Ce monstre à mon image (8/8)

La cellule sans barreaux est le design ultime de l’homme moderne. Que l’on se tienne en position du fœtus ou avachi, l’endroit donne un sens à la captivité. Chacun dans sa boîte, le plus loin possible des autres. Les portes oscillent entre la liberté arbitraire et l’insécurité séculaire. Alors, dès que j’entame le dernier tour dans la serrure, je tente de me convaincre que je peux m’en passer. Mais je suis l’homme du temps qui fuit, pas de celui qui passe. Je suis l’homme pragmatique qui préfère jouir au conditionnel plutôt que de témoigner du temps réel. Je suis l’homme urbain, à la vie bien cintrée, qui ne se soucie guère du charme passéiste de la campagne.

Pour tout dire, je n’aime pas, enfin je déteste, non, à vrai dire je hais la campagne et la dictature de la nature. À mon sens lorsque que les gens bien sous tous rapports me condamnent à un dîner bio sous prétexte d’un romantisme écologique, par idéologie de saison ou pour faire comme tout le monde, j’ai l’impression d’être un vestige cannibale baignant dans le cholestérol, enlevé par des écowarriors habillés par Agnès B. De nos jours, le premier des penseurs d’opérette ouvre sa secte gastronomique pourvu qu’il y ait un pèlerin à la soupe. Évidemment, ces VRP du bien, du bon et du beau ne peuvent s’empêcher de justifier leur mascarade alimentaire qui écœure n’importe quel smicard : « Tu sais, mon ami, il faut bien prendre soin de soi ! » En effet, des UV, une pute de luxe, une thérapie, ou manger bio, les gens qui ont les moyens de s’ennuyer trouvent toujours une solution pour faire de leur nombril un combat légitime…

J’aime le jeu, j’aime le risque. La ville réglemente au mieux mon existence, alors je joue parfois avec le feu et je me brûle toujours. Mais, apparemment, j’ai la réputation d’être un homme de parole. Et, dans mon métier, la parole, c’est tout ce que l’on a, donc je paie mes dettes. C’est ainsi que, la mine déconfite, les épaules lâches et le cœur las, je me suis retrouvé – entre les promesses de l’aube et le chant des éboueurs – à faire le pied de grue accompagné de mon nécessaire de survie en attendant les fameux gens bien. C’est la même histoire, à chaque expédition suicidaire au-delà de l’autoroute, dans le monde parallèle des départementales et des nationales apportant leur lot de malheurs biologiques, je suis victime des MST de Dame Nature. Démangeaisons nocturnes, allergies saisonnières, piqûres commanditées, morsures exceptionnelles. J’en suis réduit à une communion hypocrite avec la nature, prêt à l’abandon de ma raison en fixant la trotteuse de ma montre ou à une overdose de cortisone. 

Le week-end s’achève avec toujours le même diagnostic : le changement fait forcément du bien, alors que, me dit-on, je suis trop ethnocentré pour parvenir à le réaliser. Mais, lorsque le périphérique nous prend à la gorge, que le vivre ensemble fait de la pollution une aurore boréale, je reprends des couleurs. Et lorsque la symétrie reprend ses droits sur l’aléatoire et le provisoire, je sais que je suis enfin chez moi !

 

La ville je l’aime, à la vie, à la mort.

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