Ce monstre à mon image (29/40)

Lorsqu’il ne tente pas de faire la conversation, le bruit régulier et rassurant du moteur sert de bande-son à ces décors d’après guerre. Certains décors portent les plaques commémoratives de résistants, d’autres abritent des enseignants révisionnistes, et les derniers se réfugient derrière un lifting au nom de la modernité. La ville aime ses tatouages et ses cicatrices – parfois ostentatoires, souvent mérités, jamais superflus –, qui se reflètent dans la crasse du Rhône. Je pourrais donner un nom à chaque bâtiment, identifier chaque ombre, dater chaque ravalement de façade, et même célébrer dignement leurs anniversaires. Je divague, le regard plongé dans le reflet de la vitre, la barbe taillée à la perfection par mon artisan gascon, lorsque soudain le calme précaire se brise sans frappes préventives…

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