Cameroun – Une révolution égypto-tunisienne ?

Que nenni !

Hier, 23 février 2011, au Cameroun, principalement dans les villes de Douala, la plus importante de cette Afrique en miniature (capitale économique) et Yaoundé, la capitale administrative, la « marche pour la liberté » estampillée  » Paul Biya dégage » à l’image des révolutions tuniso-égyptiennes a accouché d’une souris. Les manifestants estiment que non. Marche pour tenter de dire stop à Paul Biya, président camerounais depuis bientôt 29 ans, et qui se représente pour la prochaine élection présidentielle après avoir modifié la Constitution, qui devait limiter le nombre de mandats présidentiels. Ce fut un échec, c’est le moins qu’on puisse dire. Au-delà d’une violation du droit de manifester (pacifique en plus) et des brutalités policières issues de cette tentative de révolution émanant de la commémoration des évènements tristes de 2008 qui avaient vu la mort de nombreux Camerounais qui manifestaient contre la vie chère, l’impréparation, le mimétisme voir l’amateurisme ont émaillé cet échec retentissant. Explications.

Nul ne peut mettre sur pied une révolution en restant cloîtré chez lui derrière un ordinateur. En effet, cette révolution par mimétisme lancée depuis Paris, Bruxelles, New-York ou Londres ne pouvait pas avoir un retentissement probant ou l’effet escompté. En se focalisant uniquement sur la ville de Douala, il y a eu à peine 300 personnes dans les rues au début de la manifestation, et 50 à la fin. Pour une ville de plus de 2 millions d’habitants, c’est triste. Selon l’Agence France Presse (AFP) dont le journaliste qui couvrait l’évènement a été arrêté, 11 leaders de l’opposition camerounaise, notamment du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), de Cameroun Ô Bosso ou un député du principal parti d’opposition le Social Democratic Front (SDF), ont été arrêtés et brutalisés par la police comme nous le mentionnions tôt ce matin. Ceci a été possible, simplement parce que ces derniers n’ont pas bénéficié d’un bouclier humain par manque de manifestants. Il a fallu juste 70 policiers pour venir à bout des opposants. C’est un comble, une tragédie.

Les têtes pensantes et/ou instigateurs de cette révolution ont argué que, des visas pour se rendre au Cameroun leur ont été refusés. Soit, ils sont Camerounais, soit, ils ne le sont pas et par conséquent, ils ne peuvent se mêler des affaires du Cameroun. En effet, chaque pays a le droit d’accorder ou de refuser un visa à un individu, s’il pense que ce dernier est dangereux pour sa sécurité. La plus grande démocratie du monde en l’occurrence les Etats-Unis, sont passés maître ès art dans cette pratique, surtout avec les musulmans. L’échec peut aussi s’expliquer par l’insuffisance des nouvelles technologies de l’information et de la communication NTCI au Cameroun, malgré les potentialités de ce pays riche.  Volonté étatique ? Sans doute. Enfin, ce ne sont pas les hommes politiques qui apporteront le changement au Cameroun, mais la société civile, la plèbe aussi. C’est l’erreur commise par ceux qui veulent chasser Biya du pouvoir. Quand le leader de l’opposition, John Fru Ndi du SDF (vidéo), qui a rencontré le président Paul Biya en fin d’année ne s’associe pas à ce mouvement, il faut comprendre qu’il n’y a plus vraiment d’opposition au Cameroun, à part quelques personnes sans assise réelle. Les Camerounais ne croient plus en leurs hommes politiques…



Une lecture biaisée des révolutions tunisiennes et égyptiennes

Lorsque débute la révolution tunisienne à Sidi Bouzid, il s’agit simplement du suicide par immolation, du jeune Mohamed Bouazizi pour protester contre le chômage et la précarité. Ceci provoqua une onde de choc indescriptible au pays du jasmin et s’ensuivit une vague de contestation sans précédent. Cette dernière émanant de ses funérailles où, 5000 personnes s’étaient regroupées et vues la police mal gérer le rassemblement qui fit trois morts. Furieuse, la foule appela alors à la vengeance, en demandant le départ du président. Donc, Il ne s’agissait pas au début d’un appel au départ de Ben Ali. Or, au Cameroun, le seul mot d’ordre est: « Biya doit partir » (Biya must go) lancé à la face de l’actuel locataire d’Etoudi (Palais présidentiel). Quid des autres fléaux qui minent la société camerounaise: chômage, vie chère, précarité, gabegie, népotisme ? Parfois, l’impréparation aide ensuite à trouver une formule magique, pas toujours irréfragable mais qui peut être décisive pour faire bouger les lignes.

In fine, il est très important de féliciter ceux qui ont marché hier au Cameroun, et qui sont prêts à se battre pour leur pays, pour leur patrie. Pour le bien-être de tous, sans forcément concourir à une prise de pouvoir inconsidérée, parfois irrésolue, dans la mesure où ils ne maîtrisent ni les tenants ni les aboutissants de l’exercice du pouvoir…mais enfin.  Hormis les médias américains et l’AFP, il est assez surprenant que ces évènements camerounais n’aient pas eu d’intérêt pour le grand monde de la planète médiatique. Faut-il donc en conclure qu’il faut qu’il y ait des morts ? On se doute bien que certains ne souhaitent pas ou ne veulent pas « transgresser » certaines règles. Encore ces histoires de contrats et de pré-carré ? Mais, mettre fin à la saga Biya, ce n’est pas aller en amateur, sans préparation aucune, en scandant des slogans. Il faut poser des actes forts, s’occuper des secteurs abandonnés par le pouvoir, notamment la santé, pour se rendre populaire et pouvoir fédérer.


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