C’est la panique de nos politiques qui donne l’austérité!

Pourquoi cette politique d’austérité a-t-elle été imposée aux nations européennes périphériques? Est-ce la dégradation des fondamentaux économiques qui l’ont rendue inévitable ? Ou l’austérité n’est-elle que la résultante de la panique ayant saisi les marchés qui, à son tour, a tétanisé les dirigeants politiques ? A cet égard, la corrélation entre l’envolée des coûts de financement de la dette souveraine de ces pays et l’ampleur de l’austérité appliquée est éloquente. C’est effectivement les pays ayant subi les plus hauts « spreads » – c’est-à-dire qui ont progressivement été contraints par les marchés de se financer toujours plus chers -, qui ont aussi mis en place les mesures d’austérité et de privations les plus drastiques. L’intuition selon laquelle c’est les marchés financiers et leurs menaces de débordements qui ont exercé une pression intense sur l’Union européenne et sur ses dirigeants en vue d’intenses économies budgétaires est donc avérée. Sachant que, à l’inverse, nulle austérité n’a été décrétée parmi les pays dont les spreads sont restés stables. Dès lors, que peut-on en déduire ? Que les marchés n’ont, en finalité, été « que » des messagers, des porteurs de mauvaises nouvelles ? A savoir que la dégradation de la dette publique et de la compétitivité de ces nations se traduisait mécaniquement en une envolée de leurs frais de financement, lesquels ne pourraient être maîtrisés que grâce à des économies tous azimuts ? Ou que c’est la peur et les mouvements de panique collectifs qui ont eu un impact désastreux sur le creusement de ces spreads, qui se sont irrémédiablement éloignés des fondamentaux… un peu comme l’envolée des marchés boursiers se trouve, à intervalles réguliers, être totalement incompatible avec l’état de l’économie réelle ? Comme la réponse à ce dilemme n’est pas évidente, il est permis de douter et d’opter pour la seconde hypothèse.

 

Quoiqu’il en soit, c’est dans ce type de contexte que la présence d’une banque centrale est cruciale. Seule en effet sa détermination et son action de pourvoir des liquidités est à même de calmer le jeu. L’objectif ultime de son intervention étant d’apaiser les marchés et autres acteurs afin que les fondamentaux soient analysés pour ceux qu’ils sont, et non à travers le prisme de la panique collective. Et, de fait, la décision de la Banque centrale européenne en 2012 et de son patron Mario Draghi de soutenir l’Euro « quoi qu’il arrive » fut spectaculairement déterminante. En acceptant d’assumer son rôle de prêteuse en dernier ressort, la BCE a rasséréné les marchés et a soulagé les pays sinistrés qui ont progressivement vu une amélioration notoire de ces spreads. Loin d’assainir les comptes publics des nations européennes périphériques, la BCE s’est bornée à manifester sa présence, avec pour résultante un effondrement des frais de financement de ces pays. Ainsi, c’est les pays où ces spreads s’étaient le plus dégradés (Grèce, Portugal) qui ont bénéficié de la plus forte décrue. Comme les données économiques ne s’étaient naturellement pas améliorées d’un coup de baguette magique, il est donc aisé d’en déduire que les frais de financement ont baissé en même temps que le facteur « peur ». De plus, c’est dans les pays où cette peur avait été la plus intense que l’intervention de la BCE s’est révélée la plus efficace, car c’est là que les spreads avaient le plus baissé. Il est même possible de pousser encore plus loin ce raisonnement. Et d’affirmer que l’envolée des coûts de financement de la dette souveraine des pays périphériques n’avait strictement aucune corrélation avec les fondamentaux économiques ! Sinon : comment expliquer que ces spreads soient à des niveaux raisonnables aujourd’hui – bien loin de leurs records du milieu de l’année 2012 – alors même que les ratios dettes / P.I.B. se sont sensiblement aggravés et, ce, dans tous les pays sur la sellette ? La dégradation des statistiques relatives à leurs comptes publics et à leur croissance n’aurait-elle pas dû se traduire « mécaniquement » par de nouveaux records sur le financement de leur dette ? Oui, mais entretemps la BCE s’était manifesté… confirmant du coup l’intuition selon laquelle c’est l’affolement des marchés – et non les fondamentaux économiques ! – qui avaient initiés l’envolée de ces spreads.

 

L’austérité n’est donc que l’aboutissement d’une intense panique ayant saisi nos responsables politiques, eux-mêmes mis sous pression par des marchés financiers déboussolés, faute de prêteur en dernier ressort. Poussons une ultime fois ce raisonnement, car il est désormais très aisé d’effectuer cette constatation. C’est les pays ayant mis en place les mesures d’austérité les plus extrêmes qui ont aussi été ceux qui subissent aujourd’hui la plus forte chute de leur croissance. En somme, voilà des nations ayant été acculées à une austérité sans précédent par des marchés et par des dirigeants européens pris de panique, sachant que ces sacrifices n’ont nullement produits les effets escomptés. Ils ont en effet détérioré davantage les fondamentaux de ces pays, ainsi que leur capacité à honorer le règlement de leur dette. La crise de liquidités a ainsi dégénéré en une crise de solvabilité ! Voilà ce qu’il en coûte d’écouter religieusement des marchés financiers qui, loin d’avoir été des messagers, se sont bornés tout le long à envoyer de mauvais signaux. Signaux très mal interprétés par des dirigeants européens totalement ignorants en matière financière et qui se sont embarqués le cœur léger dans une croisade contre les déficits publics. Pendant que, pour sa part, la BCE se complaisait dans son splendide isolement jusqu’à ce que la situation devienne authentiquement intenable, alors que son intervention plus précoce aurait permis d’éviter tellement de souffrances humaines. Pour paraphraser Paul Krugman qui emploie la métaphore significative des « cafards », l’acharnement de nos responsables politiques et de l’élite économique et financière à imposer l’austérité ne va pas sans rappeler la vermine ou la mauvaise haleine ! Elle revient toujours en dépit de tous les traitements possibles, à l’instar de la folie rigoriste qui s’acharne à réduire des déficits publics qu’il est au contraire vital d’user à bon escient lors d’une récession.

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