces revenus publicitaires pourraient facilement remplacer – et plus – les revenus des entrées.

5. GRATUIT… ET PAYANT !

Vous voulez avoir un exemple? 15 secondes de publicité, sur le grand écran du stade de Toronto – (où la moyenne des spectateurs par match des Blue Jays dépasse 45 000 cette année) – valent au minimum 750 $. Vous avez 600 fois 15 secondes en 2 1/2 heures, c’est à dire un potentiel de 450 000 $, ou l’équivalent de 10 $ par spectateur pour la durée d’un match! Et nous n’avons pas parlé des droits de télévision, des autres annonces, des concessions de vente de nourriture et des débits d’alcools…. On peut très bien laisser entrer le spectateur gratuitement et faire un profit… pourvu qu’il vienne !

Or il viendra si c’est gratuit…, et si le stade devient le lieu de la communion populaire, de ce bain de foule dont un peuple a besoin comme du pain. Il viendra certainement aux matches des sports traditionnels – et ceci serait déjà suffisant pour financer l’opération – et il viendra aussi à tous les autres événements… si on lui apporte des gagnants. Ca, c’est l’autre condition.

Qu’on ne s’inquiète pas du manque de popularité actuel de certaines disciplines sportives. Quand l’esprit du sport est lancé, il y a un effet d’entraînement et ce n’est plus seulement un ou deux sports qui font salle comble, mais – on l’a vu en Allemagne, en Corée et ailleurs – c’est tous les sports qui sont revalorisés.

Apportons des gagnants, et on aura un énorme « Effet M.R. » Chaque événement deviendra une occasion de rassemblement pour s’identifier aux gagnants et en tirer de la fierté. On obtiendra ce bain de foule qui crée la solidarité.

6. PRÉPARER DES GAGNANTS

Et si il y a 40 000 personnes au stade pour applaudir les finales collégiales d’athlétisme, vous pouvez être sûrs que pas mal plus de Québécois vont faire de l’athlétisme; sûrs qu’il y aura bien plus de Québécois sur le podium aux Olympiques de 1996; sûrs qu’on sera une grande famille… et qu’on aura aussides enfants plus forts.

Des gagnants ça se prépare. Avoir des gagnants, c’est identifier des talents dès l’école primaire et leur offrir un soutien financier et technique solide. C’est surtout leur donner du respect. L’identification du talent, ça veut dire que chaque enfant, qu’il soit d’un milieu pauvre ou riche, doit au moins savoir que tous ces sports existent – du kayak au lancer du javelot – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. C’est d’abord fournir à chaque enfant l’accès à l’équipement et au coaching qui lui permettra de savoir s’il a du talent.

Le soutien – s’il a du talent et aussi la passion personnelle d’aller plus loin – c’est lui apporter l’appui nécessaire, technique et financier, pour aller au bout de tout ce qu’il peut faire, et de tout ce qu’il veutfaire, en évitant le piège de l’entraînement forcené, bon gré mal gré, dans lequel sont tombés souvent certains des pays de l’Europe de l’Est: une médaille d’or ne vaut pas une vie humaine.

L’infrastructure d’équipement et de coaching doit être proche du systè-me d’éducation, mais elle doit être accessible à tous. Elle est, en fait, un des éléments majeurs d’une politique d’éducation permanente. Il faut donc bien s’assurer que le sport existe aussi en milieu de travail.

7. DU FRIC ET DU RESPECT

Qui payera pour cette infrastructure? Une taxe spéciale devrait être prélevée sur les revenus publicitaires provenant d’événements sportifs. Quelqu’un touchera de 3 à 4 dollars de publicité pour chaque heure que chacun passera au stade à ingurgiter 240 spots publicitaires de 15 secondes; n’est-il pas juste qu’une partie de cette somme finance l’infrastructure qui permettra de développer nos athlètes?

Du fric pour l’éducation au sport, mais aussi du respect. Le respect viendra automatiquement pour tous les sports où nous produirons des champions, mais il faut assurer le respect aux athlètes pendantqu’ils se préparent à devenir des champions. Il faut que nos médias et le système d’éducation passent le message clair que la contribution sociale du sportif est valable. Car quand le Québécois ordinaire passera quelques heures par semaine à faire du sport et à encourager au Stade les champions de demain, c’est alors qu’on verra se développer l’esprit de corps qui doit exister dans une Nouvelle Société.

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